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Les filles s’affranchissent
Soirées femmes
par  Frédéric Gloor, le samedi 5 février 2005, vu 207 fois

Les cloisons s’ouvrent. On observe depuis quelques temps des rapprochements nouveaux. Le groupe des Filles affranchies propose depuis le mois de décembre des soirées où les femmes, toutes sexualités confondues peuvent se retrouver à l’abri du monde masculin. LGBT s’y conjugue au féminin.

Autrefois, les lesbiennes pures et dures refusaient tout contact avec le monde masculin comme avec le monde hétérosexuel. Il en était de même du monde gay, qui ne voulait sortir qu’entre hommes et mettait les filles à la porte des bars gay. Les hétéros masculins, forts de leur suprématie, n’ont jamais refusé personne, dans la mesure où les lesbiennes se montraient charmantes et les gays pas trop voyants.

Alors que l’on observe que de plus en plus que gays et lesbiennes aiment passer du temps ensemble, un nouvel axe ouverture est en train de se (re)créer chez les femmes : les lesbiennes, bi et femmes hétéros se retrouvent comme aux premiers temps du féminisme. Si le monde a changé et que l’égalité est plus proche qu’avant, les lieux où les femmes se sentent bien manquent toujours dans la société. Le groupe des Filles affranchies propose des soirées pour femmes au sens large. La première s’est déroulée au Zinéma, à Lausanne, en décembre 2004. Pauline, fille affranchie, répond à mes questions.

> Comment s’est passée cette première soirée ?

Pour cette édition, puisque la soirée est appelée à être en mouvement perpétuel, le rendez-vous était au Zinema.

Les films d’artistes, la lumière tamisée et le mix musical de DJ Flow, pertinent et racé, invitaient à la détente et à une ambiance groovy. Les filles, de tous âges et de toutes sexualités, se mélangeaient avec harmonie. Des groupes de personnes ont fait connaissance, sans barrières ni a priori. Le bilan de cette première édition : pari réussi, les femmes se mélangent et s’apprécient, car malgré les différences, le lien reste.

Et certaines filles m’ont raconté s’être amusées à deviner qui était bi, straight, homo... une façon ludique de découvrir l’autre.

> Pourquoi les lesbiennes (et les femmes de manière générale) se sentent-elles encore moins libres lorsqu’elles sont en compagnie d’hommes ?

Je pense que certaines lesbiennes bloquent vis-à-vis des hommes ; quant aux hétéros, elles sont dans une perpétuelle représentation d’elles-mêmes et ne se lâchent pas, de manière à garder une image bien maîtrisée.

À partir de ce constat, je propose une soirée réservée qui leur permette de se détendre et de se laisser aller. Une ambiance différente des soirées lesbiennes, où la drague à tout prix alourdit parfois l’ambiance, différente des soirées hétéros, où ça se jalouse et où les femmes fatiguées d’une drague parfois lourde se montrent moins disponibles à des rencontres de qualité.

> Tu veux donc créer un monde à l’abri des discriminations ?

Je ne veux pas parler de discriminations, mais de différences de traitement, oui. Les moqueries, les commentaires salaces des mecs misogynes, les insultes : ça c’est récurrent. Je cherche juste à être respectée et à aider celles qui se cherchent à être en paix avec leur sexualité, qu’elles se révèlent lesbiennes, bi ou hétéros.

> Tu dis que ce n’est pas une soirée « ghetto », mais une soirée « pour femmes qui ont envie d’être entre elles ». Où est la différence ?

Une soirée ghetto, c’est une soirée lesbienne interdite aux hommes, par exemple. Mais lorsque je convie toutes les femmes, soit toutes les sexualités confondues, je ne peux parler de ghetto.

Ça frappe parce que les gens n’y sont pas habitués. Pense au foot, au Rotary ou au bistro, tous des endroits où les femmes ne sont pas conviées ou sont très peu présentes. Personne ne se pose la question dans ce sens.

> Les Filles affranchies ne vont pas s’arrêter en si bon chemin, quelle sera la suite ?

Pour la prochaine soirée des Filles Affranchies, j’ai le projet d’une soirée caritative dont les fonds seraient reversés à une association pour femmes à Bombay. C’est en projet, alors je ne peux pas t’en dire plus, mais je te tiendrai au courant.

L’idée des Affranchies, c’est de proposer une soirée en diapason avec le lieu : des projections au Zinema, un set DJ très dance dans un club, une vente tupperware au BG café du Bon Génie, non là je plaisante. Le but étant de proposer des soirées différentes sur la forme, mais semblables quant au fond. J’ai aussi le projet d’ouvrir la porte aux hommes dès minuit pour une soirée.

Plein d’idées comme tu peux le voir.

> Les femmes se retrouvent entre elles, c’est une force et ça doit être une joie de voir que les femmes lesbiennes et hétéros peuvent se parler. Penses-tu qu’un jour les hommes gay et hétéros pourront en faire autant et se retrouver ?

Mais ils se retrouvent tous jours ! Regarde les sports d’équipes, les entreprises, les matchs. Ce sont des assemblées d’hommes où toutes les sexualités sont confondues. Ils n’y pensent pas, c’est tout. Quand les hétéros n’auront plus peur des gays, ils pourront aussi se retrouver en soirées...


Les filles affranchies - site Internet

Illustration : Le jour de la femme, 8 mars 1914 : affiche demandant le droit de vote pour les femmes à Munich, en Allemagne. Source : Unesco.org

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