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-* Mariage Gay -

L’Espagne offre une égalité (pas très catholique)
par  Frédéric Gloor,  Steve , le vendredi 1er juillet 2005, vu 290 fois

Arrivé au pouvoir il y a une année, le premier ministre socialiste José Luis Rodríguez Zapatero avait inscrit dans le programme électoral de son parti l’ouverture du mariage aux couples homosexuels (l’homme s’était déclaré favorable à une telle mesure en 2002 déjà, à l’occasion d’un entretien accordé au magazine gay espagnol Zero). C’est un coup magistral dans le pays catholique qui a vécu les tristes heures de l’Inquisition, avec ses tortures et ses bûchers pour les marginaux.

Un sondage réalisé en octobre et novembre 2004 indique que 57 % des Espagnols approuvent le mariage gay (32 % contre, 11 % sans avis), et que 42 % sont pour l’adoption (41% contre ou plutôt contre). Cette ouverture au mariage offrira la complète égalité de traitement, possibilité d’adopter y comprise.



Le roi ne cède pas aux pressions de l’Église catholique romaine

Fin avril 2005, la Chambre basse du Parlement espagnol (le Congrès des députés) adopte la modification législative visant à ouvrir l’institution du mariage aux couples de même sexe.

L’Église catholique se mobilise dans le but de faire refuser le projet par le Sénat en juin. Plusieurs membres, et non des moindres, de l’Église catholique espagnole ont appelé les maires à l’objection de conscience, dénoncé le caractère totalitaire d’une loi qui fausserait le jeu de la démocratie parlementaire (?!), osé une comparaison avec Auschwitz et appelé à une manifestation. La rumeur (démentie depuis par les interessés) veut que la Conférence épiscopale espagnole envoie en mai une lettre au roi, Juan Carlos II, pour qu’il s’oppose publiquement à la loi. Aux termes de l’art. 62 de la Constitution espagnole, le roi ratifie et promulgue les lois. Dans une déclaration aux journalistes l’interrogeant sur ses intentions, Juan Carlos II déclare ne pas être disposé à imiter l’exemple du roi des Belges qui, en 1990, avait abdiqué deux jours pour ne pas devoir sanctionner la loi dépénalisant l’avortement.

Une manifestation catholique dans les rues de Madrid

Les opposants au mariage gay manifestent le 18 juin à Madrid, soutenus par la hiérarchie catholique. C’est la première fois depuis 20 ans que l’Église catholique appelle à manifester contre le gouvernement espagnol. Malgré les nombreux cars et avions affrétés par les organisateurs pour permettre à un maximum d’opposants de manifester, seules 150 000 personnes ont été dénombrées par la police (2 millions selon les organisateurs - de grandes différences entre les chiffres officiels et ceux des organisateurs sont courantes en Espagne). En tête du cortège : l’archevêque de Madrid, quinze évêques et des politiciens de la droite dure. Au cœur du cortège, notamment : une foule de religieuses sorties de leur couvent pour l’occasion. Les slogans de la manifestation : « La famille, ça compte. La famille = un homme et une femme. Pour la liberté ». Les manifestants ont notamment appelé le premier ministre à la démission.

Le refus du Sénat

Le mercredi 22 juin, le Sénat espagnol rejette par 131 voix contre 119 le projet de loi présenté par le gouvernement socialiste, après avoir notamment convoqué un psychiatre qui déclarera devant des sénateurs médusés que l’homosexualité, due à un père distant et alcoolique, est une pathologie prédisposant à la dépression et à la toxicomanie (sic !). Majoritaire à la Chambre haute, la droite (PP) a encore bénéficié de l’appui des nationalistes catalans et aragonais, tandis que les nationalistes basques et deux députés du PSOE (gauche) se sont abstenus. Ce vote n’aura aucune influence sur l’entrée en vigueur de la loi, puisque la Chambre basse, où les socialistes sont majoritaires, peut passer outre le vote de la Chambre haute par un second vote. C’est une petite victoire symbolique pour les opposants.

Manifestations de la dernière heure

Le forum espagnol de la famille (FEF) a annoncé avoir recueilli 600 000 signatures contre l’ouverture du mariage aux homosexuels. Une vingtaine de militants de cette organisation se sont rassemblés devant le parlement le jour du vote final, masque blanc sur le visage et croix rouge fermant la bouche. Cette mise en scène devait représenter le fait que le gouvernement socialiste ne tenait pas compte de leurs protestations.

Le jour historique

Jeudi 30 juin 2005, le parlement espagnol autorise les couples homosexuels à se marier et à adopter des enfants, par 187 voix favorables et 147 voix opposées. Il devient le troisième pays au monde à offrir une telle égalité (après les Pays Bas et la Belgique – le Canada avait voté la veille une loi identique, mais elle doit encore être ratifiée par la Chambre haute en août, le Canada sera donc le quatrième pays). « Il est vrai que [les homosexuels] ne sont qu’une minorité, mais leur triomphe est le triomphe de tous, leur victoire nous rend tous meilleurs, elle rend notre société meilleure », a déclaré le premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero à la tribune du Congrès des députés.

Le roi devra encore signer officiellement la loi avant qu’elle n’entre en vigueur, ces prochaines semaines probablement.