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Société
Zurich, paradis de la fête - Patrick de Fribourg - Genève, sept ans plus tard. D’une 1ère Pride à la prochaine.
Les faits divers d’été
sont (pas) gays
par  Frédéric Gloor, le mardi 12 août 2003, vu 414 fois

Décidément, l’été puise son actualité chez les gays. Il y a quelques semaines, Le Matin s’intéressait aux WC publics et à la drague homosexuelle qui s’y tient. Ce lundi, c’est au tour de 24 heures de publier une enquête sur “la double vie des aires d’autoroutes”, article dans lequel on nous apprend que des hommes mariés y ont des relations entre hommes. On reste dans un registre d’un intérêt limité Depuis hier, une polémique accusent les gays d’être responsables de l’incendie des Grangettes.

Dimanche 10 août, au cœur de la réserve des Grangettes sur une plage du Léman appelée “Tata beach” par ses habitués, un homme voit une colonne de fumée au loin. Certains pensent qu’un badeau a contrevenu à l’interdiction cantonale de faire des barbecue, quelques minutes plus tard, ce sont des flammes géantes qui sont visibles depuis la rive. “Ceux qui étaient en bateau ont sorti leurs extincteurs et, contournant le lieu du sinistre, ont voulu aller éteindre l’incendie” raconte un habitué. Rien à faire, les pompiers mettront quelques heures avant d’en venir à bout. Un hectare aura été brûlé.

Lundi 11 août, les journaux relatent les faits, certains parlent de deux foyers découverts. Les esprits s’échauffent dans le village avoisinant, montrant les gays naturistes du doigt, certains prétendent qu’ils sont la cause du maux. L’après-midi n’aura jamais été aussi médiatisé sur Tata beach. Caméras, journalistes, politiciens, biologistes, défenseurs de la nature, tout le monde s’y exprime. Le soir au Journal des Régions (TSR) la thèse des gays incendiaires est relatée. Le maire de la petite ville voisine prétend que les gays-naturistes seraient liés à des sites pornographiques (on ne saisit pas le rapport avec le feu, et il semble que ce ne soit qu’une rumeur, est-ce qu’un bûcher a déjà été dressé au cœur du village ?) Pour le TJ-soir, la polémique a été remplacée par un commentaire ironique : “pour l’instant, nous ne savons pas si l’incendiaire était habillé ou non”.

Mardi 12 août, Le Matin présente la magnifique photo d’un homme nu, de dos. Le point de vue des naturistes y est présentée. Un inconnu aurait menacé dans un grand cri “Marre de ces pédés, je vais y foutre le feu” samedi déjà, relaie l’homme de la photo aux journalistes du Matin, sous un nom d’emprunt (mais les fesses sont les siennes).

Que les gays mettent le feu à la plage qu’ils affectionnent et qu’ils entretiennent n’est pas fondé. (A moins qu’ils aient eu le projet de bâtir un bar gay sur la surface incendiée.) Que l’incendie soit homophobe, on en sait rien. Que des personnes soient intéressées à ce que la zone ne soit pas classée et que la transchablaisienne voient enfin le jour, on sait qu’ils sont nombreux, mais sont-ils prêt à mettre le feu pour ça ? on en sait rien non plus. Si Le Nouvelliste titrait “Un vrai désastre” en gros caractères sur sa première page, Le Temps semble plus réaliste et n’y consacre qu’un petit article sous le titre “le feu n’a causé que peu de dégâts”. Tous les esprits ne se sont donc pas échauffés.


Alors que l’été caniculaire n’offrent pas d’actualité croustillante, il est à féliciter 24 heures pour avoir publié deux articles sur le milieu gay lausannois et sa promotion touristique. Sur un ton agréable, ces deux reportages présentent la réalité d’un point de vue positif, merci. (Fred)