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« Mon père voulait m’égorger parce que je suis un homo »
par  la rédaction, le jeudi 17 décembre 2009, vu 362 fois
Tags : - Homophobie

Des parents d’origine algérienne nient avoir expédié leur fils de 17 ans au pays natal pour l’y faire séquestrer en raison de son homosexualité. L’ado était revenu en Suisse au terme d’une folle cavale.

Dernier acte hier devant le Tribunal correctionnel de Lausanne d’une histoire qui a pris des proportions épouvantables. Adeptes d’une éducation stricte, des parents lausannois d’origine algérienne risquent la prison pour avoir envoyé dans la famille au pays leur fils de 17 ans en vacances d’été 2007 prolongées, afin de l’aider, disent-ils, « à rompre avec ses mauvaises fréquentations ».

Papiers et argent confisqués une fois arrivé sur place, le garçon, double national suisse et algérien, était revenu à Lausanne après une fuite éperdue à travers l’Algérie et le Maroc (24 heures du 7 mai 2008). Jusque-là, tout le monde est à peu près d’accord. C’est sur la motivation de cette « punition » et ses modalités que les opinions divergent totalement.

Poursuivis sur plainte du Service de la protection de la jeunesse (SPJ), alerté par l’ami resté en Suisse, les parents ont d’abord bénéficié d’un non-lieu. Puis la justice a décidé que la cause méritait un procès en bonne et due forme afin de démêler le vrai du faux. Et Me Olivier Wellauer, aux côtés du « fils maudit », de regretter que le ministère public ne soit pas venu soutenir l’accusation dans cette affaire particulièrement délicate.

Une dizaine de personnes, plus ou moins impliquées dans cette aventure, dont l’ami du jeune homme à l’époque, ont ainsi défilé hier à la barre des témoins pour tenter d’éclairer la justice. Avec plus ou moins de bonheur. Pour les avocats des parents, Me Antoinette Haldy et Me Alain Dubuis, le fond du problème demeure : « Tout repose sur la seule version du fils. Rien ne vient la corroborer, la parenté en Algérie dément toute contrainte. »

  • « J’ai risqué ma vie »

« Mon père menaçait de me tuer si je ne guérissais pas de mon homosexualité », affirme le jeune homme. « Il m’a dit « ou tu changes, ou on t’égorge ; ou tu te maries, ou tu ne rentres pas ». En m’enfuyant, j’ai risqué ma vie, errant dans Alger, recherché par la police dans ce pays où les homos peuvent écoper de 3 ans de prison. »

Le père : « J’accepte l’homosexualité de mon fils. Je ne l’ai apprise qu’en lisant l’article de 24 heures publié après son retour en Suisse. Je ne l’ai donc pas envoyé en Algérie à cause de cela. » La mère : « Il savait parfaitement que ses vacances allaient être prolongées pour une période indéterminée et il était d’accord. »

Le fils s’insurge : « Je n’avais qu’une envie, revenir à temps en Suisse pour entrer à l’école professionnelle pour laquelle j’avais réussi l’examen d’admission. Tout cela m’a fait perdre une année. » A son père qui lui demande alors pourquoi, depuis l’Algérie, il a réclamé des copies de certificats d’études afin de s’inscrire pour un stage dans ce pays, il répond : « C’était pour donner le change. Pour ne pas éveiller de soupçons alors que je préparais ma fuite. »

Interrogé, le frère aîné s’abstient lorsque le président Cuénod lui demande si tout cela ne résulterait pas d’une affabulation pour justifier des vacances d’été un peu plus longues. Conflit d’intérêts de ce dernier entre ses parents et son frère ? Il déclare tout de même que son frère l’avait informé quelques mois avant les vacances d’été de sa relation homosexuelle.

« Tout le monde était au courant de l’homosexualité de votre fils et pas vous ? » lance au père le président Cuénod. Un ange passe lorsqu’est évoquée une scène houleuse, elle aussi antérieure aux grandes vacances. Cela se passait dans une salle d’attente au SPJ, mandaté pour un problème concernant le grand frère. Le père s’était fortuitement retrouvé face à l’ami homo. « Il m’a dit que dans son pays, les gens comme moi, on les égorge », rapporte ce dernier. « Ces parents ont affirmé clairement qu’à la différence de l’Europe, leur pays avait les moyens de soigner l’homosexualité », se souvient un assistant social du SPJ.

Qui ment ? Le verdict sera rendu en début de la semaine prochaine.

Source : Georges-Marie Bécherraz pour 24hheures


Photo (c) Philippe Maeder : Photo souvenir, à l’aéroport de Cointrin, du jeune homme, alors âgé de 17 ans. Il est en compagnie de son ami de l’époque lors de son retour en Suisse, début 2008.