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Santé Jeunes
Campagne contre l’homophobie Le bilan de la journée de Suivi des premières assises contre (...)
La lutte s’organise contre l’homophobie à l’école
par  la rédaction, le jeudi 13 octobre 2011, vu 86 fois

STIGMATISATION | Les actions de prévention se multiplient. Témoignages d’ados.

En janvier dernier, Haidar Hussain, 14 ans, dénonçait dans nos colonnes un « fléau ». « Les insultes comme « pédé », « tapette », « enculé », « pédale », « gouine » ou « camionneuse », j’en entends tous les jours dans mon collège, racontait le Lausannois. Il y a un gros problème. »

L’homophobie à l’école agite désormais les milieux associatifs, scientifiques et politiques. Le sujet faisait l’objet, lundi, d’une table ronde organisée par l’UNIL, l’EPFL et PlanQueer (Cercle des étudiants LesBiGayTrans des Hautes Ecoles). D’autres actions sont programmées.

Hugues*, gymnasien lausannois de 18 ans, témoigne du climat parfois hostile qui règne dans les cours d’écoles. « Ça a été très difficile parce que j’étais en couple et que mon copain ne voulait pas que ça se sache. Mais ça s’est su. On a nié, ce qui a rendu les réactions encore plus violentes. Dans les couloirs, on me disait : « Alors, c’était bien, hier soir avec Damien ? » Et puis, il y a les insultes classiques comme « pédé », « t’as vu l’homo »… »

  • La peur du coming out

Parfois, les agressions deviennent physiques. « En hiver, on s’est fait balancer des glaçons. Tout ça m’a mis très mal à l’aise d’autant que ma famille est évangéliste et n’acceptait pas mon homosexualité. A l’école, ça ne passait pas et quand je rentrais le soir chez moi, mes parents me disaient que je n’étais pas normal. Pendant des années, j’ai prié Dieu d’être hétéro. Mon premier jour de gymnase, quelqu’un avait écrit « sale pédé » sur ma table. Je me suis dit que tout allait recommencer comme avant. Mais les choses se sont calmées. »

Laurent*, Veveysan de 19 ans, s’est vu rejeter du jour au lendemain par ses camarades de gymnase. « Je l’ai dit à quelques copains qui l’ont très mal pris. D’un seul coup, ils ne me regardaient plus et m’insultaient. Ça m’a fait mal parce que c’était des amis proches. Je ressentais de la haine et de la honte en même temps. Depuis, je fais attention à qui je le dis, car je sais que les gens insultent vite. »

Etudiante à l’UNIL, Fanny avait pris le parti de s’afficher avec sa copine à 14 ans. « On s’embrassait dans la cour d’école. On ne m’a jamais rien dit en face mais j’entendais « sales gouines » dans mon dos. Si on prend ce genre de mots pour soi, on devient folle. La majorité des gens n’assument pas leur homosexualité de peur de se faire insulter. » C’est le cas de Laetitia, 22 ans, qui a préféré attendre la fin de son apprentissage pour annoncer qu’elle aimait les filles. « Moi je ne me laissais pas faire », témoigne Valérie Anne Reinhard, Broyarde de 19 ans.

Le campus de l’UNIL, qui vient de créer un dicastère dédié à la diversité, n’échappe pas aux préjugés. Pour Andrea Coduri, membre de PlanQueer et étudiant, l’institution n’est pas toujours « le lieu privilégié et ouvert que l’on imagine ». Un avis partagé par le doyen de la Faculté des sciences de la vie de l’EPFL, Didier Trono. « Le fait que l’on voit très peu de personnes qui expriment leur homosexualité démontre que la majorité d’entre elles pensent qu’elles ne peuvent pas le faire en public. Il y a un malaise. »

* Prénoms d’emprunt

Source : Marie Nicollier pour 24 heures

Photo : © SAMUEL FROMHOLD