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Parler de sexualité avec son médecin Partners, TDF2 : Deux études encourageantes pour la PrEP
Le retour des infections sexuellement transmissibles
par  la rédaction, le lundi 27 juin 2011, vu 171 fois

Certaines de ces maladies comme la blennorragie ou les chlamydioses ont tendance à augmenter.

« Entre 2008 et 2009, l’augmentation des cas de gonococcie a atteint 52% en France. Elle n’est plus limitée aux groupes à risque mais s’observe désormais dans l’ensemble de la population », souligne le Dr Caroline Semaille, responsable de l’unité VIH/IST/hépatites B et C à l’Institut national de veille sanitaire. Cette infection sexuellement transmissible (IST), responsable de la blennorragie, a un temps d’incubation très court et se révèle une véritable sentinelle pour les comportements à risque. Les chiffres les plus récents, obtenus en 2009 par l’INVS, montrent par ailleurs une augmentation significative des cas d’infections à Chlamydia trachomatis, qui touchent presque 10% des jeunes femmes dans certains départements.

Enfin, si la recrudescence de syphilis observée depuis 2000, alors que cette maladie avait pratiquement disparu dans les années 1990, semble enfin enrayée, le nombre de cas de syphilis latente, dépistée lorsqu’elle ne provoque plus de symptômes apparents, représente désormais 35% des cas dépistés.

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« Il faut quand même rappeler qu’on est loin des chiffres des années 1980 et qu’il ne s’agit pas d’une explosion de maladies sexuellement transmissibles, indique le Pr Michel Janier, président de la section MST de la Société française de dermatologie. Cela pose cependant des questions sur l’efficacité des mesures en place visant à les prévenir. »

S’il est difficile de déterminer quelle est la cause précise de ces augmentations, deux facteurs semblent jouer un rôle. Le VIH a permis de banaliser l’usage du préservatif, qui a conduit à une chute brutale des IST à la fin des années 1980, mais il n’est pas suffisant pour prévenir d’autres infections ayant des modes de transmission différents. La fellation, pratiquée le plus souvent sans préservatif, autorise ainsi la transmission de nombreux germes. La modification des comportements sexuels (cf. infra) joue donc un rôle important.

Par ailleurs, si certaines IST se révèlent par des signes évidents comme des écoulements inhabituels au niveau de la verge, des brûlures en urinant, des pertes vaginales ou l’apparition de lésions localisées, elles restent souvent silencieuses (cf. infra). De nombreuses personnes en sont donc porteuses sans le savoir, avec des conséquences majeures puisque les blennorragies ou les chlamydioses peuvent conduire à des grossesses extra-utérines et à la stérilité chez la femme ou à des inflammations graves de la prostate, des testicules et de l’épididyme chez l’homme.

« Le dépistage est l’outil de lutte le plus efficace pour les identifier et les traiter précocement, rappelle le Dr Semaille. Il s’agit d’éviter les complications pour le patient mais également de prévenir de nouvelles contaminations, d’autant que les IST favorisent par ailleurs la contamination par le VIH. »

Après un rapport sexuel avec un nouveau partenaire ou lorsqu’on a eu récemment plusieurs partenaires sexuels, il est important de pratiquer un dépistage d’IST, à répéter tous les ans si la prise de risque perdure. Seul le dépistage de la syphilis nécessite un prélèvement sanguin en l’absence de lésions visibles, les autres IST sont dépistées par une analyse d’urine ou un prélèvement local.

L’arrivée des tests rapides devrait encore plus faciliter la prise en charge des IST. « Dans cinq ans, la prise en charge des IST sera totalement différente. Ce sera une véritable révolution car on pourra, en une heure, avoir le dépistage, le résultat et le traitement », indique le Dr Chantal Vernay-Vaïsse, chef du service prévention IST-cancers-vaccinations au conseil général des Bouches-du-Rhône.

Les traitements « minute », une prise unique d’antibiotiques à forte dose, sont déjà recommandés. Ils permettent d’éviter les traitements au long cours qui favorisent l’apparition de résistances aux antibiotiques. Les gonocoques sont ainsi devenus résistants à de nombreux antibiotiques et le traitement doit désormais être uniquement une injection intramusculaire de 500 mg de ceftriaxone.

Pour les infections d’origine virale (papillomavirus, herpès, hépatites, VIH), il n’existe pas de traitement capable d’éradiquer les virus, mais il existe un vaccin contre le papillomavirus et les hépatites A et B. « La vaccination est le seul outil parfaitement efficace, il est dommage qu’elle ne soit pas plus largement pratiquée chez les jeunes, qui sont particulièrement concernés », rappelle le Dr Vernay-Vaïsse. La vaccination contre le papillomavirus, uniquement dirigée vers les jeunes femmes à l’heure actuelle, pourrait d’ailleurs être également proposée aux hommes…

Source : Le Figaro


La découverte de la sexualité favorise la prise de risque

Chez les jeunes, de nombreuses pratiques présentent un risque vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles.

« Les jeunes utilisent désormais, un préservatif dans 9 cas sur 10 pour leur premier rapport sexuel, mais ils ne savent pas que cela n’est pas suffisant pour se protéger des autres IST, souligne le Dr Annie Vermersch-Langlin, chef du service de dermatologie-vénérologie de l’hôpital de Valenciennes. Les adolescents ont une méconnaissance totale des IST et ne viennent souvent nous voir que pour des questions sur le VIH. »

Par ailleurs, s’ils sont prudents pour les premiers rapports, ils ne le sont pas forcément par la suite et un dépistage régulier est essentiel avant 25 ans, notamment pour les jeunes homosexuels.

Les IST les plus fréquentes chez les jeunes sont les infections à papillomavirus, à Chlamydia (cf. infra) et l’hépatite B. « Le papillomavirus se retrouve, par exemple, chez une jeune femme de moins de 20 ans sur trois. Il peut être spontanément éliminé mais cela n’empêche pas d’être réinfecté. On ne s’immunise pas contre les IST », rappelle le Dr Caroline Semaille, responsable de l’unité VIH/IST/hépatites B et C à l’Institut national de veille sanitaire.

  • Tatouages et piercings

L’arrivée de l’été correspond à une augmentation des contaminations liée à certains comportements à risque : multiplicité des partenaires, voyages. Chez les jeunes, il faut y ajouter le risque de contamination par l’hépatite B lié aux tatouages, aux piercings faits à l’étranger dans des conditions moins bien contrôlées qu’en France. « C’est donc d’autant plus important d’être vacciné, le plus tôt possible, lorsqu’un vaccin existe pour se protéger de ces infections dont les conséquences sont parfois très lourdes », insiste le Dr Vermersch.

De nombreuses pratiques qu’on peut être amené à expérimenter en découvrant la sexualité présentent un risque vis-à-vis des IST et offrent des portes d’entrée au VIH. Les jeunes veulent ainsi essayer toutes les positions qu’ils ont vues dans les films pornographiques et n’identifient pas quelles sont les pratiques à risque.

« On voit apparaître des formes inhabituelles de certaines IST parce que certaines pratiques sont désormais plus répandues et ne sont pas protégées comme la fellation, les rapports bucco-anaux, la sodomie, l’usage de godemichés », déplore le Dr Vermersch. L’évolution des comportements sexuels comprend également une plus grande curiosité vis-à-vis des rapports homosexuels, sans se sentir concernés par les messages de prévention qui leur sont spécifiquement destinés.

Même lorsqu’ils sont bien informés, les jeunes peuvent être tentés de prendre tous les risques dès qu’ils comprennent que les préservatifs ne protègent pas de tout, considérant qu’ils vont attraper une IST de toute façon. « Il faut leur rappeler qu’ils ont le choix de toujours traverser au feu rouge, même si une voiture peut quand même les renverser, plutôt que de tenter de traverser une autoroute », souligne le Dr Chantal Vernay-Vaïsse, chef du service prévention IST-cancers-vaccinations au conseil général des Bouches-du-Rhône.

Source : Le Figaro



« Chlamydia », silencieuse mais bien présente

La recrudescence actuelle de cette infection sexuellement transmissible concerne principalement les jeunes femmes postadolescentes.

« Les infections à Chlamydia sont en augmentation constante. Dans les Bouches-du-Rhône, nous avons observé, en 2010, une prévalence de 9,3% chez les jeunes femmes de 20 à 25 ans », indique le Dr Vernay-Vaïsse, chef du service prévention IST-cancers-vaccinations au conseil général des Bouches-du-Rhône. La recrudescence actuelle de Chlamydiae trachomatis touche principalement les jeunes femmes postadolescentes, mais les hommes sont également concernés. À l’échelle nationale, les chiffres atteignent 3,2% pour les femmes et 2,5% pour les hommes entre 18 et 29 ans. La majorité des infections à Chlamydia restent silencieuses (entre 60 à 70%) et sont souvent dépistées lors de la recherche d’une autre IST ou lors d’un examen de routine. L’augmentation observée pourrait donc être la conséquence d’un meilleur dépistage, favorisé par des tests plus rapides et plus faciles à proposer. Selon l’INVS, le nombre de diagnostics a augmenté de 19% chez l’homme et de 25% chez la femme entre 2008 et 2009.

« C’est la maladie de tout le monde, aucun groupe n’est plus à risque qu’un autre, prévient le Dr Chantal Vernay-Vaïsse. Nous proposons donc le dépistage systématique à toutes les femmes de moins de 30 ans puisqu’il existe un risque de stérilité. » Les chlamydioses restent asymptomatiques dans la majorité des cas mais leurs conséquences à long terme peuvent en effet être très graves. Elles sont la première cause de grossesse extra-utérine chez 2% des femmes infectées et de stérilité tubaire pour 3% d’entre elles. Chez l’homme, elle peut conduire, dans 5% des cas, à une inflammation des testicules ou de l’épididyme. Le dépistage par PCR, réalisé par prélèvement du premier jet d’urine chez l’homme et par un autoprélèvement par écouvillon chez la femme, est désormais favorisé car il permet un dépistage très précoce, sans attendre les atteintes tubaires dépistées par les analyses sanguines. « Sa facilité d’usage pourrait permettre un dépistage de masse, y compris par du personnel non médicalisé », souligne le Pr Michel Janier, président de la section MST de la Société française de dermatologie. Le traitement est lui aussi très simple et rapide : 1 g d’azithromycine en une seule prise.

Comme les chlamydioses, de nombreuses IST peuvent rester asymptomatiques et, tant que le diagnostic n’a pas été posé et le traitement engagé, les personnes infectées peuvent continuer à transmettre l’infection. Il est donc essentiel de pouvoir identifier les partenaires sexuels dès que le diagnostic est confirmé pour les prévenir et leur permettre de se traiter également.

« Comme on touche à la sexualité, il est important de prendre le temps de discuter avec son patient, de le mettre en confiance et d’éviter tout jugement pour que les informations recueillies correspondent bien à la réalité », estime le Dr Annie Vermersch-Langlin, chef du service de dermatologie-vénérologie de l’hôpital de Valenciennes. La plus grande efficacité du diagnostic des chlamydioses pourrait indiquer que le dialogue est désormais plus ouvert.

Source : Le Figaro