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Santé Jeunes
Hétérosexuels, mais pas homophobes L’école invite les associations arc-en-ciel
« Non, l’homosexualité n’est pas contagieuse »
par  la rédaction, le mercredi 14 mars 2012, vu 463 fois

A l’Hôtel de Ville, les élèves remballent leurs préjugés en visitant l’expo contre l’homophobie voulue par le Conseil des jeunes

« Bien sûr qu’être homo c’est contagieux. »

« Et ça s’attraperait comment, par la salive ? »

« Ben par exemple, quand un enfant est tout petit, il va faire pareil s’il voit ça autour de lui. »

Le temps d’un échange avec un écolier de 8e année, Haidar Hussain mesure l’utilité de son combat. Depuis son entrée au Conseil des jeunes, l’adolescent est décidé à bannir l’homophobie des préaux. Hier matin au Forum de l’Hôtel de Ville, ce garçon de 15 ans faisait découvrir à des dizaines d’écoliers lausannois de 7e à 9e année son bébé : l’exposition « Jeunes versus Homophobie ». La première grande réalisation du parlement des juniors, lancé l’an dernier.

Sur place, le maître de cérémonie fait face à des interrogations surprenantes. « Pourquoi les homos sont plus beaux que les autres ? » lance timidement une jeune fille. « Il y en a autant de beaux que de moches, de bêtes que d’intelligents… », explique Haidar avant d’assurer à un autre visiteur que, non, on ne choisit pas d’être homosexuel.

  • « Les insultes fusent »

Avant la visite guidée, les quatre classes ont découvert sur la scène du Lido le personnage du petit Léo, un garçon attiré par les garçons, chahuté par ses parents et ses camarades. Les jeunes spectateurs ont prêché le dialogue, l’affirmation de soi et la tolérance durant tout le théâtre interactif de la troupe Le Caméléon. « Ça ne nous a pas appris grand-chose, tout ça on le savait déjà », concluent des jeunes filles à la sortie.

La réalité est tout autre, comme en témoigne Jessica, en 7e année. « Les gens qui se font traiter de tapette, de pédé ou de pédale, ça arrive tout le temps. Il faut faire gaffe, ça peut être blessant. » Des rejets fréquents relayés par les chiffres : un(e) jeune homosexuel(le) sur quatre a fait une tentative de suicide. « Les insultes fusent de tous les côtés, confirme Lucas Gomez, professeur aux Bergières. J’ai emmené ma classe ici parce que c’est un sujet dont on prend rarement la peine de parler. C’est tout aussi utile pour les professeurs que pour les jeunes. Ça peut nous aider à réagir et à intervenir lorsqu’on est confronté à un élève mal dans sa peau. »

La matinée de sensibilisation a eu le mérite d’ébranler certaines habitudes. « Je me suis rendu compte de ce qu’un homosexuel ressent quand on le traite de pédé », réagit Jérémie, en 9e année à Prilly. « C’est un mot que je disais souvent mais ça peut toucher », acquiesce Esteban. Quelques mètres plus loin, Arnaud, Jérémie, Nino, Alice et Marcos affirment eux aussi « voir les choses différemment ». « Il ne faut pas s’acharner sur les homos, c’est leurs sentiments, leur vie. »

  • Grosse affluence

Une trentaine de classes au total devraient visiter l’exposition. Un succès qui surprend les organisateurs. « On n’en attendait pas plus d’une quinzaine », se félicite Haidar Hussain, qui planche sur le concept depuis huit mois. Quelques jours après avoir bombardé les casiers des professeurs lausannois de circulaires, 20 classes s’étaient déjà inscrites. « Ça marche très fort depuis le début, on est supercontents, sourit Tanguy Ausloos, délégué à la Jeunesse lausannoise. Les gens ne viennent pas ici par hasard. Il y a des parents d’homosexuels, des homosexuels âgés qui l’ont vécu difficilement dans leur jeunesse et félicitent ceux qui l’ont montée. Le plus surprenant, c’est que nous n’avons pas eu une seule critique sur le thème abordé. »

L’expo survivra à son départ programmé de l’Hôtel de Ville, ce samedi. Les cantons de Genève et du Jura ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt. « On va peut-être même la traduire en anglais », se réjouit Haidar Hussain. L’adolescent a une autre raison d’avoir le sourire. L’unité cantonale de promotion de la santé et de la prévention en milieu scolaire (PSPS) est en train d’élaborer un module de sensibilisation destiné aux équipes santé des établissements secondaires. « Cela représente 600 personnes, détaille Elisabeth Thorens-Gaud, attachée aux questions d’homophobie et de diversité. Il s’agit d’informer ces adultes sur cette réalité. Il y a encore beaucoup d’ignorance. »

« Jeunes versus Homophobie », du 7 au 17 mars au Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne


« Victoire » sur le règlement des écoles

Il y a quelques mois, l’idée du Conseil des jeunes relevait encore du fantasme. La commission contre l’homophobie – à qui l’on doit l’exposition – voulait insérer dans le règlement intérieur des écoles lausannoises une clause dénonçant la discrimination homosexuelle. C’est chose faite. Un amendement demandant aux élèves de s’abstenir de toute violence physique et verbale à caractère sexiste, raciste et homophobe a d’ores et déjà été introduit au collège de l’Elysée. « Ça devrait être le cas dans tous les établissements secondaires fin 2012 », se réjouit Haidar Hussain. « C’est une grande victoire d’avoir obtenu cela, souligne Elisabeth Thorens-Gaud, attachée aux questions d’homophobie pour le canton. Je suis assez épatée par le travail de ces jeunes. »

En quoi un amendement ferait-il évoluer le climat ? « C’est un cadre qui permet aux enseignants de se positionner lorsqu’ils entendent des injures, par exemple », relève Elisabeth Thorens-Gaud. Haidar Hussain pense avant tout aux élèves : « Ils pourront enfin s’appuyer sur un texte pour faire respecter leur identité. »


Source : Marie Nicollier 24Heures