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Société
Une majorité de Suisses serait favorable à l’homoparentalité Un artiste accusé d’homophobie invité au Palladium (Genève)
Les associations LGBT suisses ouvrent le débat sur l’homoparentalité
par  la rédaction, le mercredi 23 juin 2010, vu 1466 fois
Tags : - Suisse - Homoparentalité

Le 15 juin, l’association Gleichen chancen für alle familien (Même chance pour toutes les familles) a déposé une pétition à la Chancellerie fédérale. La veille, un sondage Isopublic sur l’homoparentalité, demandé par les associations Pink Cross et LOS, montrait qu’une majorité de la société suisse est favorable à une reconnaissance de l’homoparentalité. L’objectif commun à ces deux actions porte sur la loi sur le Partenariat (la Lpart), dont l’article 27 donne des devoirs mais aucunement des droits sur l’enfant du partenaire – il empêche notamment le partage de l’autorité parentale – et l’article 28 interdit l’adoption par un couple de même sexe et la procréation médicalement assistée.

Pour Yagg, Chatty Ecoffey, représentante romande de la pétition de l’association Gleichen chancen für alle familien (Même chance pour toutes les familles), Barbara Lanthemann, secrétaire romande de la LOS, et Yves de Matteis, co-président de Pink Cross, expliquent leurs motivations et leurs modes d’actions.

LA PÉTITION A RECUEILLI « 19380 SIGNATURES EN UN AN »

« Fin 2008, Adrian Mangold, un jeune hétéro prend conscience de la discrimination que subissent les familles LGBT en Suisse, par exemple l’interdiction d’adopter pour un couple de même sexe lié par un partenariat, raconte Chatty Ecoffey. Il crée d’abord un groupe Facebook qui compte aujourd’hui plus de 4230 membres. Dans la foulée, avec des femmes et des hommes hétéros et homos, il crée l’association Mêmes chances pour toutes les familles. Début 2009, Adrian contacte les associations nationales Pink Cross et LOS et ils décident ensemble de lancer cette pétition début juin 2009 à l’occasion de l’Europride à Zurich« .

La pétition est un succès car elle réunit 19380 signatures en un an, « ce qui montre un réel intérêt des Suisses pour cette question. Globalement la pétition a été bien reçue ». « Nous avons reçu le soutien des associations LGBT nationales et locales, poursuit Chatty Ecoffey. La Fédération genevoise des associations LGBT, qui regroupe 360, Dialogai, Lestime, ThinkOut et Parents d’homos, a ainsi été très active en Suisse romande en organisant plusieurs journées de récolte de signatures. Nous demandons au Parlement de commencer à travailler sur cette thématique et d’engager un réel débat de fond sur la diversité des familles aujourd’hui, pour permettre, à terme, une évolution de la loi. »

UNE MAJORITÉ DES SUISSES EST FAVORABLE À UNE RECONNAISSANCE DE L’HOMOPARENTALITÉ

En lien avec la pétition, un sondage a été effectué auprès de 1007 personnes par l’institut de recherche d’opinions Isopublic, qui avait également fait le premier sondage il y a six ans, « auprès des populations francophones et germanophones, afin de garder les mêmes conditions et de permettre une comparaison entre les chiffres de 1994 et ceux de 2010, précise Yves de Matteis, co-président de Pink Cross. Nous avons donc malheureusement dû écarter la partie italophone de la Suisse ».

« En 1994, un sondage sur l’adoption par les couples homosexuels avait été commandé par le magazine suisse Facts, et, à l’époque, les résultats avaient montré que la population suisse était contre une telle possibilité, indique Yves de Matteis. Comme la question posée il y a six ans ne concernait que l’adoption conjointe par des couples homosexuels, nous avons décidé d’ajouter deux questions supplémentaires au sondage lancé ce mois de juin afin d’avoir une image plus détaillée de l’opinion publique sur ces questions : la première sur la simple reconnaissance juridique des familles homoparentales et la deuxième sur la question de l’adoption de l’enfant d’un-e des partenaires par l’autre partenaire d’un couple homosexuel. Ce sondage incluait donc trois questions traitant du cadre juridique, de l’adoption de l’enfant par le partenaire et de l’adoption conjointe d’un enfant par un couple homosexuel. »

« Ces derniers mois, de plus en plus de voix se faisaient entendre afin de dénoncer la situation actuelle en Suisse. Il faut savoir par exemple que la loi sur le partenariat enregistré en vigueur en Suisse interdit à des personnes pacsées d’adopter des enfants, ce de manière explicite. Par exemple, une telle interdiction n’existe pas pour les personnes homosexuelles célibataires et vivant seules. À l’époque où la question avait été débattue au Parlement, nombreux étaient ceux qui prétendaient qu’il fallait interdire l’adoption aux couples homosexuels parce qu’un enfant avait besoin d’un père et d’une mère. Ce qui était un faux débat, puisque les personnes célibataires peuvent adopter en Suisse. Une fois mis devant cette contradiction, les opposants ont fait valoir qu’un enfant ne pouvait avoir deux mères ou deux pères, et que donc les couples homosexuels ne devaient pas pouvoir adopter. »

« Le débat était dans l’air depuis quelques années mais la population LGBT et les politiques qui nous soutenaient pensaient avant tout, dans le contexte des années sida, à la reconnaissance des couples de même sexe. La question de l’homoparentalité était, même au sein de la population homosexuelle, moins connue et plus controversée. Mais au fil du temps, tout le monde s’est rendu compte et que les familles homoparentales étaient de plus en plus nombreuses, et qu’il devenait difficile d’ignorer cette réalité. Les chiffres traduisent un changement complet, un réel retournement de l’opinion publique par rapport à 2004, 41,3% de oui contre 58,7% de non. En 2010, nous avons une inversion des chiffres avec 53% de la population en faveur de l’adoption par des couples de même sexe et 44,3% d’opinions défavorables. Les fronts se sont donc inversés en faveur de l’adoption par des couples homosexuels. Cette tendance était perceptible ces dernières années, mais il nous fallait une certitude, et une preuve tangible, d’où le sondage. »

LA SOCIÉTÉ SUISSE EN PLEIN CHANGEMENT

« Le fait de rendre les familles arc-en-ciel plus visibles aujourd’hui contribue certainement à ce changement, renchérit Barbara Lanthemann, secrétaire romande de la LOS. La population avait voté en faveur du partenariat enregistré en 2005, elle admet maintenant que les couples forment des familles, et que la société change. Nous pouvons approcher les responsables politiques avec cet argument supplémentaire. Les parlementaires en possession de la pétition ne pourront pas ne pas tenir compte de cet élément. »

Pour Yves de Matteis, les conséquences seront importantes : « Ces dernières années, les personnes favorables à ce thème pensaient probablement être minoritaires, alors que ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ces mêmes personnes savent, grâce au sondage, qu’elles sont aujourd’hui majoritaires, ce qui permet d’agir enfin de manière efficace ».

« La pétition a permis d’ouvrir déjà le débat et de faire connaître l’existence de ces familles et de ces milliers d’enfants. L’opinion publique suisse a aussi été sensible aux débats engagés par ses voisins, souligne Chatty Ecoffey. Nous avons bénéficié du travail effectué en France, côté francophone, et du travail effectué en Allemagne, côté alémanique. L’évolution du droit dans les pays européens a également mis en lumière ces familles atypiques. Les médias se sont intéressés à ces familles, qui elles-mêmes s’assument davantage socialement, se montrent et prouvent qu’elles sont comme toutes les autres. De plus en plus d’homosexuel-le-s deviennent parents. Il est urgent de leur donner un cadre légal. La société a évolué, seul le droit reste figé dans un modèle obsolète. »

LES RÉACTIONS POLITIQUES SUIVENT

La pétition fait déjà réagir et dispose d’un certain soutien politique. « Le jour même du dépôt de la pétition, c’est-à-dire le 15 juin 2010, deux motions ont été déposées au Conseil national, explique Chatty Ecoffey. La première motion a été déposée par Katharina Prelicz-Huber (verts) avec 55 signataires pour demander la révision de l’article 28 qui interdit l’adoption (présent dans la Lpart). La deuxième motion a été déposée par Mario Fehr (socialistes) avec 67 signataires pour demander l’ouverture de l’adoption au parent non biologique. Nous sommes très heureux qu’une partie des politicien-ne-s n’acceptent plus la discrimination infligée aux familles homoparentales et s’engagent pour faire changer les choses. »

« Dans deux communiqués, le Parti évangélique suisse (PEV) et l’Union démocratique fédérale (UDF) répètent qu’ils refusent le droit à l’adoption pour les couples homosexuels, ajoute Barbara Lanthemann. À leurs yeux, « le bien-être de l’enfant doit primer ». D’autres partis soutiennent cette pétition, en particulier les Verts et les Socialistes. En Valais, canton où je réside, connu pour son conservatisme, le président du Parti Socialiste a pris personnellement position en faveur de cette pétition. Le Parti démocrate-chrétien (PDC) quant à lui se montre totalement fermé à ce sujet. »

LE PARTENARIAT DES ASSOCIATIONS SUISSES

« Pink Cross et LOS connaissaient depuis longtemps la date du dépôt de la pétition, et nous nous sommes donc arrangés pour que le sondage soit effectué au plus près de cette date », exprime Yves de Matteis. « Il s’agissait de montrer non seulement que les besoins d’une petite minorité de la populations étaient en jeu, en l’occurrence même une minorité de la minorité, mais que le sujet concernait l’ensemble de la population suisse. Le fait que cette population soit, en plus, favorable à l’adoption, et même que 2 Suisses sur 3 se prononcent en faveur de l’adoption par un des deux partenaires de l’enfant de l’autre partenaire, est évidemment très parlant. Sans compter que, de manière générale, ce sont 86,3% de la population suisse qui sont en faveur de l’établissement d’un cadre juridique pour ces familles. »

Chatty Ecoffey souligne l’importance de l’aide de Pink Cross et LOS : « Je leur suis très reconnaissante d’avoir fait ce sondage qui a appuyé la remise de cette pétition dont le Parlement doit tenir compte, particulièrement au regard des résultats de ce sondage. Le Conseil national ne peut ignorer l’opinion de 86,3% de la population Suisse. » « Le débat s’est ouvert et le sondage montre que l’opinion a bien évolué depuis six ans, ajoute-t-elle. 86,3% des personnes interrogées sont favorables à la nécessité d’établir un cadre légal pour les familles homoparentales, donc, sont d’accord avec l’homoparentalité. C’est une évolution incroyable ! »

2011 : L’ÉCHÉANCE DES ÉLECTIONS NATIONALES

Dans un an, des élections nationales auront lieu en Suisse pour renouveler l’ensemble du Parlement, à la fois le Conseil national (chambre basse) et le Conseil des États (chambre haute).

« Nous planifions plusieurs actions pour continuer à sensibiliser le peuple suisse sur la situation légale des familles homoparentales, prévoit Chatty Ecoffey. La première sera la création d’une association faîtière nationale des familles LGBT. »

Yves de Matteis voit une continuité avec Gleichen chancen für alle familien (Même chance pour toutes les familles) : « Aujourd’hui, nous avons déjà l’opinion de la population suisse, mais il pourrait être très intéressant d’avoir l’avis de spécialistes sur le sujet. Et nous pourrions donc envisager la tenue d’assises ou une grande conférence nationale à laquelle participeraient des experts comme Thomas Hammarberg, commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, dont la Suisse est membre, ou encore d’autres experts psychiatres, médecins, sociologues, etc., venant d’autres pays où il y a déjà eu des progrès en la matière. Le but serait de montrer qu’interdire l’homoparentalité n’a pas de sens et qu’il faut avant tout penser à fournir un cadre légal aux familles concernées. Bien sûr, les familles homoparentales pourraient participer à ces assises, pour faire entendre leur voix et exprimer leurs besoins. Il resterait encore à définir si de telles assises devraient se cantonner à l’homoparentalité, ce qui dissuaderait certains partis de participer, ou s’étendre à toutes les formes de parentalité, famille nucléaire, monoparentales, homoparentales, recomposées, etc ».

Pour l’association LOS, des manifestations sont déjà prévues jusque novembre : « Pour l’instant, il s’agira de rester en contact avec les partis politiques du pays pour préparer le terrain en vue des débats qui se tiendront au Parlement. L’organisation suisse des lesbiennes et l’association suisse des gays soutiendront ce processus et s’engageront avec les groupes et les associations qui défendent les familles arc-en-ciel ».

Source : Esther Trousset pour Yagg.