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Santé Jeunes
Face à l’épidémie de VIH il y a urgence éducative La sensibilisation commence sur les bancs d’école
« Le VIH est vraiment entré chez les jeunes gays et ils ne le savent pas forcément encore »
par  la rédaction, le dimanche 1er juillet 2012, vu 139 fois

L’épidémie est-elle en train de changer de visage chez les gays ? Une chose est sûre, le nombre de nouveaux séropositifs ne diminue toujours pas dans ce groupe et les jeunes gays semblent plus touchés.

SITUATION ALARMANTE

En 2010, derniers chiffres connus publiés par l’Institut de veille sanitaire (télécharger le BEH du 29 novembre 2011 en PDF), la part des jeunes de moins de 25 ans parmi les gays qui découvrent leur séropositivité est de 14%. Elle était de 7% en 2003. Au 190, centre de santé sexuelle que dirige le Dr Michel Ohayon, un séropositif sur deux a moins de 30 ans et un sur quatre moins de 25 ans.

REPENSER LA PRÉVENTION

Face à cette situation alarmante, Yagg a demandé à deux leaders de la communauté, Hervé Latapie, auteur de Génération trithérapie, et le Dr Michel Ohayon, de réagir. Chacun apporte des informations précises, novatrices et parfois dérangeantes mais tous deux réclament qu’on change notre manière de penser la prévention ainsi que le regard que l’on porte sur les traitements et sur les séropositifs.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Hervé Latapie : « Les nouveaux séropositifs sont dans le placard »

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Michel Ohayon : « Le VIH est entré chez les jeunes gays et ils ne le savent pas forcément encore »

LES PROTECTIONS IMAGINAIRES

Pour Michel Ohayon, si l’épidémie progresse chez les plus jeunes, c’est parce que leurs stratégies de prévention reposent souvent sur ce qu’on appelle des protections imaginaires. Les jeunes gays ont « des stratégies de prévention qui reposent sur l’exclusion des séropositifs », explique-t-il. Mais comment faire le distinguo ? Beaucoup de jeunes opposent les gens « crades » et les gens « clean ». Ce qu’ils disent ? « Les gens qui fréquentent les backrooms sont crades et vont attraper le VIH, mais le mec super mignon croisé sur Grindr, forcément, il l’a pas ». Mais la réalité est tout autre : le VIH ne fait pas ce genre de distinction.

Pour Hervé Latapie, qui a interrogé de nombreux jeunes séropositifs pour son livre, le contexte de la prévention n’est pas bon. Selon lui, « il y a un déficit d’informations chez les plus jeunes ».

LES INFECTIONS SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLES, LE CHEVAL DE TROIE DU VIH

Autre très gros obstacle à la prévention, relevée par le médecin et le militant, la méconnaissance des Infections sexuellement transmissibles (IST). Michel Ohayon explique que « les infections sexuellement transmissibles sont le cheval de Troie pour le VIH ». Le poids de l’épidémie est également sous-estimé. Les jeunes gays semblent pour beaucoup dans une forme de déni de la réalité : ils pensent que 2 à 3% des gays sont séropositifs quand des études ont montré que les séropositifs représentaient de 10 à près de 20% de la population gay à Paris.

« REPRENDRE LA COMMUNICATION SUR LE PRÉSERVATIF »

Face à cette situation, Hervé Latapie estime que « pour le préservatif, il faut reprendre la communication à zéro » et appelle à « une réaction communautaire ». De son côté, Michel Ohayon considère que le dépistage régulier est une des clefs de la prévention : « Faire des tests tous les deux mois quand on a beaucoup de partenaires, ça veut dire qu’on a tout compris à la prévention ». Et réclame que l’on change de discours sur les séropositifs : « Être séropositif, c’est pas la fin du monde, c’est la fin du monde si on ne le sait pas ».

RÉDUCTION DES AIDES

Le nouveau gouvernement prendra-t-il à bras-le-corps cette question ? Espérons-le car depuis plusieurs années, c’est plutôt la réduction des aides aux associations et aux structures de terrain qui œuvrent pour la prévention auprès des gays qui a été la règle. Aujourd’hui, pour reprendre le slogan de l’association Aides, nous avons les moyens de stopper l’épidémie, en mettant tous les efforts sur les populations les plus touchées. En France, ce sont les femmes originaires d’Afrique subsaharienne (58% des cas chez les femmes) et les homosexuels masculins (59% des cas chez les hommes) qui payent le plus lourd tribut à l’épidémie. Ce ne sont pas les actions de prévention, d’information et de soutien envers ses populations qui reçoivent le plus de fonds. Il serait temps que cela change.

Source : Yagg


Génération trithérapie, de Hervé Latapie, Éditions Le Gueuloir, 219 p. 18€.