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Société
Le curé gay de Schwitz a été suspendu par l’Evêque. Pride.02 Quelques détails
Neuchâtel, c’est gagné !
Pride 02
par  Frédéric Gloor, le lundi 15 juillet 2002, vu 383 fois
Tags : - Neuchâtel - GayPride

Neuchâtel, 7h20. Sur la Place du Port, des membres du comité d’organisation pride.02 préparent l’accrochage du rainbow flag géant sur la façade de l’Hôtel des Postes. Dans une demi heure, un symbole de plus de dix mètres de haut trônera sur une magnifique façade de la ville.

Dans les rues autours du Temple du Bas, une dizaine de bars ont été installés la veille. Des plateaux de tables, des bancs sont entassés, on commence une mise en place tendis que quelqu’un décharge d’une voiture des tonnelles qui abriteront les stands des associations et commerçants venus animer ce qui sera dans quelques heures le village gay et lesbien de la pride.02 Les stands se montent, une petite effervescence se fait sentir. Un homme d’un certain âge, commissions dans les mains, tient un meeting devant deux dames : « Il y en a plus que pour eux ! On n’existe plus ! »

La veille, vendredi 12, un colloque scientifique a réuni des professionnels à l’aula de l’Université de Neuchâtel. Nature ou culture ? Question posée par Jean-Jacques Aubert, historien. Le Professeur Buehler, théologien, retraçant la vision biblique. Me Antonella Cereghetti, avocate a dressé un rapide tour d’horizon de ce qu’est le projet de loi sur le partenariat. La matinée était placée sous la modération du professeur Pascal Singy. L’après-midi s’est articulée autours des thèmes plus proches de la psychiatrie avec des interventions orchestrées par le Professeur Pierre Cochand.

Deux heures moins dix. Le village a fait le plein, on mange un peu partout. Inquiet de ne voir personne sur la Place du Port où les discours commenceront dans quelques minutes, un membre du comité fait une annonce au micro rappelant le programme.

Sur la Place du Port, les chars sont pratiquement tous en place. Arrive alors une bétonneuse recouverte de toile argent : l’Association 360° en jette plein la vue. En quelques minutes la place se remplit de monde, la partie officielle commence. Les interventions sont annoncées en français et en allemand. Deux traducteurs en langue des signes française et allemande. Le discours de Claude Haas, président d’Homologay souhaitant la bienvenue est traduit en italien, il est suivit par celui d’Anne-Marie Cardinaux, d’Homologay aussi. L’Express dans son édition de lundi saluait le respect accordé à toutes les minorités (ou majorités minoritaires comme c’est encore le cas des femmes).

Eric Augsburger, président de la ville de Neuchâtel salue la gay pride qui « ne doit pas être perçue comme une provocation, mais comme une sensibilisation de l’opinion publique. » formulant le vœux que «  à l’instar d’autres habitants de ce pays, les Neuchâteloises et les Neuchâtelois sauront regarder au-delà de l’image réductrice que l’on nous renvoie trop souvent lorsqu’il est question d’homosexualité. »

Sifflements et désapprobations se sont fait entendre lors du discours du jeune et élégant Pierre Maudet, conseiller municipal radical genevois. Pour ce dernier « La libéralisation économique va souvent de pair avec une libéralisation des mœurs. » Ajoutant que « si les mentalités ont évolué sur le terrain des mœurs, c’est grâce aux esprits libéraux qui défendent une vision d’économie de marché. » Et s’enfonçant ensuite en reconnaissant que si les homosexuels se sont fait reconnaître c’est simplement parce qu’ils représentent un marché économique. De vulgaires vaches à laits !

« C’est un scandale que le projet de partenariat pour couples homosexuels ne contienne pas le mariage et l’adoption » a scandé Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies, dans un discours qui semblait sortir du cœur.

Pour Valérie Garbani, conseillère nationale socialiste, la gay pride doit garder son aspect provocateur. Chercher absolument à devenir comme tout le monde est nuisible à la société. « Intégration ne signifie pas assimilation. Etre égaux en fait et en droit ne signifie pas être identiques, uniformes, banals, ternes. L’intégration c’est un processus bilatéral dans lequel la diversité des uns doit respecter la diversité des autres. Le respect et la non discrimination ne doivent pas se mériter mais exister, sans conditions. »

Il est quinze heures quinze, le cortège démarre avec un peu de retard. Stupeur et moment d’émotion intense au débouché de la Place, ce n’était pas une ou deux rangées de personnes qui attendaient le cortège, mais une trentaine de rangées !!! Si bien que si les organisateurs avaient désiré ne pas placer de barrières entre les personnes défilant et leurs spectateurs (mesure symbolique mais également une invitation à rejoindre le cortège), il n’était pas aisé de faire passer le cortège. Au quartier général de la Police des chiffres de trente à trente-cinq mille personnes ont été articulées sur la base de photos prises depuis un hélicoptère.

Premier cortège pratiquement entièrement thématisé, il est ouvert par les officiels associatifs et politiques. Les associations Sarigai et Homologay se sont pacsée pour l’occasion en offrant un char sur le partenariat. Suit une smart décorée « vive les pacsés ». Lestime, ex-Centre femmes Nathalie Barney, est venue avec ses petits camions, sa décapotable, ses vélos autours du thème « Nous sommes toutes camionneuses ». VoGay dénonce le discours trop positif des médias en rappelant que le partenariat ne sera pas l’ultime étape vers la reconnaissance et que les discriminations sont encore nombreuses et passent souvent sous silence. Terminant la parade, Jungle a scandé « Nettoyons les préjugés, dans la mousse tous égaux », invitant la population a rejoindre les gays, lesbiennes et leurs amis derrière cet ultime char.

Un père de famille, vêtu d’un marcel blanc, chien dans les bras annonce à sa femme et ses deux filles "Venez, maintenant on rejoint le cortège !"

De retour au village, l’ambiance était à la musique, aux échanges et aux rires. Stands informations faisaient bon ménage avec les bars, alors que les DJ s’en donnaient à cœur joie dans des ambiances très différentes où tout le monde a pu trouver son compte. Un spectacle de transformistes a rempli la Place de l’Hôtel de ville à trois reprises. La pluie n’a pas eu l’air de troubler qui que ce soit et s’est faite très discrète. Vers vingt-deux heures, une rumeur circulait comme quoi la soirée à la Rotonde organisée par Jungle affichait complet. Le village ne s’est vidé qu’à une heure du matin au moment où la musique s’est arrêtée.

Deux hétéros sont encore assis et boivent un verre : "Finalement, je ne comprends pas pourquoi on se moque des homos" dit l’un à l’autre.

Epuisés mais heureux, les membres du comité d’organisation n’en croyaient toujours pas leurs yeux, et malgré les incidents intervenus, semblaient pleinement satisfaits. Il est trois heures du matin, le fournisseur de boisson démonte encore les stands, une partie du comité d’organisation termine les rangements, demain dimanche, la rencontre des chorales réunira encore leurs forces au Jardin anglais.