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Blues-Out
Blues-out sur la RSR
Lutter contre la dépression
chez les gays
par  la rédaction, le mardi 26 mai 2009, vu 1894 fois
Tags : - Suisse - Dépression

Blues-out, un programme pionnier en Suisse romande, a été mis en place pour informer, écouter et orienter les homosexuels souffrant de dépression. Les jeunes et les personnes âgées sont particulièrement touchés.

Blues-out, un programme pionnier en Suisse romande, a été mis en place pour informer, écouter et orienter les homosexuels souffrant de dépression. Les jeunes et les personnes âgées sont particulièrement touchés.

Depuis ce printemps et pour la première fois en Suisse, une ligne téléphonique et un site internet ont été mis en place pour lutter contre les problèmes de dépression chez les gays et lesbiennes. ­Michaël Häusermann, coordinateur de Blues-out et responsable santé à Dialogai, raconte les premiers résultats de ce projet.

Le Temps : A quels besoins spécifiques de la population homosexuelle répond le programme Blues-out ?

Michaël Häusermann : Environ 20% des hommes homosexuels ont connu un épisode dépressif ces 12 derniers mois, et près de 40% ont souffert d’une dépression au moins une fois dans leur vie. C’est environ deux fois plus que dans la population masculine générale. Les lesbiennes sont elles aussi davantage exposées à ce mal. On sait aussi qu’un jeune gay a 3 à 5 fois plus de chances de vouloir mettre fin à ses jours qu’un hétérosexuel. C’est un problème qui touche particulièrement les jeunes : selon une étude que nous avons menée en 2007 à Genève, 20 ans est l’âge moyen auquel une tentative de suicide a été commise. On retrouve ensuite une augmentation de ce risque à un âge avancé. Nous avons souhaité mettre en place un outil d’information sur les symptômes dont souffrent de nombreux homosexuels, une plateforme de contact direct pour savoir où et comment aller chercher de l’aide. Beaucoup d’entre eux ne se rendent pas compte qu’ils souffrent d’une dépression, mais il existe une vraie souffrance. Notre enquête révélait que s’il existait un traitement pour devenir hétérosexuel, de nombreux gays le prendraient, tant ils souffrent de leur différence. Publicité

– Quelles sont les raisons pour lesquelles les gens viennent vous consulter ?

– Le site internet, pour l’instant, marche mieux que la ligne téléphonique que nous avons mise en place, sans doute parce que l’anonymat y est encore plus grand et que le fait de se dévoiler fait précisément partie du problème que rencontrent les jeunes homosexuels. Ces deux supports ne touchent pas les mêmes personnes ; si la nouvelle génération est très à l’aise avec Internet, la hotline est plutôt destinée à des gens qui sont moins familiers avec les outils informatiques et cherchent un entretien oral direct. On est souvent face à une population très seule, bien qu’elle ait l’air de s’amuser et de rigoler. 60% des homosexuels sont célibataires. Ils souffrent de cette solitude et cherchent à rencontrer des gens, pas forcément des partenaires sexuels.

– D’autres lieux de soutien psychologique existent déjà. Les outils de prévention sont-ils différents pour les gays ?

– De nombreux homosexuels souhaitent avoir accès à des professionnels de la santé gay-friendly. La question des différences sexuelles n’est pas facile à aborder dans le cadre des entretiens et c’est encore plus délicat pour les jeunes : certains médecins pensent que l’homosexualité à l’adolescence n’est qu’une phase, une identité pas encore établie. Une dizaine d’années séparent souvent le moment où quelqu’un se rend compte qu’il est attiré par une personne du même sexe, et le moment où il se confie à au moins une personne de son entourage. C’est une période très fragile, et nous avons eu beaucoup de témoignages dans ce sens. En plus des questions traditionnelles liées à l’adolescence, il y a cette différence à gérer, ce sentiment d’inadéquation, de ne pas correspondre aux attentes des parents et de la société.

– On a le sentiment qu’en Suisse, l’homosexualité est bien acceptée. Est-ce un leurre ?

– Le peuple suisse a largement démontré son ouverture en votant en faveur du pacs. Mais dans les écoles, l’homophobie est en augmentation, on note une recrudescence des agressions verbales. Certains professeurs se disent effarés par l’agressivité contre les « pédés », pour dire le mot qui est utilisé. Homosexuels ou non, les garçons efféminés deviennent des boucs émissaires. C’est notamment pour combattre ces discriminations que se tiendront en septembre les premières assises contre l’homophobie à Genève.

– Quels sont les moyens d’action de Blues-out ?

– Nous utilisons un outil d’auto-diagnostic développé par l’Alliance contre la dépression en Allemagne. Après ce questionnaire, nous aiguillons éventuellement nos interlocuteurs vers des généralistes que nous avons contactés et qui se sont engagés à recevoir les patients de Blues-out dans les 15 jours. Les jeunes sont également dirigés vers Totem, un groupe genevois spécifiquement destiné aux adolescents.

www.blues-out.ch. La ligne d’écoute est ouverte les mardis de 16h à 20h : 0800 40 44 40. Appel gratuit.