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Société
Les Ours gay ou Un art de la décontraction Le MAD refoule des gays à sa soirée contre le sida
Lausanne est-elle encore la capitale gay qu’elle était en 1992 ?
par  la rédaction, le jeudi 29 novembre 2007, vu 5080 fois
Tags : - Lausanne - Dancefloors

Têtu, le magazine français des gays et des lesbiennes, s’apprête à sortir un article sur Lausanne. Mais la ville mérite-t-elle encore le titre de capitale gay ? Réponse des principaux concernés.

« Avant, les gays formaient une communauté très spécifique. Aujourd’hui, on est un peu comme le Parti radical, il nous manque des têtes. »

La boutade est de Laurent Anken. Par cette réflexion, celui qui est plus connu comme « Le Baron » tente d’expliquer pourquoi Lausanne a perdu un peu de ses paillettes depuis les années 1990, et n’est plus la « capitale gay » dont avait parlé L’Hebdo en… 1992. Une image qui continue pourtant de lui coller à la peau, quinze ans après.

Haut personnage de la nightlife homosexuelle dès les années 1970, « Le Baron » a vécu ce qu’il appelle « la belle époque ». Son ancien club, le Johnnie’s, a même été la première boîte à proposer des préservatifs, dès 1984, déclenchant l’ire des gens bien-pensants, qui l’accusaient alors d’inciter les gens à la débauche.

« Aujourd’hui, un bar gay, ça ne sert plus à rien ! Le milieu a explosé, il y a des homos partout. Il n’y a plus l’index pour te montrer de l’autre côté du trottoir, et heureusement », relève-t-il. Tout en soupirant d’aise en se remémorant le bon vieux temps, quand Lausanne était « extraordinaire », quand le City, la Taverne, le Blackout ou les Négociants annonçaient la couleur. Alors muni d’un monocle et d’une canne, il donnait un petit coup sur les fesses des arrivants dans son club, gratifiant les plus sveltes d’un « on vous donnera à manger plus tard ». Depuis, les choses se sont calmées, les bars et clubs exclusivement gay se comptent sur les doigts d’une seule petite main, mais le terme de capitale gay est resté. « Je n’ai jamais compris pourquoi on disait ça de Lausanne, pourtant cela fait douze ans que j’y vis. Et, capitale ou pas, je ne suis pas sûr que j’embrasserais mon copain place Saint-François », glisse Francis*, un homo d’origine valaisanne. Gui*, jeune Lausannois, parle pour sa part carrément d’usurpation, vu qu’un seul club peut se targuer d’être 100% gay et lesbien. Mecs bienvenus

Pour Luc Marandola, le patron du bistrot qui emploie désormais « Le Baron », c’est clair : si son restaurant avait été clairement identifié comme gay, il se serait privé d’une partie de sa clientèle. Malgré son succès, Chez les Garçons va fermer à la fin de l’année, pour rouvrir ailleurs, plus centré, où « les mecs » seront les bienvenus. La « gay street » lausannoise, il faudrait plutôt la chercher du côté de l’avenue Tivoli. « Mais il ne faut pas imaginer débarquer à Lausanne et trouver le Marais (ndlr : quartier parisien très gay), relève Alain, responsable du sauna Pink Beach, l’un des cinq commerces gay de la rue, visité dernièrement par un journaliste de Têtu, qui prépare un article sur Lausanne.

Restent les soirées spéciales, comme les Jungle du MAD. Son responsable, Alex, rit de l’expression « capitale gay ». « On dit bien Lausanne, capitale olympique, alors qu’il n’y a jamais eu de jeux ici ! Les gays n’ont plus besoin de s’enfermer dans des ghettos. » Si le nombre d’établissements purement gay a diminué, celui des lieux gay friendly a explosé.

Note :* prénoms fictifs

Source : Julien Pidoux pour 24h