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Net Gay Baromètre 2009
par  la rédaction, le lundi 21 décembre 2009, vu 145 fois

En décembre, comme un marronnier de la presse, les publics LGBTQI voient déferler des enquêtes relatives à leurs modes de vies et de contamination…

Les résultats s’additionnent… J’ai lu quelque part dans la doc mise en ligne (à l’heure qu’il est je ne retrouve plus la passage, parce qu’il est tard et que je fatigue) qu’il est fait référence aux « territoires masculins » et à la « recherche d’invisibilité »…

Je pose donc la question : ce dépeçage du corps gay, de ses pratiques, cette « vivisection » annuelle n’aurait-elle pas des effets pervers ? En effet, plus on cherche à savoir, à mettre à jour ce qui relève à la fois de la relégation et en même temps du plaisir qu’on peut trouver dans les zones d’ombre. Plus les homos pourraient être tentés de faire reculer les limites de l’ombre, de l’inconnu, de la chose cachée pour toujours réactiver le goût d’être ce qu’on est, là où on choisi de l’être ???

Les résultats publiés récemment ne peuvent que mettre fin à une longue traversée du désert et à l’absence de toutes données sur les hommes gays et le VIH, si nous faisons exception des Net Gay Baromètres 2004 2006 2009 initiés par notre équipe en France et au Québec.

Les données de Prévagay sont, si je ne me trompe, préliminaires et nous attendons avec impatience les données complémentaires. Elles cherchent à circonscrire la prévalence d’un groupe de répondants urbains, fréquentant des lieux identitaires parisiens donc, il nous faut souligner qu’il est difficile de mettre en perspective ce groupe avec la population générale … même s’il est parfaitement évident que l’intérêt de cette étude est majeur.

Notre baromètre a, parmi ses qualités, le fait d’avoir rassemblé un nombre considérable de questionnaires, plus de 25.000 et d’avoir ainsi constitué un échantillon parfaitement réparti sur tout le territoire (voir nos cartographies à l’échelle communale) rejoignant toute les tranches d’âge et rejoignant des hommes déclarant « ne pas fréquenter le milieu gay ».

Ainsi la puissance statistique est au rendez-vous pour s’intéresser à des sous-groupes comme les plus jeunes, les babyboomers, les hommes seropotitifs, les séronégatifs, les adeptes d’une sexualité non protégées, les HSH engagés dans des relations sexuelles monnayées et de dégager ainsi des indicateurs comportementaux au regard des prises de risque des ces hommes aux profils variés.

Une meilleure compréhension des comportements à risque de sous-groupes minoritaires, partageant certaines cultures sociosexuelles et habituellement invisibilisés est essentielle pour confirmer la légitimité de telle ou telle intervention sociale ou remettre en cause des perceptions hâtives. Nous visons ainsi à dégager des problématiques de santé plus globales que doivent se réapproprié les acteurs de la prévention et les groupes communautaire … j’insiste sur ce terme que je n’estime pas polémique ou déplacé et je n’entrerai pas ici sur le débat stérile autour du communautarisme.


Entretien avec Alain LEOBON, pour Gayvox.fr

  • Pourquoi une enquête simultanément au Québec ET en France ? (L’intérêt, l’argument scientifique)

La recherche française et, en particulier les organismes de recherche comme le CNRS, ne présentent pas de groupes interdisciplinaires, permettant d’adjoindre, dans le cadre des Sciences sSociales et Humaines, l’histoire, la géographie, la sexologie, l’éducation, les sciences des communications à un projet qui permette d’acquérir un savoir et une meilleure compréhension des dynamiques sociospatiales et entrepreneuriales de la Scène LGBTI en dépassant largement les problématiques du VIH/Sida.

L’Université du Québec à Montréal a su développer un savoir depuis 15 ans et s’intéresse particulièrement à ces sujets et en particulier à la question de la visibilité, du bien-être et de la santé de ces populations.

Je suis membre du groupe de recherche SVR (Sexualité et genre, Vulnérabilité et Résilience : http://www.svr.uqam.ca/), une équipe interdisciplinaire réunie autour d’un programme intégré de recherches portant sur les questions de santé en lien avec la diversité des sexualités et des genres. Diversité des sexualités et des genres est un terme « parapluie » qui désigne des individus qui s’identifient comme lesbienne, gay, bisexuel, bispirituel, transsexuel, transgenre, intersexuel, queer (LGBTTTIQ), ou en termes non-conformistes, ou qui ont des relations sexuelles avec des personnes de même sexe sans déclarer d’identité spécifique ….

Personnellement, ma formation étant en sciences de l’information et des communications articulée à une psychologie de l’espace urbain, j’ai tout de suite appréhendé les réseaux comme des lieux de partage de cultures et d’espaces venant en supplément ou en alternative à ceux que Guides LGBT recensent. Par réseau, j’entends tout autant le minitel et l’audiotel des années 80/90 qu’aujourd’hui l’Internet et ses différentes formes de communication et de médiation.

Les 30 dernières années ont été, pour les LGBT, une période forte, accompagnée d’un profond changement des relations sociales conduisant à des recompositions territoriales majeures de la scène gay au risque de certaines exclusions. En effet, le socle communautaire, basé sur la solidarité, la militance et la perception d’une culture partagée, est fortement dilué par une vision plus universaliste reposant sur l’individualiste voire l’indifférence.

Nous sommes passé en 30ans, d’une recherche d’invisibilité (aux moments les plus forts de la stigmatisation des LGBT) à la visibilité d’un groupe partageant des valeurs communes structurées sur la perception de sa différence et revendiquant des droits égalitaires pour, aujourd’hui, fleureter avec le droit à l’indifférence, cette dernière étape cheminement ne pouvant que provoquer des tensions générationnelles. … La question de la vulnérabilité comme de la résilience sont donc au centre des problématiques contemporaines des identités de sexe, de genre et des processus de multiples discriminations par exemple sexuelles et ethniques.

Ces questions ne sont pas tabous au Canada sont largement encouragées par les institutions.

  • Les rencontres via le web = processus de séroadaptation ????

Nous pouvons confirmer que les processus de sero-choix visant à la réduction des risques varient assez considérablement selon les groupes de répondants, mais sont largement favorisés par le réseau internet où la rencontre est précédée d’échanges permettant de questionner les pratiques et éventuellement le statut de ses partenaires.

Cependant, ce déclaratif est soumis à un phénomène de « désirabilité » ou à des « stratégies » qui peuvent le rendre fragile. Les processus de négociation de rapports non protégés est au cœur des enjeux révélés par notre étude.

Par exemple, parmi les répondants séropositifs déclarant avoir, « parfois, souvent ou toujours », des pratiques barebacks, 30% précisent les pratiquer avec des partenaire de statut différent du leur, alors que les répondants séronégatifs, pratiquant le bareback, ne sont que 6,3% à déclarer s’y engager dans des relations avec des partenaires séro-discordents.

Des « minorités visibles »…

Il s’agit des répondants déclarant appartenir à des minorités ethno-culturelles. Terme à ne pas confondre avec les minorités sexuelles.

  • Avec 22h de connexion par semaine… peut-on dire que les homos sont addict du cybersexe ?

22h est une moyenne donc il y a des groupes d’utilisateurs qui vont bien au delà de ces 22H et des question sont posées sur les perceptions de l’usage. Globalement, les effets sur l’usage d’Internet sont perçus positivement par près de ¾ des usagers et seul la moitié se déclarent dépendants aux interactions en ligne et alors qu’un peu plus du tiers déclarent être dépendant à la pornographie ou au cybersexe.

40% déclarent ne pas fréquenter le « milieu gay »… ont-ils donné une définition de ce qu’est le « milieu gay » ? Qui le définit ?

La question est posée ainsi : fréquentez-vous le milieu gai (commercial ou communautaire) de votre ville ou de votre région ? Au dessous de ce choix nous présentons les différents types d’espaces, d’établissement ou de services fréquenté et ce selon une échelle.

Certains, en effet, vont dire qu’ils ne fréquentent pas le milieu gay et cocher telle ou telle entrée de la question détaillée … Cette analyse est intéressante car on voit que les lieux comme les peep-shows ou certains sexe-clubs ne sont pas perçus comme « appartenant au milieu gay ».

Ce sentiment d’appartenance est essentiel dans la construction sociale de l’homosexualité et méritait d’être interrogé.

  • 60% se déclarent engagés dans une relation stable… en « voguant » « surfant » « navigant » sur des sites de rencontres… Paradoxe ?

Ce n’est pas une contradiction car 42,8% des répondants, qui déclarent des relations avec des partenaires occasionnels, disent les pratiquer alors qu’il sont dans une situation de couple, ce qui peut poser problème quand le maintient du sexe protégé n’est pas au rendez-vous et qu’un certains nombre de répondants annoncent pratiquer le bareback et dans leur couple et avec des partenaires occasionnels.

Ce n’est pas la première enquête du genre. Quelles ont été les avancées, les retombées grâce aux informations régulièrement récoltées ?

Nous sommes à la troisième mouture du Net Gay baromètre (2004, 2006, 2009), et à chaque sondage nous ajoutons de nouvelles questions. Le NG B2009 explore avec bien plus de détail la vie et les pratiques sexuelles des internautes, leur rapport au risque et à la prévention (dans le cadre de relations stables ou occasionnelles), leur adhésion aux pratiques barebacks (figures et contextes), leur consommation éventuelle de substances psychoactives, leur engagement dans des relations sexuelles monnayées.

D’autres sujets abordent l’accès aux services médicaux et certaines problématiques de santé telles : les difficultés psychosociales rencontrées par les répondants, la perception de leur image corporelle et l’intérêt qu’ils portent à divers sujets relatifs aux dimensions sexuelles, pyschosociales et relationnelles de la santé.

Les données collectées devraient permettre d’orienter les actions de prévention auprès de certains groupes et, éventuellement, auprès des sites de rencontres sollicités.

Source : GayVox