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Le Schtroumpf coquet fait son coming out
Papa a tort, roman de Frédéric Huet
par  Frédéric Gloor, le samedi 1er janvier 2000, vu 573 fois
Tags : - Littérature

Papa a tort, roman de Frédéric Huet est écrit sous la forme d’un journal tenu par Julien, un garçon d’une dizaine d’année. "Je ne suis pas un garçon comme les autres". Non je ne suis pas un véritable garçon. C’est le psychologue qui l’a dit, du moins c’est ce que m’en a rapporté Papa."

C’est la rentrée scolaire, nouveaux repères, nouveaux camarades, nouveau collège. Et puis, il y a Antoine, dont il est amoureux.

Comme on est toujours ensemble en cours, on se motive mutuellement e grâce à lui, moi, j’ose un tas de trucs que j’aurais jamais osé entreprendre auparavant. Comme par exemple, lever le doigt pour prendre la parole. Avant, je le faisais jamais. Je me disais toujours que c’était pour les autres, pour ceux qui avaient assez de cran de parler devant l’ensemble des élèves. Seulement Antoine, lui, il me pousse. Alors je lève le doigt. Et lorsqu’il s’agit de répondre au professeur et que je ne connais pas la réponse, il me la souffle à l’oreille, dans le creux de l’oreille. Et elle est toujours bonne. C’est qu’il est extrêmement cultivé mon Antoine.

Il y a aussi Mickaël, qui est gros et méchant. Il fait partie de ceux dans la classe qui jouent au dur et qui se moquent des autres.

C’est Mickaël qui me l’a dit aujourd’hui dans la cour de récréation. Il a commencé à m’embêter. Il m’a dit que tous les types de mon espèce, ils étaient malades ! je ne sais pas pourquoi il m’a dit ça, je ne lui ai pourtant rien demandé, mais il me l’a dit. (...) Au bout de trois mois, il a ajouté, toutes les tantouzes comme moi, elles avaient ça le sida. C’est ses parents qui lui ont dit. Le sida c’est les tantouzes qui l’ont pour les punir de ce qu’elles sont. Alors je suis puni moi aussi ? Ah, non, non, NON ! Je ne veux pas mourir...

Il y a enfin Papa, avec qui la relation semble faussée. "Papa ne m’a jamais caressé la joue".

C’est avec Antoine que Julien aura ses premiers élans affectifs, et c’est aussi avec lui qu’il découvrira la sexualité.

  • C’est un secret. Alors je me suis avancé sans broncher et Antoine a refermé la porte derrière lui. Et puis là... oh, la, la, la, la, j’en tremble rien qu’à l’écrire mais Antoine qui s’est immobilisé devant moi, m’a plaqué violemment contre le mur, s’est collé à ma poitrine jusqu’à presque m’étouffer, et d’un geste langoureux, il a posé sa bouche contre ma bouche, et tout en se penchant délicatement près de mon oreille, il m’a soufflé :
  • Je t’aime.

Crises, maladie, les parents se doutent que quelque chose n’est pas "normal" chez Julien, même si pour ce dernier rien ne semble étrange en lui. Son père ne veut plus le voir.

  • Non, Papa n’est pas parti en déplacement. Il est bien à la maison et il revient tous les midis. Je l’ai entendu hier dans la cuisine. Il s’est disputé avec Maman. Ils ont criés très fort tous les deux. Et y a même eu une assiette de cassée.
  • Ce n’est pas ma faute s’il est ainsi tout de même. Je ne l’ai pas élevé comme toi tu l’as élevé, figure-toi. En lui demandant de servir la table, de laver la vaisselle, ou en lui achetant des POUPÉES ou je ne sais quoi d’autre ! Tu n’as qu’à t’en prendre à toi-même. C’EST TOUT... J’ignore si Maman a trouvé quelque chose é lui répondre, puisqu’après ils ont parlé à voix basse, et je ne les ai plus entendus, mais Papa... Papa a tort. De dire ce qu’il a dit. Y doit plus m’aimer.

Sur un ton léger, une multitude d’émotions surgissent de ce fabuleux roman.


Frédéric Huet, Papa a tort, ed. Balland, Paris, 1999

Dans la même veine, le film Ma vie en rose d’Alain Berlinier, avec Michèle Laroque, Jean-Philippe Ecoffey, 1997.