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Le sport masculin, dernier bastion de l’homophobie
par  la rédaction, le samedi 17 novembre 2012, vu 358 fois

Les coming out des hommes sont devenus à la mode. Acteurs, chanteurs, artistes, … tous ces milieux très médiatisés ont mis la culture homosexuelle au goût du jour. Il y a cependant un endroit où elle est absente : le sport. Des clubs gays existent, même en Suisse, mais ils peinent à se faire connaître.

« Lève-toi, fais pas ton pédé », « ho la tafiole », « t’es qu’une pédale », … Ces expressions s’entendent sans cesse sur les terrains de sport : du foot au hockey il est rare que l’on évite ce genre de provocation entre les joueurs. Ces mots vulgaires pour désigner les gays est une bonne représentation de la vision que l’on a de l’homosexualité dans le monde sportif masculin : elle n’est pas acceptée. Pire encore, on n’en parle jamais. L’absence de travaux (sociologiques principalement) sur l’expérience d’hommes homosexuels en milieu sportif constitue ainsi un bon analyseur des impensés sociaux [1]. Cet article essaye de comprendre pourquoi l’homosexualité est un sujet tabou dans le monde sportif masculin en analysant les mécanismes qui poussent à l’homophobie et les spécificités des clubs de sport homosexuels.

Un monde viril

Le sport masculin est basé sur des valeurs de virilité et d’affrontement « maîtrisés » [2]. Ces deux caractéristiques principales du sport chez les hommes influencent la représentation sociale du sportif. « Les trois plus importants qualificatifs de la représentation sociale d’un bon sportifs sont le fait d’être un vrai mec, c’est-à-dire musclé et viril, d’être combatif et d’être séducteur », explique Laurent Paccaud, judoka à haut niveau qui effectue actuellement son travail de mémoire sur les clubs sportifs LGBT (Lesbienne, Gay, Bisexuel, Transgenre).

L’homosexuel est perçu comme manquant de virilité en comparaison avec les hétérosexuels. Cela implique qu’il ne remplit pas les caractéristiques du sportif. « La conséquence est que les homosexuels sont considérés comme étant moins bon dans le jeu. Cette vision peut conduire à une augmentation de l’homophobie », précise Laurent Paccaud, lui-même sportif et gay. Ainsi, en plus de déroger à la règle de par son soi-disant manque de virilité, l’homosexuel est considéré comme étant moins bon dans le jeu, car il ne remplit pas les critères du bon sportif.

La sociabilité du club

L’aspect social du club est une importante composante dans l’homophobie sportive. « Dans les clubs, la célébration de la virilité est souvent marquée par un dénigrement du sexe opposé, à travers des blagues machistes notamment », explique le judoka, qui a pût lui-même expérimenter ce genre de situation dans son club. Ce climat machiste rend l’intégration des homosexuels difficile, car ils n’arrivent pas à trouver leur place dans ces discours. Le sport crée donc un contexte qui facilite l’expression directe de l’homophobie, tandis que dans d’autres milieux elle est est plus latente et moins publique. Cela a pour effet que les homosexuels ont tendance à garder privé leur orientation sexuelle, d’où le peu de coming out chez les sportifs masculins.

Ces problèmes d’intégration ne sont pourtant pas le cas pour tous les gays. Il existe différentes stratégies pour se sentir quand même bien dans ce milieu. « Cela dépend du sport dans lequel tu évolues, de ta propre sociabilisation, ou encore du degré de conscience de ton orientation sexuelle », précise Laurent Paccaud.

Et chez les femmes ?

Chez les lesbiennes, il s’agit d’une toute autre homophobie, celle-ci est moins visible. « On se dit que c’est plus facile d’être une gay. Les gens ne trouvent pas que c’est dérangeant tant qu’elle aime la « bite ». Mais quand on se rend compte qu’elle ne l’aime pas, ça devient tout de suite plus gênant », détaille Laurent Paccaud. La représentation des lesbiennes dans les films pornographique a aussi facilité son intégration et son acceptation.

La représentation sociale de la femme sportive joue un rôle important dans l’acceptation de l’homosexualité dans les sports dits « masculin ». Dans ces disciplines, telles que le football, le basket-ball ou les sports de combat, la masculinité peut être considérée comme un avantage, un atout de performance. C’est ainsi qu’Amélie Mauresmo ou Martina Navratilova par exemple ont fait leur coming out sans subir de conséquences. Dans les milieux masculins, il n’y a presque jamais de coming out, si ce n’est dans les sports plus « artistiques » tels la danse par exemple où les caractéristiques sportives sont moins basées sur la virilité, mais plutôt sur l’élégance.

Ces lieux « masculins » réservés aux femmes sont souvent des endroits qui se prêtent bien aux expériences gays. « Le monde homosexuel féminin est beaucoup plus fermé. Il y a moins de lieux de rencontre qui leur sont dédiés, comme c’est le cas pour les hommes. Les clubs de sports deviennent donc des espaces informels qui peuvent se prêter à des expériences avec une personne du même sexe », explique Laurent Paccaud. L’homosexualité féminine et masculine sont donc deux dynamiques distinctes qui s’organisent autour de représentations sociales différentes.

Les clubs de sport LGBT

On ne parle presque pas des clubs de sport LGBT dans les sociétés traditionnelles. Ceux-ci restent assez confidentiels et les membres les intègrent par bouche à oreille. Le gêne que peut occasionner ces orientations sexuelles et le fait que ce concept soit en marge de la « normalité » empêchent la médiatisation et la diffusion des clubs de sport homosexuels. La preuve en est à travers les Gay Games, ces sortes de Jeux Olympiques LGBT (voir notre article sur les Gay Games), qui sont très peu médiatisés en dehors des milieux homosexuels, alors que l’événement existe depuis plus de 30 ans et rassemble plus de participants que les J.O.

Mais quelles différences fondamentales y-a-t-il entre les clubs homos et hétéros ? « Le fait d’appartenir à un club gay implique une revendication : on se déclare homo parmi les sportifs. On affirme publiquement notre orientation sexuelle. C’est une forme de militantisme et un moyen de visibilité de l’homosexualité dans le monde du sport », déclare Laurent Paccaud. La différence s’arrête là car les clubs réservés aux homosexuels s’affrontent sur les même ligues que les équipes traditionnelles. Cela est dû principalement au peu d’équipes existantes, qui ne permet pas de créer des championnats particuliers.

Ces clubs représentent aussi des lieux de rencontre. « On rencontre des gens qui ont la même orientation sexuelle et qui plus est ont une passion commune. Cela ajouté au peu d’espaces dédiés aux gays rend les clubs LGBT attractifs pour les homosexuels », explique le judoka.

Une vingtaine de clubs en Suisse

Il y a environ une vingtaine de clubs LGBT en Suisse. « Ces derniers sont regroupés essentiellement dans les grandes villes comme Lausanne, Berne, Bâle, Zürich ou Genève. Il y a différentes sortes de clubs. La plupart comprennent plusieurs pratiques sportives et proposent des activités ponctuelles. D’autres sont dédiés qu’à un seul sport », précise Laurent Paccaud.

À Lausanne par exemple il y trois clubs qui se concentrent sur une seule discipline : l’ABFAB, club de volley ; Laus-Angeles, club de basket ; et Aquarius, club de natation. Les provocations entre joueurs existeront certainement toujours, mais il se pourrait que petit à petit elles évoluent, tout comme l’homophobie dans le sport. Alors à quand l’expression « Calme toi, fais pas ton hétéro ! » ?

Source : Quentin Bohlen pour Les Vestiaires du Sport

Notes

[1] Philippe Liotard, Sport, identité, homosexualités, homophobie, in « Sport et homosexualités », sous la direction de Philippe Liotard, Quasimodo, Carnon, 2008.

[2] Norbert Elias, Eric Dunning, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Fayard, Paris, 1994.