Accueil du site > Infos > International > Mariage homosexuel et homophobie : (...)
International
Malawi, Ouganda, Sénégal, etc. : les droits LGBT mis à mal en (...) La question de l’homosexualité divise les catholiques (...)
Mariage homosexuel et homophobie : la France, le cul entre deux chaises
par  la rédaction, le vendredi 1er janvier 2010, vu 198 fois

Soyons cohérents : si l’homosexualité est un crime, a fortiori faut-il condamner les couples de même sexe qui veulent se marier. C’est en somme la logique qu’a appliquée la police du Malawi, qui a arrêté le 29 décembre dernier un couple d’hommes qui, paraît-il, avaient organisé une cérémonie symbolique de mariage. Au Malawi, la sodomie est passible d’une peine de 14 ans, et on saura bientôt ce qu’il en coûte de se marier entre hommes.

Le fait en rappelle d’autres. L’affaire du Queen Boat, par exemple. On s’en souvient, en juillet 2001, la police du Caire avait organisé une rafle dans une boîte de nuit, et arrêté 52 personnes, homosexuels présumés. Les prévenus avaient été accusés d’organiser un mariage gai, de comploter contre le pays, d’être membres d’une secte satanique, et d’être à la solde du sionisme international, autant de maux dont on ne sait au juste lequel était le plus grave. Ils avaient été pour beaucoup torturés, condamnés, y compris à des peines de travaux forcés.

Dans le second exemple, le mariage imputé était sans doute faux, et dans le premier, il est peut-être vrai. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on pense que l’homosexualité est une chose mauvaise ou maléfique par nature, il est logique de condamner le mariage homosexuel. C’est ce qu’a fait aussi la cour d’appel de Tanger. Le 15 janvier 2008, elle a condamné à la prison ferme six Marocains accusés d’avoir participé à un mariage gai à Ksar el-Kébir.

Des exemples de ce genre, il y en a de plus en plus. Rappelons en peut-être encore un autre, que tout le monde a présent à l’esprit : il concerne un mariage qui a eu lieu en 2004. Un maire célébra l’union entre deux hommes, et il fut pour cela suspendu de ses fonctions pendant un mois, fait rarissime. On s’en souvient, c’est l’affaire du mariage de Bègles. Le 15 juin, Dominique de Villepin annonçait que Noël Mamère était sanctionné sur la base de l’article L 2122-16 du code général des collectivités territoriales. Le 20 juin, le ministre de l’Intérieur affirmait encore : « Le prochain maire qui serait tenté par un tel mariage, je serais amené à proposer au conseil des ministres sa révocation. Pour un an, il ne pourra pas se présenter aux élections ». Le 30 juillet, des militants du Bloc Identitaire, groupe radical d’extrême droite, ajoutaient à la menace officielle de M. de Villepin une autre menace tout aussi inquiétante : « Les élus qui seraient tentés par de tels appels du pied à un lobby gay sans cesse plus sûr de lui et dominateur doivent savoir que, systématiquement, ils vont trouver face à eux et dans leurs propres murs les militants du Bloc et des Jeunesses Identitaires. »

Louis-Georges Tin

Bien sûr, on ne saurait faire l’amalgame entre la France et les trois autres pays cités ci-dessus, le Malawi, l’Egypte, et le Maroc. En France, malgré une homophobie persistante, et à bien des égards préoccupante, l’égalité des droits a connu des avancées significatives ces dernières années, et l’homosexualité bénéficie d’une tolérance sociale croissante, quoique précaire. Dans ces trois pays, au contraire, exposée aux poursuites de la police ou aux sanctions de la justice, la vie homosexuelle ne peut se vivre que dans la clandestinité, dans la peur ou dans la dissimulation. On ne peut donc comparer des situations tout à fait incomparables.

Or c’est justement là le problème. Alors que la France est objectivement très différente de ces autres pays du point de vue de l’homosexualité, pourquoi a-t-on, ici comme là-bas, non seulement interdit, mais condamné le mariage homosexuel ? Condamnation des couples, des amis, ou du maire selon les cas, condamnation plus ou moins lourde selon les pays, mais condamnation toujours.

Il faut noter que ce sont ces divers pays qui sont cohérents : si l’homosexualité est réprouvée, il faut condamner le mariage homosexuel. Mais en France, où l’homosexualité, dit-on, est acceptée, le mariage homosexuel est non seulement interdit, mais aussi condamné, comme au Maroc, en Égypte ou au Malawi. En d’autres termes, contrairement à ces pays, la France accepte l’homosexualité, mais à l’instar de ces pays, elle condamne le mariage homosexuel. Dans notre pays, si vous êtes homosexuel, vous êtes un citoyen normal, mais vous ne pouvez pas pour autant faire les choses « normales » , que font les gens « normaux », comme se marier à la mairie, sinon on vous condamne pour cela, ou du moins, on condamnera votre maire. Il y a là une incohérence, une incohérence qui, dans son ensemble, caractérise la droite française aujourd’hui. Or de deux choses l’une : soit l’homosexualité est condamnable, et il faut condamner aussi le mariage homosexuel, soit l’homosexualité est légale, et il faut légaliser le mariage homosexuel.

A mi-chemin entre la Suède, les Pays-Bas ou la Belgique d’une part (puisque chez nous comme chez eux, l’homosexualité est relativement acceptée), et le Maroc, le Malawi et l’Egypte d’autre part (puisque chez nous comme chez eux, le mariage homosexuel est totalement condamné), notre pays se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale. Et à vrai dire, de plus en plus intenable.

Louis-Georges Tin - Observatoire des questions sexuelles et raciales.