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New-York
La révolution au coin de la rue
par  Frédéric Gloor, le dimanche 7 novembre 2004, vu 205 fois
Tags : - USA

New-York est une ville fascinante aux mille attractions. Une ville où l’on peut vivre 24h sur 24 sans pour autant être plongé dans une agitation intense. Je pourrais parler des quelques lieux que j’ai visités, mais je vais me contenter de mon pèlerinage dans un bar de Greenwich Village : le Stonewall Inn.

C’est un petit bar comme des centaines de milliers d’autres dans le monde. A cette différence près que celui-ci n’a pas de décoration fashion ni même de caractère particulier. Son mur en briques rouges lui donne un air de bar des faubourgs. Il pleuvait fort en cette fin d’après-midi. Je suis entré surtout pour m’abriter. Lumière tamisée jaune, rouge, les chaises et tables en bois sont toutes libres. Un long sofa court le long du mur. Au bar, deux clients discutent vaguement avec le serveur qui semble fatigué. Ce n’était certainement pas le bon moment ni la bonne heure pour venir ici, au Stonewall Inn. Je ressors avec quelques magazines gay gratuits, des dépliants et un plan de ville.

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Judy Garland, l’idole over the rainbow

L’actrice Judy Garland a vécu une vie mouvementée, ce qui lui a valu plusieurs dépressions, des tentatives de suicide, des mariages ratés et un constant combat contre la drogue et l’alcool. Si on l’a souvent crue perdue, chaque fois Judy ressortait presque indemne de ses malheurs. C’est cette force de la nature qui plaisait tant aux gays. Dans les années où les homosexuels étaient ouvertement opprimés et ne pouvaient vivre au grand jour, ils portaient un amour sans limite à l’artiste, personnalité forte qui avait ce petit quelque chose qui les faisait craquer et qui portait en elle cet espoir des jours meilleurs.

Elle n’avait que 16 ans en 1939 lorsqu’elle a incarné le personnage de Dorothy dans le film Le Magicien d’Oz. C’est à partir de ce moment-là que les gays ont commencé à s’identifier à elle. Quand on voulait savoir si quelqu’un était gay, on lui demandait s’il était un ami de Dorothy. La légende veut que ce soit la chanson Over the Rainbow, devenu hymne pour cette génération, qui a inspiré le drapeau gay aux couleurs de l’arc-en-ciel. C’est une sur-dose de médicaments qui lui a coûté la vie, le 22 juin 1969.

Le placard s’ouvre d’un coup

A cette époque, la loi des États-Unis interdit aux bars de servir de l’alcool aux homosexuels et sur la piste de danse, on ne peut danser qu’entre partenaires hétérosexuels. Le travestissement est également réprimé par le code pénal. Or, déjà à cette époque, le public homo était réputé pour rapporter beaucoup d’argent (ils sortent plus et dépensent plus… on connaît le refrain). Ce sont trois parrains de la mafia qui tiennent le Stonewall Inn. En remettant toutes les semaines une enveloppe de 2000 dollars à la police, les propriétaires se permettaient d’accueillir la clientèle homosexuelle au fort pouvoir d’achat. Si l’établissement lui-même n’est jamais inquiété par la justice, les descentes de police sont fréquentes et les humiliations pèsent sur la clientèle.

Le 27 juin 1969, les homos ont perdu celle qui incarnait l’espoir des jours meilleurs. Judy Garland vient d’être enterrée à New-York, ce n’est pas un soir comme les autres. Une descente de police ordinaire a lieu dans ce bar aux briques rouges. Ce petit bar qui ressemble à des centaines de milliers d’autres dans le monde allait contre son gré entrer dans l’Histoire. Judy, l’idole, est morte, mais ils ne se laisseront pas faire. La colère monte, "Gay power !" entend-on hurler dans la rue. Les vitres du bar éclatent alors que des briques volent. La police, effrayée par la foule, se réfugie dans le bar. Les gays ont pris le contrôle de la rue. La rage est à son comble. En quelques minutes, c’est la première manifestation de résistance qui est née.

Aujourd’hui, le touriste gay est déçu !

Bien sûr que je m’attendais à un endroit impressionnant, bien sûr que j’aurais voulu pouvoir écrire que ma visite au Stonewall Inn, plus de trente ans après les émeutes, avait fait vibrer tout mon corps de gay et que j’encourageais le monde LGBTT à venir une fois dans leur vie inspirer l’air du lieu le plus important de l’Histoire Lesbigay&TT moderne. Mais non ! ce n’est qu’un petit bar aux mur de briques rouges dont l’intérieur n’est ni tendance ni même sexy. Il n’y a aucune boutique dans les alentours qui ne vende de souvenirs aux pèlerins. On pourrait passer tout droit sans se rendre compte de ce qui s’est passé un jour. Je me dis toutefois qu’il est encourageant qu’un tel mouvement, devenu maintenant mondial, ait pu naître dans ce lieu qui n’est pas exceptionnel, qui pourrait finalement être n’importe où : n’oublions pas que la révolution peut naître au coin de la rue et que nous ne sommes pas là pour regarder l’histoire comme un touriste japonais qui photographie le Château de Chillon ; nous nous devons de réagir lorsque l’on cherche à nous humilier, que nous soyons à Stonewall, en Suisse ou ailleurs. L’histoire nous a appris que les actes héroïques ne demandent ni un décor particulier ni des acteurs à la formation spéciale.


Prochainement, la dernière étape de mon voyage : le Canada