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Droit
Référendum contre la LPart - Vers une campagne Playmobile Votations du 5 juin : La LPart sous Infrarouge
Les arguments gay du
NON au partenariat
Votations du 5 juin 2005
par  Frédéric Gloor, le mardi 17 mai 2005, vu 183 fois
Tags : - Suisse - Législation - Lpart

J’étais assis devant un comptoir de bar, j’alimentais une petite discussion avec mon voisin quand, stupéfaction, il annonce bien fort qu’il votera NON au partenariat. Je n’étais pourtant pas au Café des Brasseurs ni au Petit Central, j’étais bien dans un établissement gay fréquenté par des gays, d’ailleurs mon interlocuteur ne faisait aucun mystère de ses préférences sexuelles. Il faisait donc partie de ces homos qui refuseront le droit au partenariat enregistré le 5 juin prochain.

L’argumentaire de mon voisin de bar était simple, pour ne pas dire simpliste : « Je ne vis pas en couple et ne vivrais jamais en couple, cette loi me serait complètement inutile ». Il a ajouté que son avis était partagé par une grande majorité de gays et de lesbiennes pour qui la vie en célibataire est un choix ou une malédiction.

Comment contredire une vérité aussi simple ? Je suis le premier à dire qu’il faudrait créer des lois pour lutter contre la solitude indésirée, mais le sujet est autre. Je me suis donc fâché contre mon interlocuteur, le traitant d’égoïste. S’il veut rester seul, il doit penser aux couples qui veulent s’unir. « À quoi bon conduire de nouvelles personnes vers le divorce, autant ne pas permettre ces unions », me répond-il. Visiblement, il était profondément désabusé sur la question.

C’est une question de liberté et de choix. Si je veux un jour faire reconnaître mon couple officiellement, j’aimerais avoir le droit de le faire. À l’inverse, si je veux déclarer à tous les comptoirs de bars gay que je ne veux pas me partenarier parce que c’est mon choix, il faut que la loi existe pour que j’aie le luxe de refuser d’utiliser ce droit. Car si aujourd’hui je déclare que je ne veux pas me partenarier, on me répondra que de toute façon je n’en ai pas le droit. Ce droit, même si je ne l’utilise pas, je veux l’avoir.

Un autre argument souvent entendu est celui du fichier gay. On se souvient, ou on ignore, que les polices communales avaient pour habitude en Suisse de tenir une liste des homosexuels habitant dans les villes. Au niveau fédéral, le scandale des fiches n’est pas si vieux non plus. Ainsi, créer un registre des unions homosexuelles reviendrait à dresser une liste des lesbiennes et des gays de Suisse. De plus, avoir une institution complètement séparée du mariage nous obligera à cocher la case «  lié par un partenariat enregistré » sur les formulaires à défaut de « marié » ou « célibataire ». Tous les couples, et on pense à ceux vivant dans des vallées reculées, auront-ils le cran de cette visibilité ?

Il n’est pas certain que les formulaires officiels créent une case « lié par un partenariat enregistré » : il se peut qu’elle soit confondue avec celle de « marié ». Mais revenons cinquante ans en arrière et imaginons que les premiers qui ont dû cocher « divorcé » ont eu besoin de courage eux aussi. La société va évoluer et il deviendra banal d’annoncer qu’on est partenarié au même titre qu’aujourd’hui on peut être divorcé ou remarié.

L’argument que l’on n’entend jamais devrait venir des homos extrémistes, ceux qui souhaitent avoir les mêmes droits. Ceux qui sont encore indignés que la LPart interdise explicitement l’adoption et la procréation médicalement assistée, ceux qui revendiquent l’ouverture du mariage. Il semble que ces lesbiennes et ces gays-là se taisent dans le politiquement correct qui est d’usage.