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Société
Il fallait oser ! L’UDF l’a fait. Dons de sang : l’interdiction faite aux gays pourrait (...)
La Suisse ne desserre pas l’étau autour du don du sang
par  la rédaction, le mercredi 11 juillet 2012, vu 993 fois

Notre pays reste très sévère sur les critères, excluant notamment les donneurs gays

Le portrait-robot du donneur de sang potentiel en Suisse s’apparente à une perle rare : une femme ou un homme hétérosexuel, fidèle, de plus de 50 kg, qui a entre 18 et 65 ans, n’ayant jamais reçu de transfusion sanguine, et peu voyageur.

Et la tendance, malgré les pénuries, n’est pas à l’assouplissement. Dernier exemple en date : l’homosexualité. Alors que nombre de pays voisins ont supprimé ce critère d’exclusion (Espagne, Italie, Portugal), l’ont assoupli (Grande-Bretagne, Suède), et que le débat fait rage en France, la pratique suisse consiste toujours à bannir les gays du don du sang. Pourtant, ces derniers sont bel et bien autorisés à donner leurs organes. But de ces restrictions : réduire au maximum les risques de contamination par transfusion du virus du sida ou d’autres maladies vénériennes. Jean-Daniel Tissot, médecin-chef du Service vaudois de transfusion sanguine, juge cette politique « incompréhensible. Je suis pour le principe de précaution mais contre le fait de le maintenir à tout prix, alors que le don du sang n’a jamais été aussi sûr. » La Croix-Rouge, elle, campe sur ses positions et rappelle que les homosexuels actifs sont en moyenne dix fois plus nombreux que les hommes hétérosexuels à être séropositifs .


Les homosexuels ne peuvent toujours pas donner leur sang

Davantage touchés par le sida, les gays sont bannis du don de sang. Des voix réclament le changement

Autoriser les gays à donner leur sang est devenu un enjeu de politique fédérale. Mi-juin, le sénateur vaudois Luc Recordon (Verts) a déposé une interpellation au Conseil des Etats, réclamant la fin de l’exclusion des homosexuels de la pratique du don de sang, critiquant une norme « discriminatoire et regrettablement limitative au point de vue des besoins en sang pour les transfusions ».

Car aujourd’hui en Suisse, même en parfaite santé, même engagé dans une relation stable, un gay ne peut toujours pas donner son sang. Frappé d’une exclusion à vie. Au même titre que les toxicomanes ou les prostituées. Alors qu’il est autorisé par ailleurs à donner ses organes. But de ces restrictions : réduire au maximum les risques de contamination par transfusion du virus du sida ou d’autres maladies vénériennes.

L’interdiction a cours partout en Europe depuis la fin des années 1970. Mais ces dernières années la pratique s’assouplit. En Grande-Bretagne et en Suède, les gays peuvent désormais donner leurs globules à certaines conditions. L’Espagne, l’Italie et le Portugal ont quant à eux pleinement autorisé la pratique. Et la France, après une mobilisation massive des homosexuels et un débat brûlant, avec en toile de fond le scandale du sang contaminé, s’apprête à prendre le même chemin, a promis le mois dernier la nouvelle ministre de la Santé.

  • « Discrimination »

En Suisse, le débat est porté par les associations homosexuelles. « C’est une pratique discriminante à l’égard de toute une population, s’insurge Barbara Lanthemann, secrétaire romande de l’organisation Pink Cross, alors que les comportements à risque existent aussi chez les hétérosexuels. La vraie question est : les dons des gays peuvent-ils sauver des vies ? »

Jean-Daniel Tissot, médecin-chef du Service vaudois de transfusion sanguine, est, depuis des années, le fer de lance de la cause. « Cette politique est incompréhensible alors que nous cherchons des donneurs. Fixer les critères d’exclusion selon l’orientation sexuelle est absurde et stigmatisant. »

Des propos minoritaires. Car si le Service de transfusion sanguine de la Croix-Rouge Suisse (CRS), qui chapeaute les centres et évalue les critères de dons, avait envisagé un changement de pratique il y a quelques années, la tendance est aujourd’hui au statu quo. « Notre priorité est de réduire au maximum les risques de transmission d’un virus, argumente Thomas Bart, directeur adjoint du Service de transfusion de la CRS. Cela n’a rien à voir avec de la discrimination », les lesbiennes n’étant par ailleurs pas exclues du don.

  • Politique « stricte »

La Croix-Rouge, qui reconnaît suivre une politique « assez stricte », calque ses exigences sur les recommandations du Conseil de l’Europe. Et les chiffres, selon Thomas Bart, confirment le bien-fondé de cette pratique : en 2011, sur les quelque 400 000 dons prélevés en Suisse, seuls 4 d’entre eux étaient infectés par le VIH. Ils ont été découverts, et détruits. Des statistiques stables depuis une dizaine d’années. Quant à la dernière transmission du sida à un receveur, elle date de 2001.

Responsable du Centre de transfusion sanguine de Genève, Emmanuel Rigal insiste sur « le contrat de confiance passé avec le malade » et salue la sécurité prodiguée par le système en vigueur. « Actuellement, pour le VIH, une poche sur 3 millions est infectée et potentiellement non détectée. Un risque statistique quasi nul. La société est-elle prête à voir ce risque augmenter ? »

Car lever l’exclusion des gays équivaudrait à augmenter le risque, aussi infime soit-il, rappelle Thomas Bart. Les homosexuels restent en effet aujourd’hui toujours plus touchés par le sida que le reste de la population : en Suisse, les gays actifs sont en moyenne dix fois plus nombreux que les hommes hétérosexuels à être séropositifs.

  • Fenêtre d’incertitude

Mais comment se fait-il que le danger demeure alors que chaque prélèvement de sang est testé de manière extrêmement fiable ? Le bug se nomme « fenêtre d’incertitude » : une petite dizaine de jours de battement entre le moment de la contamination et celui de la détection du VIH. Donc, si durant cet intervalle la personne donne son sang, il y a une probabilité de ne pas s’en apercevoir. Et impossible d’attendre la fermeture de la « fenêtre » pour effectuer les tests, puisque, afin de garantir notamment la qualité des plaquettes sanguines, le sang doit rapidement être transfusé. C’est en raison de la persistance de ce risque minime que les critères d’aptitude sont particulièrement stricts.

Bien trop stricts, pour Jean-Daniel Tissot : « Je suis pour le principe de précaution mais contre le fait de le maintenir à tout prix, alors que le don du sang n’a jamais été aussi sûr. » Solution préconisée par le médecin vaudois : « Il faut traiter les homosexuels de la même manière que les hétérosexuels, en fonction de leurs pratiques réelles, et non d’après leur orientation sexuelle. afin d’estimer lesquels présentent des situations à risque. Ils pourraient par exemple être exclus temporairement du don, en cas de rapports sexuels avec des partenaires multiples. Et nous pourrions dire aux receveurs : nous n’ouvrons pas les vannes à l’insécurité des dons, ce sang-là est fiable ! »


La liste des exclus

Avant de donner son sang, le volontaire doit remplir un questionnaire , basé sur la confiance. Qui détermine s’il sera refusé par le Service de transfusion car présentant une « situation à risque ». La liste des exclus est longue. Exclus « à vie » Les gays, toxicomanes (passés ou actuels), prostitué(e)s, etc. Exclus pour plusieurs mois Les donneurs venant de séjourner 6 mois dans une région où sévit la malaria, les individus récemment tatoués, ceux ayant eu des rapports sexuels (protégés ou non) avec plusieurs partenaires au cours de l’année écoulée ou ayant changé de partenaire les six derniers mois, etc.


Vaud et Genève en pénurie chronique

Si la Suisse s’autosuffit en matière de don du sang – un peu plus de 200 000 donneurs pour quelque 400 000 dons par an – c’est loin d’être le cas des cantons de Vaud et de Genève. Pourvus de grands hôpitaux, ils doivent régulièrement importer du sang de leurs voisins. Vaud compte quelque 14 000 donneurs assidus pour environ 30 000 dons annuels, alors que 32 000 sont nécessaires. Genève compte 14 000 donneurs réguliers pour quelque 20 000 dons, alors que le besoin annuel s’établit à 26 000. « Aux HUG, les greffes de foie nécessitent énormément de sang », indique Emmanuel Rigal, responsable du Centre genevois de transfusion. L’été, et ses départs en vacances, est une période particulièrement critique. Les centres de transfusion tirent bon an mal an la sonnette d’alarme. « Heureusement, cette année, beaucoup de donneurs sont venus en juin car la météo était mauvaise, se réjouit Jean-Daniel Tissot, chef du Centre vaudois de transfusion. Notre stock nous permet de voir les 15 prochains jours sereinement à condition que 500 donneurs se présentent cette semaine. »

Source : pour 24Heures / Tribune de Genève Martine Clerc