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Le mariage gay d’un ministre à Westminster, symbole de la reconnaissance des minorités au Royaume-Uni
par  la rédaction, le vendredi 16 avril 2010, vu 247 fois
Tags : - Politique - Grande Bretagne - Mariage

Samedi 27 mars, le Parlement britannique a une nouvelle fois été le témoin privilégié de son époque en abritant, pour la première fois de sa longue existence, le mariage civil de deux homosexuels, dont un membre du gouvernement.

a conspiration de Guy Fawkes en 1605, le procès de Charles Ier en 1649, condamné à mort dans la foulée de la première révolution anglaise, le meurtre du premier ministre Spencer Perceval en 1812, un incendie ravageur en 1834, des bombes pendant la seconde guerre mondiale, et puis des débats passionnés, des décisions historiques... Le palais de Westminster, dont les premières pierres ont été posées au XIe siècle, est entré dans l’histoire depuis longtemps.

Samedi 27 mars, le Parlement britannique a une nouvelle fois été le témoin privilégié de son époque en abritant, pour la première fois de sa longue existence, le mariage civil de deux homosexuels, dont un membre du gouvernement.

La cérémonie s’est tenue dans la salle à manger, toute lambrissée de chêne, des membres du Parlement. Chris Bryant, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, et Jared Cranney, son compagnon depuis deux ans, – vêtus à l’identique d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’une cravate violine – ont procédé à l’échange d’alliances sous le regard bienveillant d’un représentant de la mairie venu les unir, et de leurs 250 invités.

"C’est le Parlement qui a rendu possible notre union, c’est pour cela que nous avons souhaité nous marier ici", explique M. Bryant. Le secrétaire d’Etat juge que les travaillistes, au pouvoir depuis 1997, ont considérablement "libéralisé" une société qui était encore, il y a treize ans, engoncée dans ses traditions et ses préjugés. Le New Labour a fait beaucoup pour les minorités – à coup de lois contre la discrimination et pour la diversité –, qu’il s’agisse des femmes, des Noirs et des Asiatiques, ou des homosexuels.

En 1997, lorsque Tony Blair gagna les élections, le civil partnership – la version britannique du pacs – n’existait pas. Surtout, l’homosexualité, bien que décriminalisée trente ans auparavant, restait un handicap de taille. L’amour entre hommes n’était autorisé que dans des lieux privés. "Il m’est arrivé plusieurs fois de me voir refuser une chambre double dans un hôtel", se souvient M. Bryant. "Un homme qui en rencontrait un autre dans un bar et le ramenait chez lui pouvait être arrêté, explique le secrétaire d’Etat. Les parties à trois aussi étaient illégales."

L’âge légal de la majorité sexuelle était de 16 ans pour les hétérosexuels, et de 18 ans pour les homosexuels. L’armée ne pouvait embaucher que des hommes qui aiment les femmes. Les entreprises avaient le droit de licencier pour cause d’orientation sexuelle. En 1988, Margaret Thatcher avait interdit aux écoles d’évoquer le sujet et de prôner la tolérance envers l’orientation sexuelle.

Le New Labour a fait tomber toutes ces barrières les unes après les autres. Les homosexuels ont maintenant le droit de s’unir et d’adopter des enfants. "Quand je suis né, en 1962, l’homosexualité était illégale en Grande-Bretagne. Et jusqu’en 1997 les choses n’avaient bougé qu’à la marge", résume M. Bryant. Son parcours démontre que la société britannique a profondément changé sur cette question de moeurs. Car l’élu a survécu politiquement à une affaire qui, en d’autres temps, aurait marqué la fin de sa carrière.

Nous sommes en 2003 et les tabloïds, toujours en quête d’histoires croustillantes, découvrent que le jeune député blairiste – qui, dans une autre vie (entre 1986 et 1991), fut un prêtre anglican – s’est inscrit sur un site de rencontre homosexuel, gaydar. On y voyait une photo où il posait en slip blanc. L’image était accompagnée d’un message très explicite à un inconnu, à qui il donnait ensuite rendez-vous dans un bar de Soho.

"En fait, dix ans plus tôt, cette affaire n’aurait jamais pu arriver. Tout simplement parce que les militants de ma circonscription ne m’auraient jamais choisi comme candidat du Labour", explique-t-il. Rhondda, dans le sud-ouest du pays de Galles, dont M. Bryant est l’élu depuis 2001, est un bastion du travaillisme le plus traditionnel, une de ces anciennes cités minières où il n’a pas fait bon vivre pendant longtemps pour les minorités, quelles qu’elles soient.

Aujourd’hui, les choses ont changé. Etre une femme, un homosexuel ou un musulman n’est plus une barrière à Westminster. Il n’y a qu’à voir la liste des candidats du Labour, et plus encore des tories, aux élections législatives prévues le 6 mai pour s’en convaincre. Le Parlement qui sortira des urnes dans trois semaines portera, en ce sens, la marque des années Blair.

Quand il est choisi parmi 52 candidats, pour y représenter les couleurs du Labour aux élections de 2001, M. Bryant "tombe de sa chaise". D’autant que, dans sa jeunesse, il a voté conservateur. "Je viens d’une famille tory", explique-t-il. Avec les années Thatcher, qui font rimer tory et homophobie, il change de camp. S’il avait 20 ans aujourd’hui, peut-être serait-il resté fidèle à la tradition familiale. Car David Cameron, le chef des conservateurs depuis 2005, s’emploie à moderniser son parti et se veut ouvertement gay-friendly.

Là où il est aujourd’hui, il poursuit la lutte. "J’ai fait en sorte que, depuis la fin 2009, le pacs britannique soit reconnu en France et en Espagne", précise-t-il. Quatre jours avant son mariage, il a écrit aux treize pays européens qui n’ont pas encore prévu d’union civile pour les homosexuels pour leur demander de reconsidérer leur position. La Grande-Bretagne, si eurosceptique, sera peut-être motrice sur l’Europe des homosexuels.

Source : Virginie Malingre pour Le Monde