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Mais où sont les gays en Inde ?
par  Frédéric Gloor, le mardi 24 février 2004, vu 14281 fois
Tags : - Législation - Inde

Deux mois passés dans le pays de Gandhi m’ont permis d’en savoir un petit peu plus sur la société indienne. Il semble que l’homosexualité (réprimée par un article de loi menaçant ses adeptes de peines de prison) soit un sujet tabou. En deux mois, je n ai vu qu’un seul couple d’hommes s’exposer publiquement : c’était au Voodoo, à Bombay.

Deux hommes qui se tiennent la main…

Deux hommes qui se tiennent la main, ce n’est pas là un geste qui peut choquer la morale. On assiste à des scènes qui sembleraient incroyables en Europe : des hommes qui se touchent intimement sans pudeur ou s’endorment les uns sur les autres. Il n’y a toutefois aucune connotation sexuelle dans ces attentions que deux êtres humains se portent. Il semble même que l’interdiction de l’homosexualité permette aux hommes d’avoir ces comportements : si l’homosexualité était légale et visible, on craindrait de s’afficher de la sorte, alors qu’actuellement ces gestes semblent banals. Véritables amis hétéros ou couple gay, personne ne voit la différence.

La caste des travestis

Dans le système de castes, les Hija sont les hommes qui, d’après la tradition, cherchent à se rendre semblables à leur déesse en devenant femme. Les Hija, au sens strict, sont des castrats qui vivent sous l’autorité d’un gourou, mais on englobe sous cette appellation les simples travestis qui sont beaucoup plus nombreux. Il existe une corporation de danseurs, habillés en femmes et maquillés, portant des noms féminins et qui dansent en chantant dans les rues. On loue même leurs services pour les cérémonies de mariage. La société indienne n’exige pas de ses membres un choix sans équivoque entre les deux sexes.

J’ai vu à deux reprises des travestis dans le train dans la région de Bombay. Le premier mendiait simplement, alors que le second allait devant les passagers, frappait des mains et attendait de l’argent. Comme je ne lui ai rien donné, il a pris un air fâché et a frappé une seconde fois dans ses mains. Comme je ne lui ai rien donné, il a prononcé quelques paroles de malédiction. Quelques heures plus tard, j’ai eu les pires ennuis dans ce train et ai dû passer plus de dix heures assis à même le sol avec les rats.

Un bar pour touristes à Goa

Alors que je découvrais les falaises fabuleuses de Goa entre Baga et Anjuna, j’ai été surpris de trouver des mouchoirs par terre, ainsi que des emballages de préservatifs. Quelques minutes plus tard, alors que j’arrivais à un point culminant, je me suis trouvé nez à nez avec un magnifique indien torse nu qui m’a salué avant de disparaître. Après le coucher du soleil, alors que je rejoignais Baga, un Indien de Delhi en vacances à Goa a conversé avec moi et placé dans la discussion que le seul bar gay du coin s’appelle Eden et se trouve a Calangute...

L’Eden de Calangute est un bar branché avec des fauteuils design, des lumières art déco et un personnel habillé uniformément du même T-shirt portant l’inscription de leur pseudonyme d’un côté et le nom du bar de l’autre. Je n’ai vu aucun Indien dans ce bar, seuls les touristes occidentaux gravitaient dans le lieu. Les jeunes barmans déambulent, engagent des discussions banales et cherchent à pousser à la consommation. Étrangement, celui qui a parlé avec moi m’a demandé... si j’étais marié. Au fil de la discussion, j’ai appris qu’il rêvait de rencontrer une fille pour faire un beau mariage et briller ainsi dans la société indienne. J’ai bien compris que le sujet de l’homosexualité était tabou et qu’il valait mieux ne pas entrer en matière.

L’unique discothèque est à Bombay

Lonely Planet le dit : la discothèque Voodoo de Bombay est gay tous les samedis soir. Décor sombre coloré par les light shows, musique tirée du hit parade indien, ambiance familiale, il semble que tout le monde se connaît et est heureux de se retrouver. J’ai eu l’impression de me retrouver au 43&10 à Lausanne, un jeudi soir. Contrairement à ce qui se passe dans tout le pays, ici, pas de gêne : deux hommes peuvent danser ensemble et s’embrasser sans risquer de provoquer une émeute. Si l’on passe deux mois en Inde à courir les Palais du Rajasthan, faire du chameau dans le désert du Thar, bronzer à Goa ou naviguer en bateau dans le Kerala, on ne peut pas partir sans avoir passé une soirée au Voodoo. Pour un pays grand comme l’Europe, imaginez un peu que le seul lieu gay soit le 43&10, ça vaut le détour.

Voulez vous coucher avec moi ?

« Are you pédé ? », me demande un jeune Indien alors que je m’apprêtais à photographier un Ghat à Udaipur. Je le regarde un peu étonné. Il prétend être gay et me propose de le suivre « for having fun ». Un peu plus tard, c’est un autre jeune qui me demande si c’est vrai que je suis gay. Le lendemain, alors que je discutais devant un magasin avec un indigène, le jeune du Ghat refait surface et réitère ses propositions. Mon interlocuteur me dit que ce jeune est connu pour faire « tout et n’importe quoi pour de l’argent ».

Money Boys à Mumbai

L’hebdomadaire Indian Today a récemment publié un article sur une nouvelle tendance qui semble prendre de grandes proportion a Mumbai (Bombay) : une nouvelle partie de la classe moyenne se prostitue afin de maintenir son niveau de vie. Ceux que l’on appelle désormais les Money Boys ou plus simplement call boys sont des jeunes entre 15 et 22 ans, étudiants ou fraîchement sortis de l’école. Leur terrain de chasse est Internet : « satisfaction garantie pour vos fantaisies sauvages », promettent-ils sur les chats. Comme la plupart sont hétéros, leurs clients sont alternativement des hommes ou des femmes. Sugar Aunties est l’appellation discrète pour les femmes et Uncle Joes pour les hommes. Une récente étude sérieuse admet que 20 % des jeunes Indiens de 14 a 30 ans se sont prostitués au moins une fois et 57 % de ceux-ci admettent être bisexuels. La société consumériste que représentent les grandes mégapoles telles que Bombay ou Delhi semble pousser ces jeunes à gagner un peu plus d’argent. L’hebdomadaire cite encore le témoignage de Kirtiraj, 19 ans, pour qui devenir prostitué a permis d’entrer dans la high society en accompagnant des businessmen étrangers dans les palaces. « Je suis prêt a me vendre entièrement pour une Mercédès rouge décapotable » avoue-t-il.


1ère Partie : L’homosexualité dans la société indienne