Accueil du site > Santé > Santé Jeunes > Jeunes homos : tout n’est pas si (...)
Santé Jeunes
Ado Homo : Comment en parler en famille L’anxiété pèse lourd chez les jeunes homosexuels
Jeunes homos :
tout n’est pas si rose.
par  la rédaction, le vendredi 22 janvier 2010, vu 362 fois

Du tube de Katy Perry aux revendications de Beth Ditto, les représentations homosexuelles dans les médias se sont multipliées. Une parole libérée dont on pourrait espérer qu’elle rende nos ados plus ouverts. Pourtant, deux ouvrages [1] dénoncent la difficulté d’être gay en banlieue, où de plus en plus d’actes homophobes sont commis par des mineurs. Y a-t-il, chez les jeunes, une tolérance à deux vitesses envers les minorités sexuelles ?

En 2008, des milliers de jeunes filles ont fredonné le refrain du tube de Katy Perry, « I kissed a girl and I liked it ». Personne n’a crié au scandale devant le clip lascif de la jeune Américaine qui raconte dans cette chanson comment elle a voulu essayer les filles, pour voir. Plus récemment, Beth Ditto, la très engagée chanteuse du groupe Gossip, a écumé les plateaux télé en ne cachant rien de ses préférences sexuelles et de son action militante. Dans une société plus que jamais basée sur l’image, quelle influence ces représentations ont-t-elles sur les jeunes ? Eux qui ont grandi dans la France du Pacs, sont-ils plus ouverts, là où leurs parents coinçaient encore sur le sujet ?

À voir la manière dont la planète people a suivi les péripéties du couple que Lindsay Lohan, 23 ans, formait encore au printemps avec sa copine DJette, Samantha Ronson, on a envie de répondre oui. L’homosexualité ne dérangerait plus et la bisexualité serait même devenue branchée. Dans les bars des beaux quartiers des capitales européennes, rien de plus banal aujourd’hui que de voir deux jeunes filles, à peines majeures, s’embrasser sur les dance floors.

Un constat qui est pourtant loin de ravir Hervé Baudoin, coordinateur de la Ligne Azur, le service d’écoute et de soutien de Sida Info Service à destination des gays et de toutes les personnes en question sur leur identité sexuelle : « C’est à la mode, et comme tous les phénomènes de mode, c’est dangereux. Qu’en sera-t-il pour ceux ou celles qui sont vraiment homosexuels quand la mode aura évolué ? »

  • Mineurs homophobes

Les people qui s’affichent ont tout de même le mérite de faire sortir l’homosexualité féminine du placard. Aujourd’hui, de Plus Belle la Vie à Grey’s Anatomy, les séries télé aussi ont leurs couples de femmes. Jusqu’au fameux épisode 9 de la saison 3 de Gossip Girl, où Vanessa et Olivia s’embrassent langoureusement, qui a fait hurler les associations de parents américains. « La meilleure visibilité des lesbiennes est liée à une meilleure visibilité de la sexualité féminine », estime Marie Rousset, 22 ans, intervenante au Mag, une association parisienne qui accueille de jeunes gays de 15 à 26 ans.

Mais les brimades sont encore monnaie courante. « Une petite fille de 11 ans m’a récemment pointée du doigt dans la rue parce que j’embrassais ma copine », raconte Carine, 19 ans, presque amusée. Les choses vont malheureusement parfois plus loin. Au Mag, Marie Rousset se souvient d’avoir reçu une fille violée, « parce que si elle était lesbienne, c’était parce qu’aucun homme n’avait su s’y prendre avec elle ». « Les agressions physiques sur les lesbiennes ont augmenté ces dernièresannées », note de son côté Chrystelle Chopin, vice-présidente de SOS Homophobie. « En 2009, 15 % des agressions lesbophobes étaient physiques, contre 6 % l’année précédente. »

En témoigne le cas de Cynthia et Priscilla, qui ont dû quitter leur domicile d’Épinay-sous-Sénart, dans l’Essonne, après des mois d’insultes et surtout après avoir été agressées physiquement l’an dernier par des jeunes du quartier. Ce qui inquiète, c’est la précocité des agresseurs. Dans le cas de Cynthia et Priscilla, c’est un majeur et trois mineurs qui ont été interpellés. Depuis 2002, SOS Homophobie a recensé quatorze meurtres homophobes en France. Onze de ces crimes ont été commis par des moins de 25 ans et cinq de ces affaires ont impliqué des mineurs.

  • « Comment n’ont-ils pas honte ? »

D’où l’intérêt de la prévention. Depuis 2001, les bénévoles de l’association Estim’ évoquent les questions de sexualité auprès d’élèves du CM1 à la terminale dans des établissements scolaires du Val-de-Marne et de l’Est parisien. Véronique Soulier, qui coordonne ces interventions, assure que les mots prononcés autour des questions touchant à l’homosexualité ne sont pas tendres : « Ça se calme en première et en terminale, mais les collégiens sont très violents. » Marie Rousset, se souvient d’avoir été la tête de turc d’une bande de caïds en jupettes au collège : « Elles m’avaient encerclée et bousculée. Ce n’était pas forcément très violent, mais c’est assez traumatisant à cet âge. »

Sur les Posts-it qu’elle fait circuler en classe, Véronique Soulier retrouve encore des remarques telles que « comment n’ont-ils pas honte ? », « comment font-ils pour exister ? » ou « comment réagir si on a un ami de ce genre ? ». « Ils sont aussi nombreux à faire référence à la religion. Et s’inquiètent de savoir si les comportements homophobes peuvent être punis par la loi. Ces jeunes ont souvent déjà été eux-mêmes discriminés, mais ils ont du mal à mettre sur le même plan de gravité le racisme et l’homophobie », explique Thierry Hochart, vice-président de l’association Contact Paris-Ile de France, qui aide les parents à accepter l’homosexualité de leurs enfants et intervient aussi dans les établissements scolaires.

Pour Véronique Soulier, l’exemple des adultes est primordial : « C’est pour cela que nous intervenons aussi auprès des professionnels, animateurs de centres de loisirs, infirmières scolaires… Il faut toucher au noyau, c’est-à-dire les parents, pour faire bouger les représentations culturelles et religieuses. » Estim’ s’apprête d’ailleurs à le faire en Seine-Saint-Denis à la demande d’écoles primaires.

  • « Je militerai jusqu’à 80 ans »

Mais les associations manquent de moyens. Et les messages peinent parfois à être percutants, surtout quand ils passent par des filtres ministériels. « Il ne faut pas choquer », résume Hervé Baudoin. L’an dernier, le ministère de la Santé et des Sports a lancé un concours de courts-métrages contre l’homophobie, « mais les films gagnants n’ont été diffusés que sur Canal+ et dans des cinémas d’art et d’essai », continue Jean-Louis, écoutant à la Ligne Azur. « C’est dommage. »

Marie Rousset perçoit quand même une amélioration : « Évidemment, en banlieue parisienne, c’est loin d’être gagné. Mais au cours de nos interventions, je n’entends plus parler de l’aspect “pas naturel” de l’homosexualité. Ils ont compris que c’est de l’amour. »

En tout cas, quelle que soit la situation, pas question pour les jeunes homos de vivre repliés sur eux-mêmes. « Il y a encore trois ans, ils arrivaient au Mag avec des histoires lourdes pour réellement sortir de l’isolement, poursuit Marie Rousset. Aujourd’hui, ils viennent davantage dans un esprit militant. Et nous accueillons des jeunes de tous milieux sociaux, du rappeur du 93 à la jeune catholique pratiquante de Meudon. » Florent, 33 ans, vient, lui, des territoires d’outre-mer : « Je suis admiratif des jeunes gays métropolitains. Ils osent. » Il est persuadé de l’effet domino : « Plus les homos oseront, plus le regard des autres changera. »

À 22 ans, Marie Rousset affirme qu’elle n’a aucune envie de quitter la France pour un pays plus clément envers la communauté homosexuelle, pour se marier ou adopter des enfants. « Je ne veux pas fuir mon pays, je veux le faire changer, martèle la jeune femme. Que l’État traite correctement toutes les franges de la population, y compris les homosexuels. Je militerai jusqu’à 80 ans s’il le faut ! »

Source : Gaëlle Rolin pour Madame Figaro

Notes

[1] Un homo dans la cité, de Brahim Naït-Balk et Homo-Ghetto, de Franck Chaumont.