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Société
Homophobie : le climat s’aggrave L’Eglise fulmine contre les homosexuels valaisans
Les couples homosexuels,
des parents ignorés par la loi
par  la rédaction, le dimanche 16 mai 2010, vu 1495 fois
Tags : - Législation - Homoparentalité

TABOU En Suisse, 20 000 enfants seraient élevés par des parents homosexuels. La loi interdit pourtant d’avoir deux mères ou deux pères.

Deux petites filles jouent sur la terrasse. Dans la cuisine, les parents préparent le souper. Une famille banale. Ou presque. Car dans cet appartement du Jorat, pas de papa au quotidien. Emma* et Sandrine* ne le cachent pas aux deux fillettes de 3 et 4 ans : maman aime maman. En Suisse, environ 20 000 enfants seraient élevés par des couples homosexuels, selon l’association gay 360. Une réalité, même si légalement il est impossible d’avoir deux pères ou deux mères.

Une pétition, soutenue par les associations homosexuelles, demande aujourd’hui l’accès à l’adoption pour les couples de même sexe. Et aussi que tous les adultes, indépendamment de leur orientation sexuelle et de leur état civil, aient le droit de devenir parent. Elle sera déposée le 15 juin à Berne.

  • Enfanter par le système D

Si l’homoparentalité a visiblement tracé son chemin, elle l’a fait en contournant les nombreux obstacles législatifs. Adopter ? Interdit aux couples homosexuels. Comme beaucoup d’autres, Sandrine y a songé en tant que célibataire. « L’adoption est déjà compliquée pour une hétéro, alors pour une homo, c’est mission impossible », explique Chatty Ecoffey, responsable du groupe homoparents de 360. Peu importe son orientation sexuelle, adopter en célibataire implique de vivre seul. « Si un couple hétérosexuel veut adopter, il doit se marier. Quant au partenariat enregistré, il interdit l’adoption », précise Véronique Blanc, membre du comité de l’association adopte.ch. « Si on a un compagnon, du même sexe ou pas, mieux vaut ne pas en parler. »

Enfanter lorsque l’on est homo revient alors à choisir le système D. Emma et Sandrine ont, toutes deux, eu un enfant lorsqu’elles étaient célibataires, grâce à un projet de coparentalité. Les deux fillettes ont donc chacune un papa gay qui a joué le rôle de donneur. Un procédé artisanal a fait le reste. « Cette solution est idéale puisqu’un père est présent. Il s’occupe de notre fille le week-end ou durant les vacances. Mais j’ai aussi eu la chance de tomber sur une personne de confiance, tolérante et arrangeante », confie Sandrine. Sa compagne acquiesce. Elle n’a d’ailleurs jamais envisagé un autre moyen d’avoir un enfant. Si Emma a rapidement réussi à exaucer son vœu de maternité, Sandrine, elle, a dû s’armer de patience. Après un premier projet de coparentalité qui n’aboutira pas, elle se tourne vers la procréation médicalement assistée. Une méthode pourtant interdite aux célibataires dans notre pays. Seul un couple homme- femme y a droit ; de plus, il faut être marié en cas de don de sperme.

La solution : contourner la loi. L’Espagne, la Belgique ou la Hollande sont ainsi devenus les hauts lieux d’un tourisme du bébé (lire ci-contre) . Les associations homosexuelles suisses donnent sur leurs sites les adresses des cliniques de procréation médicalement assistée non restrictives .

  • Homo ne signifie pas stérile

Ces bébés de la science n’ont pas les mêmes droits que les enfants issus d’une famille traditionnelle. « Seule la mère biologique est reconnue comme parent légal. Si, dans un couple de femmes, l’une décède, l’enfant ne peut être élevé par sa deuxième maman. L’actuelle pétition réclame un droit à l’adoption entre autres dans ce cas-là », précise Chatty Ecoffey. Et de relever que le partenariat a tout de même l’avantage de donner des obligations envers les enfants déjà présents dans la communauté. Au-delà des difficultés techniques, demeure le poids d’une société « normée » sur le modèle hétérosexuel. Pour Emma et Sandrine, il a fallu s’autoriser à devenir parents. « Pour les gens, être homosexuelle et maman, ce n’est pas naturel. Dépasser ce préjugé demande donc beaucoup de courage », indique Emma. Sandrine est aussi passée par-là. « Quand j’ai compris que j’étais lesbienne, je me suis dit que je n’aurai jamais d’enfant. » A travers ce témoignage, les deux femmes ont décidé de montrer que cela est possible. « Nous sommes une famille normale, stable, heureuse, et sans cornes sur la tête ! » conclut Emma.

*prénoms d’emprunt

Pascale Burnier



Interview Express : Philippe Lavenchy
Chef du Service de la Protection de la Jeunesse (Vaud).

« La priorité pour fonder une famille
est donnée aux couples mariés »

Une personne célibataire, que ce soit un homme ou une femme, peut légalement adopter. Qu’en est-il si elle est homosexuelle ?

– Ce n’est pas parce qu’une personne est homosexuelle qu’elle est à priori inapte à l’adoption. Dans la pratique, nous devons toutefois examiner les conséquences que ce type de relation à la sexualité peut jouer dans le projet éducatif. Un couple homosexuel, par contre, ne peut pas adopter, car nous devons nous inspirer de ce qui a été décidé pour le partenariat enregistré.

Mais en réalité les homosexuels n’essaient même pas, car ils savent qu’ils ont peu de chances. Surtout un homme seul…

– Le droit fédéral privilégie l’adoption par un couple. De plus, il y a environ deux fois plus de demandes d’adoption sur Vaud que d’enfants à adopter. Et pour l’enfant, quel est le plus simple : trouver une famille traditionnelle ou un couple homosexuel ?

Les célibataires ont le droit d’adopter, mais n’ont pas accès à la procréation médicalement assistée. Pourquoi ?

– Il faut réaliser que l’adoption n’est pas conçue pour que des personnes deviennent parents. Le but est de permettre à un enfant d’être inséré dans la meilleure situation familiale possible. Le fait de procréer est donc différent.

Avoir un papa et une maman reste donc le modèle idéal ?

– C’est le modèle dont notre civilisation est héritière. La priorité pour fonder une famille est clairement donnée aux couples mariés. Toutefois, la réalité montre aussi qu’il y a 50% de familles recomposées.

Il y a d’ailleurs des enfants de couples homosexuels ou de femmes célibataires très heureux alors que d’autres vivent avec un père et une mère qui ne cessent de se disputer…

– C’est vrai. L’important est que la diversité des missions des deux parents se retrouve. Une famille, quelle qu’elle soit, doit pourvoir offrir deux rôles sans confusion : l’amour et l’autorité. Cela est pareil pour un couple homosexuel.

Certaines familles non traditionnelles en viennent à contourner la loi pour procréer dans des cliniques étrangères. Qu’en pensez-vous ?

– Cette démarche peut être très égocentrique si une femme le fait pour son besoin personnel. Toutefois, si une célibataire, homosexuelle ou pas, le fait pour constituer un noyau familial, alors on peut respecter un tel choix.


Le tourisme de la procréation

En Espagne, la procréation assistée est devenue un argument touristique. Légale pour les célibataires et les lesbiennes, elle est aussi lucrative. Pour répondre à la demande croissante des Européens plus restrictifs, les cliniques développent un système d’accueil destiné aux patientes étrangères. Barcelone, Alicante et Madrid, des destinations choisies pour leur accès facilité en avion.

La clinique IREMA, près d’Alicante, accueille 15% de Suissesses. « Toutes les femmes sont bienvenues. Nous recevons les couples de lesbiennes en toute normalité », explique Sandrine Ott, native de Lausanne, chargée de l’accueil des francophones. Ici, pas besoin de certificat d’un psychiatre, ni de cacher son homosexualité. « Au contraire, nous voulons impliquer la conjointe. »

Coût de l’insémination ? 1100 euros, chez IREMA, jusqu’à 1500 ou 2000 euros dans d’autres cliniques. Un tarif plancher qui n’inclut notamment pas les examens et analyses préliminaires, ou la stimulation hormonale préalable. Ces derniers sont souvent effectués dans le pays d’origine. « Mais il est parfois difficile de trouver un gynécologue en Suisse. Nous pouvons donner quelques noms », ajoute Sandrine Ott.

La suite est simple : le couple choisit à l’avance les caractéristiques du donneur, précise ses préférences pour sa taille, sa corpulence, la couleur des yeux et des cheveux. Au jour J du cycle, le couple prend l’avion pour procéder au transfert de sperme. En deux heures tout est fait, même si la clinique conseille de rester une nuit. Elle propose au besoin, des hébergements à proximité.

Célile Thibaud


Source : 24Heures du 06 mai 2010

Photo : Philippe Maeder


La Question du Jour


Un enfant doit pouvoir se référer à un père et une mère

Mieux vaut, disent certains, la tendresse de parents homosexuels que la discorde d’une famille standard.

Mais deux personnes sur trois invoquent les lois de Dieu et de la nature pour défendre la tradition.







Les réponses des lecteurs.


Non, l’enfant a droit à un père et à une mère. Les célibataires et homosexuels doivent assumer leur mode de vie et comprendre que l’enfant n’est pas un jouet.

ANDRÉ BRÜLHART ÉPALINGES


Toutes les aptitudes doivent- elles déboucher sur des droits ? La principale qualité des humains est la capacité d’aimer. Ainsi, diverses circonstances de la vie ont amené des couples homosexuels à élever – très bien, dans la majorité des cas – l’enfant d’un des partenaires. Mais l’être humain est aussi sexué. Cela rend un couple homosexuel stérile par définition. Et donne à l’enfant le droit naturel, et le besoin social, d’avoir un père et une mère pour se développer. Pour un État, ce droit doit primer sur tout autre. Puisque le droit actuel tolère que 20 000 enfants soient élevés par des parents homosexuels, c’est que ce n’est pas impossible. Alors restons-en au statu quo plutôt que de légiférer.

PATRIK DURUZ YVERDON-LES-BAINS


Les couples hétéros conçoivent des enfants homosexuels, pas l’inverse ! Pensez-y, surtout quand y a tant d’orphelins qui ne demandent que l’amour de parents, et pas ce qu’ils font dans la chambre à coucher…

JOAO DE BARROS LAUSANNE


Pour son équilibre, un enfant doit avoir une mère et un père. Surtout quand il est en âge de scolarité. Comment vont réagir ses camarades si ses parents sont du même sexe ? Moqueries et plus… Le pauvre va en souffrir toute sa vie, et il risque de recréer la même triste situation lorsqu’il sera adulte. Chacun peut choisir sa vie, mais sans l’imposer à un enfant qui, lui, n’a pas demandé à venir au monde. Il y a déjà suffisamment d’enfants malheureux sur cette terre.

JEAN-MICHEL BRON MONT-SUR-ROLLE


Non, en aucun cas. Dieu ne le permet pas.

OLIVIER CHRISTEN PRILLY


La question, très complexe, soulève beaucoup d’interrogations quant à l’équilibre de l’enfant, à son éducation et à la force qu’il aura pour affronter le regard d’autrui. Mais je reste persuadée qu’un enfant évoluera plus sainement dans un couple honoparental où règne une belle harmonie qu’au sein d’une famille « normale » toujours en conflit ou tout autre déséquilibre. Il faut se détacher des conventions et accepter que la société évolue. Ce qui autrefois était impensable devient tolérable aujourd’hui.

NOËMIE SOLIOZ LAUSANNE


Bien sûr, personne ne devrait avoir un enfant s’il est incapable de l’élever. Toutefois, combien de veufs et de veuves ont prouvé par le passé que nécessité fait loi ? Il en ira de même pour les homosexuels et les célibataires si la confiance prime. Les pervers sexuels dangereux se trouvent partout ; parmi les couples légitimes aussi.

PHILIPPE BERNEY LE PONT


La réponse est à trouver d’abord dans La Genèse : « Dieu les créa mâle et femelle, les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. » C’est au sein du couple, homme et femme, que l’enfant, fruit de l’amour humain, trouvera les meilleures conditions de développement et d’équilibre reconnues par les psychologues. Toute autre solution en dehors de la nature voulue par notre Créateur ne pourra que produi- re des effets négatifs à moyen ou long terme.

GUY PIGNAT RENENS


Évidemment. La structuration d’un enfant, son imprégnation harmonieuse des préceptes cognitifs comme des apports affectifs procèdent de la disponibilité, de l’intelligence, de la tendresse. Or celles-ci ne se relient ni à une orientation sexuelle ni à un état civil, mais à des parcours aussi différents que spécifiques.

DIDIER HOLL LAUSANNE


L’idéal, pour un enfant, est d’avoir un papa et une maman visibles, qui ont, en outre, la responsabilité de son éducation. Dame Nature ne dirait pas le contraire. Pour le reste, les pays font ce qu’ils peuvent pour endiguer des demandes diverses, souvent basées sur des besoins plus ou moins égoïstes. Le bien de l’enfant passant malheureusement au second plan.

BERNARD TEDESCHI ÉCHALLENS


Dans une adoption, l’intérêt de l’enfant doit primer. Normalement, celui-ci a besoin d’un père et d’une mère, même si les familles monoparentales sont nombreuses. Donc il faut favoriser le couple, mais l’intérêt de l’enfant peut être autre. S’il est celui d’un des partenaires, ou si, pour son avenir matériel ou autre, cela présente des avantages, alors pourquoi pas ! C’est à l’autorité de tutelle de peser le pour et le contre.

GILBERT KRAMER MONTHEY (VS)


Tous les enfants devraient avoir le droit de connaître leur père et leur mère ; c’est le moindre des respects que l’on doit à toute vie humaine nouvelle. De plus, les familles monoparentales regorgent de problèmes sociaux et économiques ; elles sont le plus souvent à la charge des contribuables, qu’elles résultent d’une volonté délibérée d’avoir un enfant en tant que célibataire, ou de se retrouver en situation monoparentale après un divorce.

HUBERT REYMOND SAVIGNY


Ne vaut-il pas mieux un ou des parents célibataires ou homosexuels qui ont de l’amour et de la tendresse à apporter à un enfant plutôt qu’un couple hétéro qui ne s’aime pas ou plus, et qui a pu donner vie à un enfant indésirable, peut-être battu et maltraité ? Pourquoi être si borné et rigide ? Que les Suisses soient moins conservateurs, bon Dieu !

LETITIA WAEFLER CHERNEX


Source : 24Heures du 07 mai 2010.