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International
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Le reggae n’aime pas les gays
Voilà pourquoi je n’irai pas en Jamaïque
par  Frédéric Gloor, le mercredi 25 août 2004, vu 855 fois
Tags : - Homophobie - Musique - Jamaïque

Une foule bloquant une rue d’un quartier pauvre de Kingston, en Jamaïque, pour s’adonner à l’exécution sauvage d’un gay. Des infirmières se moquant d’un groupe de gays se présentant aux urgences d’un hôpital : l’un d’eux, attaqué, battu et volé, patientera longtemps pour recevoir des soins. Un homme se réfugiant dans un supermarché pour échapper à une attaque aura la chance que la police ne lui vienne pas en secours : les policiers livrent parfois eux-mêmes les hommes gay aux passants. Ces trois exemples fictifs rapportés par Amnesty International dans un article de Carole Michaud « Le reggae de la haine », témoignent d’une violence ordinaire et partiellement légale en Jamaïque.

Le 9 juin dernier, le corps meurtri et sans vie de Brian Williamson, le militant gay le plus connu de Jamaïque, a été retrouvé devant sa maison. Brian était le fondateur de J-Flag, l’association LGBT du pays. Il intervenait fréquemment sur les ondes ou dans la presse pour défendre les droits des homosexuels. Selon la police, il s’agit d’un cambriolage qui aurait mal tourné. Or, aucune trace d’effraction n’a été trouvée et il semble qu’aucun objet n’ait été volé. Amnesty International estime qu’il « est possible que Brian Williamson ait été tué à cause de sa sexualité et des déclarations publiques dans lesquelles il défendait les droits des homosexuels » et réclame une « enquête approfondie ». « Amnesty International regrette les morts tragiques qui endeuillent chaque jour la Jamaïque » , poursuit l’association. « Lorsque la victime est une personne qui œuvrait à la protection des droits des autres, cet homicide est particulièrement inquiétant. »

Le reggae de la haine

Janvier 2004, Sainte Elizabeth, le mega festival de musique reggae Rebel Salute rassemble 30 000 personnes. Les groupes Capleton et Sizzla incitent au travers de leurs chanson au meurtre homophobe et répètent en couplet que les gays ne méritent qu’une balle dans la tête. Pendant la nuit, ils demandent à plusieurs reprises à la foule : que ceux qui souhaitent la mort des gays lèvent la main...

Elephant Man, Bounty Killer, Beenie Man, Tok sont des stars jamaïcaines ayant désormais un succès international. Leurs albums, diffusés dans le monde, appellent à l’immolation, au viol, à la lapidation et à la noyade des gays et des lesbiennes.

Au lendemain de l’assassinat de Brian Williamson, un concert de Beenie Man a été annulé a Londres, « pour des raisons de securité » a indiqué la salle hôte. Au debut du mois d’août, la maison de disque Virgin Record publiait un communiqué de presse contenant les excuses du chanteur à l’égard des gays. Quelques heures plus tard, les excuses ont été contestées par le porte-parole du chanteur sur les ondes de Radio Jamaïque. Selon Brett Lock, de OutRage !, « ces soi-disant excuses n’étaient destinées qu’au marché européen et nord-américain. Mais en Jamaïque, où des excuses auraient le plus d’effet, la machine des relations publiques de Beenie Man freine des quatre fers pour le dissocier du communiqué de Virgin Records. » Le 16 août dernier sortait le nouvel album de la star jamaïcaine. La maison de disques, craintive, aurait expurgé les chansons et supprimé les paroles homphobes, craignant que les plaintes pénales déposées par diverses associations ne coûtent plus que l’album ne rapporte. Parallèlement, le concert du groupe Bounty Killer prévu pour septembre en Angleterre a été annulé.

Une violence légale

Tout homme qui s’adonne à un acte sexuel avec un autre homme est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison et de travaux forcés. Un geste d’intimité coûte deux ans de détention. Le premier ministre, M. P.J. Patterson, et la majorité des Églises du pays approuvent la loi tout comme 96% de la population selon un récent sondage.

Le 18 février dernier, un père a encouragé des etudiants à attaquer son propre fils après qu’il a découvert une photo d’homme nu dans son sac.

Pour des dizaines de gays et de lesbiennes jamaïcains, la survie passe par l’exil. D’autres changent simplement de région et sont condamnés à l’itinérance et à l’isolement.

Voilà pourquoi je n’irai pas en Jamaïque

J’imaginais le reggae porteur de messages de paix et les adeptes de la fumette comme de pacifiques auditeurs aux rastas un peu sales. Les enfants de Bob Marley n’ont hélas pas l’ouverture d’esprit qu’on attendait d’eux. « La culture des Caraïbes » semble être une culture de l’intolérance. Si je m’oppose à la censure des artistes, pensant que tous les points de vue doivent être exprimés bien haut, il m’apparaît toutefois que la Jamaïque est un pays à éviter, premièrement pour sa propre sécurité. Dans mon voyage autour de la planète, j’ai simplement ignoré cette île au large du Pacifique.