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Le petit garçon
qui était une fille
par  la rédaction, le samedi 17 septembre 2011, vu 293 fois

Le petit garçon qui était une fille

Depuis qu’il a un an et demi, Jack n’est de toute évidence pas un petit garçon comme les autres. Il boude les petites voitures, les camions de pompiers ou les costumes de superhéros, leur préférant de loin le monde fabuleux des petites princesses. Sa couleur favorite est le rose, il adore danser en tutu avec sa soeur et n’est heureux à son anniversaire que s’il reçoit l’une des dernières poupées Barbie. Pour tout, Jack a des goûts totalement féminins. Pour Jennifer et John, ses parents, les choses sont claires : Jack est homosexuel. Une idée à laquelle ils se font d’ailleurs plutôt bien. Mais voilà qu’un beau jour, durant sa neuvième année, le petit garçon vient trouver sa mère, il a une confidence à lui faire : "Je suis une fille, je ne peux plus continuer comme ça."

C’est en tout cas ce que les parents racontent à la chaîne ABC News qui leur consacre un reportage dans sa série sur les familles extraordinaires. Jennifer et John sont sonnés. Ils comprennent que leur fils n’est pas homosexuel, mais transgenre : le sexe qui semble être le sien n’est pas le bon. Pour soulager leur enfant qu’ils pensent être une fille dans un corps de garçon, ils décident de l’autoriser à endosser des vêtements féminins à la maison à condition qu’il continue à s’habiller en garçon pour se rendre à l’école. Mais passer d’un sexe à l’autre devient vite insupportable pour l’enfant. Dès lors, chaque jour devient un combat. À tel point que Jennifer et John songent à déménager pour recommencer leur vie ailleurs, là où Jack ne serait connu qu’en tant que fille.

  • Jack devient Jackie

Conseillés par les spécialistes de l’hôpital pour enfants de Los Angeles, les parents de Jack comprennent que leur enfant doit devenir une fille publiquement. Un week-end, ils rassemblent toute la famille, même la plus éloignée, pour lui présenter... Jackie. De même, à l’école, on annonce que Jack n’est plus. La nouvelle petite fille s’épanouit, n’a jamais eu autant d’amies. Jackie a 10 ans. L’adolescence approchant, ses parents envisagent d’abord de le mettre sous traitement pour stopper la masculinisation de son corps, puis de lui faire prendre plus tard des hormones féminines qui feront apparaître les caractères secondaires d’une femme. Quand Jackie sera majeure, elle pourra alors décider de se faire opérer pour, cette fois, réellement changer de sexe.

Mais ce choix des parents d’aider leur fils à devenir une fille n’est pas du goût de tous. À commencer par le grand-père de l’enfant qui ne voudrait pas que son petit-fils regrette une décision prise si jeune, trop jeune. D’autres, choqués, jugent inadmissible que des parents laissent leur fils devenir une fille à 10 ans. La psychologue Françoise Sironi [1] connaît bien le sujet. Maître de conférences en psychologie clinique et en psychopathologie à l’université Paris-VIII, elle est aussi experte près la cour d’appel de Paris et près la Cour pénale internationale à La Haye. Depuis plus de quinze ans, elle accompagne des personnes "transidentitaires" dans leur parcours de vie. Elle comprend parfaitement l’étonnement que suscite le protocole clinique proposé à cet enfant et salue le courage et l’ouverture d’esprit des parents. "Car c’est une réalité, on peut naître fille dans un corps de garçon, et inversement. Le corps devient alors une prison !" martèle-t-elle.

  • Une prise de conscience précoce

Pour la grande majorité des patients, le questionnement identitaire a été, comme pour Jack, extrêmement précoce. Les enfants qui ont ce problème se rendent compte très vite qu’ils ne sont pas comme les autres, surtout à l’école. Pour les filles transgenres ou FTM (female to male), c’est en général beaucoup plus facile que pour les garçons transgenres ou MTF (male to female). On dira d’elles qu’elles sont des "garçons manqués", alors que les garçons auront droit à toutes les injures. Ce qui est proposé à Jack, c’est de bloquer sa production d’hormones masculines au moment de la puberté pour éviter le développement de caractères sexuels secondaires, "car, par exemple, l’apparition des premières éjaculations chez les garçons ou premières règles chez les filles peuvent provoquer de très graves chocs ou traumatismes chez les trans, persuadés d’être du sexe opposé", explique Françoise Sironi.

À en croire la spécialiste, Jack a donc beaucoup de chances de pouvoir commencer ce processus aussi tôt : il évitera ainsi de nombreux désagréments que rencontrent les hommes transgenres qui commencent la prise d’hormones féminines très tard, bien après l’apparition de la pomme d’Adam, la mue de la voix et le développement de la pilosité... dont l’élimination ne pourra se faire qu’à coups de bistouri, de rééducation ou de laser. "Le traitement proposé à Jack, en plus d’être sans danger pour sa santé, sa stérilité, sa croissance... est complètement réversible ! Aucun endocrinologue ne jouerait les apprentis sorciers, c’est évident !" Quant aux nombreux enfants transgenres non reconnus, leur vie peut tourner au cauchemar. Dès le plus jeune âge, ils vont très souvent développer des stratégies d’existence, comme les "faux self", qui endossent une identité d’emprunt pour ne pas faire souffrir leurs parents. "Les garçons continuent à jouer les garçons pour leur entourage, parfois même s’hyper-identifient au genre masculin, deviennent agressifs, bagarreurs, machos... Dans tous les cas, les conséquences peuvent être graves : l’isolement, la fugue, la dépression, la somatisation en divers troubles physiques, le décrochage scolaire, la prise de toxiques et parfois même le suicide à l’adolescence !" prévient la psychologue.

  • La France en retard

Pour elle, la prise en charge de l’enfant doit se faire le plus tôt possible. Au Canada, aux États-Unis ou encore aux Pays-Bas, il existe des services ou même des hôpitaux pour les transgenres ouverts aux enfants, adolescents et adultes. "En France malheureusement, on est en retard, il n’y a pas encore d’endroit répertorié pour gérer cette problématique", déplore Françoise Sironi. Quoi qu’il en soit, de nombreux chercheurs à travers le monde, surtout outre-Atlantique, continuent de travailler sur la problématique. "Aujourd’hui, précise Françoise Sironi, la science n’a trouvé aucune preuve suffisamment solide pour expliquer génétiquement ou biologiquement le fait d’être transgenre. Jack est biologiquement un petit garçon comme les autres." Mais psychologiquement, c’est une fille.

Source : Gwendoline Dos Santos pour Le Point

Notes

[1] Françoise Sironi, Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres, , éditions Odile Jacob, 272 p., 24,90 euros