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Prévention
La majorité des professionnels de santé favorables à
la vaccination des garçons
contre le HPV
par  la rédaction, vu 54 fois

Depuis l’introduction des vaccins destinés à prévenir les infections et les pathologies liées aux papillomavirus humain (HPV), l’opportunité de vacciner les garçons et non pas seulement les jeunes filles a été évoquée.

En Autriche, la question a été immédiatement tranchée : le pays a choisi la parité en la matière en prônant la vaccination des deux sexes. C’est cependant le seul pays européen ayant opté pour une telle politique : dans les autres états où le vaccin HPV est recommandé une attitude attentiste a été privilégiée. C’est d’ailleurs ce que préconisait en 2007 un rapport de l’Académie de médecine qui s’intéressant à la vaccination contre le HPV en général notait que « des inconnues scientifiques persistent sur la valeur protectrice du vaccin chez le garçon » et observait que le rapport coût bénéfice n’apparaissait pas favorable. A l’époque, les Etats-Unis défendaient la même position mais sur la base des résultats d’une étude menée par Anna Giulano et coll. récemment publiés dans le New England Journal of Medicine, la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé l’utilisation de Gardasil chez les hommes et a même préconisé son remboursement pour les moins de 18 ans.

  • Des professionnels de santé largement favorables à la parité de la vaccination

L’étude d’Anna Guilano a en effet permis de démontrer l’efficacité du vaccin sur la fréquence d’apparition de lésions génitales externes et sur les infections persistantes à HPV dans environ neuf cas sur dix. Ces données ont paru suffisantes aux professionnels de santé français pour se laisser séduire par l’opportunité d’une vaccination masculine. Notre sondage réalisé sur jim.fr du 11 au 25 février (auprès de 340 internautes) révèle en effet que 67 % des professionnels de santé seraient favorables à un tel élargissement des indications. Ces résultats, qui démontrent à l’égard du vaccin anti HPV une adhésion sans doute plus affirmée des professionnels de santé que celle affichée par les pouvoirs publics, sont liés à différents arguments qui ne se limitent pas aux seuls résultats de l’étude d’Anna Guilano. L’impact prévisible de la vaccination masculine sur le risque d’infections féminines est probablement également envisagé très favorablement par les professionnels de santé.

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Sondage réalisé sur le JIM du 11 au 25 février auprès de 340 professionnels de santé
  • Une idée pas très rentable

Cependant, 24 % des professionnels de santé ont semble-t-il pour leur part préféré entendre les arguments qui s’opposent à une telle généralisation de la vaccination aux deux sexes. Au-delà d’une opposition traditionnelle aux vaccins et des interrogations qui se sont faites jour sur le vaccin HPV dès son introduction (concernant le temps de protection conféré et le risque de favoriser des sérotypes d’HPV non contenus dans le vaccin), la principale raison d’opposition à la vaccination des garçons est sans doute économique. En effet, la prévalence des cancers du pénis et de l’anus reste plus limitée que celle du cancer du col de l’utérus et les études actuelles ne permettent en outre pas de déterminer l’efficacité de la vaccination HPV contre ces tumeurs ainsi que sur celles de la cavité buccale ou de l’oropharynx. Aussi, la vaccination des garçons ne représente pas pour cette catégorie de population un rapport coût/bénéfice comparable à la protection des filles.

  • Quid des homosexuels ?

Enfin, on notera qu’à la différence de nombreux autres sondages, cette question laisse perplexe un nombre important de nos lecteurs : 9 % ont préféré indiquer qu’ils ne pouvaient se prononcer. Ces résultats révèlent sans doute la complexité de la question mais aussi également l’interaction de facteurs plus sociologiques que médicaux. Ainsi, certains pourraient estimer que la vaccination des garçons pourrait être prônée au nom de l’égalité des sexes face au « devoir » de se protéger contre les infections sexuellement transmissibles. Dans le même sens des praticiens sont peut être sensible au fait que les homosexuels, qui sont les plus à risque de cancers de l’anus, ne sont pas protégés par la vaccination des femmes.

Enfin, d’une façon pragmatique, alors que J. Kim, également dans le New England Journal of Medicine notait que la vaccination des garçons perdrait en coût/efficacité si la couverture vaccinale des filles était maximum, certains pourraient noter qu’en France, les taux de protection de ces dernières étant plutôt faibles, un coup de pouce venant des garçons pourrait ne pas être mal venu.

Source : Aurélie Haroche pour le Journal international de médecine.