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Société
Homosexuels pas victimes des propos homophobes La lutte contre l’homophobie se fait une place à l’école
Les nuits lausannoises :
coupe gorge homophobe ?
par  Florent - Vogay, le jeudi 11 novembre 2010, vu 617 fois

Un article publié par le magazine 360° [1] n’a pas manqué d’attirer l’attention du Comité de VoGay. Par ailleurs, l’association a été contactée non pas par des noctambules agressés mais par des personnes inquiètent d’une éventuelle dérive insécuritaire dans la capitale vaudoise. Le Comité de VoGay a donc décidé d’enquêter. Analyse et compte rendu.

L’agression survenue en marge de la soirée Ayor de mai dernier est déplorable. Le Comité de VoGay est prêt à apporter tout son soutien aux victimes. Mais comme l’a rappelé M. Jean-Philippe Pittet, porte parole de la police : "Le nombre de cas d’agressions n’est pas en augmentation". Lausanne est donc bien loin d’être une ville insécure, en tout cas pas plus que n’importe quelle ville de même importance. [2]

  • Lausanne : "capitale romande de la nuit"
    Le fruit d’une collaboration

La spécificité de Lausanne tient à sa vie nocturne peut-être plus vivante qu’ailleurs en Romandie. Afin d’encadrer ce développement récent, la municipalité, les propriétaires d’établissement et les organisateurs d’évènements dialoguent depuis plus de dix ans.

Cette collaboration a permis la conclusion d’une Charte et la mise en place de plusieurs campagnes de prévention du bruit, de la violence, de l’abus d’alcool et d’autres substances. Lausanne a donc pleinement conscience de sa nouvelle image de capitale romande de la fête et chacun des acteurs met tout en œuvre pour que cet élément devienne un point fort et non un talon d’Achille pour la ville.

Par cette Charte, les rôles de chacun sont clairement posés. Pour ce qui est du sujet qui nous intéresse aujourd’hui - la sécurité -, les tenanciers sont en charge « d’assurer l’ordre à l’intérieur et aux abords immédiats » des établissements. La municipalité s’engage elle à « maintenir l’ordre et la tranquillité publique » ainsi qu’à « soutenir les efforts des établissements en vue d’assurer la sécurité des noctambules et du personnel ». Ce dernier point s’est entre autre matérialisé dans la formation de 3 jours offerte par la police municipale au personnel de sécurité des établissements.

  • Enquête de terrain

Afin de voir ce qu’il était concrètement du respect de ces engagements, l’un des membres du Comité de VoGay a passé plusieurs nuits (23h-05h) dans les alentours de l’Amnésia notamment à l’occasion de la soirée Ayor qui s’y est tenue le 10 juillet.

Cela aura permis de vérifier plusieurs des points évoqués dans l’article de 360° (par le journaliste ou par les personnes interviewées).

L’éclairage des allées est suffisant et ce grâce aux compléments successifs au cours des années. L’établissement se trouvant au cœur d’un parc boisé, il est vrai que l’ensemble de ce dernier ne dispose pas de l’éclairage d’un stade de football. Mais cela n’aurait pas grand intérêt : nul besoin de s’enfoncer dans les bois pour rejoindre sa voiture que celle-ci soit stationnée à proximité du théâtre ou bien de l’un des ports. Il est donc sans aucun problème possible de rejoindre puis de quitter la boîte de nuit sans jamais sortir de la sécurisante lumière.

Toute la nuit, une équipe de vigiles, clairement visible grâce à des chasubles fluo, a assuré des rondes entre le parking du Théâtre de Vidy et l’entrée du club. M. Raphaël Mutschler a donc respecté sa promesse ainsi que les engagements pris en signant la Charte susmentionnée.

En 6 heures, un seul incident sera à déplorer. Un groupe de jeunes hommes venus de France, légèrement alcoolisés et visiblement ignorant de la nature de la soirée, ont tenu des propos injurieux à l’encontre de quelques clients de l’établissement. Les agents de sécurité les ont alors gentiment raccompagnés jusqu’à leur véhicule sans jamais donner matière à dérapage. Les choses en sont restées là.

  • Homophobie ou frustration hétérosexuelle ?

Ainsi, comme le soulignait l’article de 360°, le problème semble d’avantage tenir d’un manque d’information a priori autour de la nature de la soirée Ayor qu’à des descentes préméditées de hordes d’homophobes venus « casser du PD ».

Mettons-nous une minute à la place de ces jeunes hétérosexuels. Ils se sont faits beaux (parfum et tenue savamment choisis, barbe et coiffure étudiée au poil près…). Ils ont pris la route et parfois fait plusieurs dizaines de kilomètres. Tout cela dans un seul et unique objectif : conquérir une fille. Imaginé alors leur déception en constant que leur lieu de chasse habituel était ce soir là peuplé d’une toute autre espèce de gibier.

Leur frustration peut alors se traduire par des propos à l’encontre des hommes présents, non pas parce qu’ils sont homosexuels, mais d’avantage parce qu’ils ne sont pas les jouvencelles sur lesquelles ils fantasmaient depuis des jours. Un problème similaire peut se poser ici comme ailleurs quand des lesbiennes ne répondent pas positivement à leurs avances.

  • Vers une ghettoïsation sécuritaire ?

Pour autant, comme semble le suggérer l’article genevois, doit-on renoncer à l’organisation de soirées gaies en dehors des clubs spécifiquement identifiés comme tel ? Afin de « respecter les territoires », les LGBT doivent-ils se repliés vers des lieux qui leurs sont spécifiquement et exclusivement dédiés ? Les soirées qui y seront organisés devront-elles être « réservées aux homosexuelLEs » avec filtrage à l’entrée afin d’éliminer tout « jeune hétéro » – ou « visiblement pas homo » (sic)- d’extraction « populaire » et donc logiquement au fort potentiel homophobe ? Un « bourgeois » cinquantenaire et instruit étant a contrario forcément friendly (Oskar Freysinger en étant surement la parfaite illustration).

Est-ce dans cette ghettoïsation sécuritaire que se trouverait la solution ? Du côté du Comité de VoGay cette perspective ne semble pas réjouir grand monde. Bien au contraire, nous pensons que c’est en partageant ces moments festifs tous ensembles que nous pourrons casser les préjugés, dans un sens comme dans l’autre. Les hétéros verront que les homo ne se promènent pas tous en costume à paillettes et font la fête comme eux. Inversement les homos verront que les « jeunes hétéros populaires » n’ont pas tous l’insulte à la bouche et encore moins le couteau entre les dents.

Dans cette perspective, le Comité de VoGay est en contact avec les établissements et les organisateurs de soirées ainsi qu’avec les autorités politiques et de police afin de voir ensemble quels seraient les moyens à mettre en œuvre pour que des confrontations violentes comme celle vécue par Julien et ses amis en mai dernier aux abords de l’Amnésia ne se reproduisent plus à l’avenir. Une société paisible ne se construit pas en se cloisonnant chacun de son côté mais en vivant ensemble, dans l’acceptation et le respect de chacunE.

Notes

[1] 360° - N°96 - mai 2010, pp.19-22

[2] Pour plus d’information sur ce point, cf. Rapport-préavis no 2005/87 : Sécurité et sentiment d’insécurité à Lausanne et réponse à la motion Marc Dunant « Lausanne, ville centre aussi la nuit ! »