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Société
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Les lesbiennes se pacsent moins que les gays
par  la rédaction, le lundi 20 décembre 2010, vu 385 fois

Le partenariat s’enregistre trois fois plus au masculin, selon les statistiques vaudoises.

Au jeu des clichés, celui-ci est des plus répandus : les hommes se montrent plus réticents que les femmes à se laisser passer la corde au cou. C’est pourtant loin de cette idée reçue que se déchiffre le bilan du partenariat enregistré dans le canton de Vaud depuis son introduction en 2007.

Jusqu’à fin 2009, l’État civil a enregistré 440 unions entre personnes du même sexe : 316 couples d’hommes, 124 de femmes, indique la dernière publication du Service des statistiques.

« Nous avons été surpris par cette différence, qui existe partout au niveau fédéral », constate Barbara Lanthemann, secrétaire de l’association lesbienne LOS.

A défaut d’études détaillées, les chercheurs et les milieux homosexuels avancent plusieurs hypothèses pour éclairer cette tendance. A commencer par la question des enfants, exclue du partenariat enregistré qui interdit l’adoption. Cela pourrait davantage retenir les femmes.

  • Une étiquette

La visibilité du partenariat suisse, réservé aux homosexuels contrairement au Pacs français, peut jouer un rôle. Pas toujours évident d’être étiqueté en communiquant son état civil, à son employeur notamment. « C’est un acte qui expose », constate Céline Perrin, auteure d’une thèse sur la discrimination contre les homosexuels. La résonance est particulière pour les lesbiennes, plus discrètes que la communauté gay.

« Une étude québécoise montre que les femmes font moins leur coming out au travail que les hommes, alors qu’elles le font autant dans la famille », indique la spécialiste. Les pistes d’explications ? Le poids d’une double discrimination « femmes et homosexuelles ». Par ailleurs, dans les métiers féminins, comme l’enseignement ou les soins, la crainte de préjugés ou de fausses accusations de pédophilie est tenace.

Reste l’hypothèse que les lesbiennes ont probablement moins d’intérêt financier à se pacser, avance Barbara Lanthemann. « Elles sont moins riches et ont donc moins de fortune à protéger que les hommes. En plus, le partenariat représente un désavantage fiscal ».


En couple depuis cinq ans

« Lorsqu’on postule, les gens n’ont pas besoin de savoir »

Caroline [1] pense qu’elle choisira un jour le partenariat, pour des questions de sécurité. Mais pas pour l’instant. « J’aimerais avoir un enfant avec un ami qui serait d’accord de le faire. Mais je ne souhaite pas qu’il le reconnaisse », justifie cette femme de 29 ans. C’est pour cette raison qu’elle souhaite rester anonyme. En plus, sa compagne depuis cinq ans ne pourrait pas l’adopter.

L’idée d’être fichée comme homosexuelle retient aussi cette jeune femme. « La visibilité ne me pose pas trop de problème car je ne m’en cache pas. Dès lors que mes proches ont accepté sans difficulté mon homosexualité, le reste m’était égal. Mais lorsqu’on se présente à une place de travail, les gens n’ont pas besoin de savoir. On ne demande pas aux hétérosexuels ce qu’ils font au lit… ». Actuellement étudiante à la Haute Ecole Pédagogique, Caroline ne sait pas encore si elle en parlera sur son lieu de travail. « Les métiers avec les enfants sont touchés par l’homophobie. En même temps, le dire immédiatement peut éviter les rumeurs. »


En couple depuis huit ans

« Je suis entourée de gens qui reconnaissent mon couple »

« Idéologiquement, je ne suis pas attirée par le partenariat. Socialement, je ne vois pas le bénéfice. Je l’envisagerais si l’une ou l’autre avait une maladie. »

A 28 ans, Myriam [2] vit depuis huit ans avec Karine et l’enfant de sa compagne, qu’elle a eu il y a six ans, au début de leur relation.

Myriam n’est pas emballée par la dimension symbolique du pacs, pas plus qu’elle n’est convaincue par le serment du mariage. « J’ai l’impression que le partenariat a aussi pour but de faire reconnaître son couple. Mais je suis déjà entourée de gens ouverts qui le reconnaissent déjà. » Et la fille de sa compagne ?

« Elle l’a eue en coparentalité. Le pacs n’aurait rien amené, car la loi protège déjà l’enfant et le deuxième parent. »

Aux yeux de la jeune femme, l’interdit des enfants pèse dans la loi sur les unions entre personnes du même sexe. « Je connais des gens qui ont établi le contrat de partenariat après avoir conçu leur enfant. Le partenariat nie l’homoparentalité. Mais Pacs ou non, elle existe. »


Maya, pacsée

« Avoir le droit d’exister »

Militante,Maya Burkhalter rêvait d’être la première à signer un partenariat.Elle s’est finalement unie en mars 2007 avec Nybia, sa conjointe depuis dix-sept ans. Une belle fête à la clé, comme pour le mariage de ses frères et sœurs. « Je voulais avoir le droit d’exister en tant que compagne. »Ayant vingt ans de différence d’âge, devenir une partenaire incontournable en cas de maladie était important. La question de l’héritage a aussi pesé, même si la hausse d’impôts pour un couple pacsé constitue le revers de la médaille. Pour Maya, porter son homosexualité en bandoulière n’est pas un problème ; c’est même une sorte de « mandat » envers les plus jeunes, estime-t-elle. « Je suis prête à prendre le risque qu’à l’avenir un employeur connaisse mon orientation. » Et pas question que le partenariat devienne accessible aux hétéros. « Ils peuvent déjà se marier ! Moi, je prends le pacs avec ses avantages et ses inconvénients. »


Source : Laure Pingoud pour 24Heures

Photo : VANESSA CARDOSO ► Maya Burkhalter

Notes

[1] *Prénom d’emprunt

[2] *Prénom d’emprunt