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Pas de « sang gay » dans nos veines
par  la rédaction, le vendredi 9 octobre 2009, vu 353 fois
Tags : - Santé - SIDA - Discrimination

C’est une réalité : les hommes homosexuels n’ont pas le droit de donner leur sang. Cette mesure sévère de précaution contre la propagation du VIH peine désormais à se justifier. Reportage.

« Gay cancer » est le nom qui fut donné au SIDA au début des années 80, et il pèse encore aujourd’hui sur l’image de la population homosexuelle masculine.

  • Le privilège d’être donneur

C’est au terminus du M2 « Croisettes » que se trouve, depuis mars 2009, le nouveau centre de transfusion de la ville de Lausanne. Le site compte 74 collaborateurs dont 50 travaillant à plein temps. Ainsi sont accueillies chaque jour entre 70 et 80 personnes souhaitant donner leur sang pour la bonne cause.

Mais comme l’explique M. Benzoni en charge de la promotion du don et des relations extérieures : "environ 20 à 30% des volontaires n’entrent pas dans les critères d’aptitude, et ne peuvent donc pas faire don de leur sang." Les hommes homosexuels font partie de ces groupes considérés « à risque ». Cela dit, le médecin chef du centre de transfusion, le professeur Tissot, souligne que "selon le principe de précaution, d’autres groupes sont également mis à l’écart." Les deux hommes estiment qu’en plus du « cas homosexuel », au moins deux des interdictions en vigueur devraient être réévaluées sur la base des données scientifiques actuelles. Elles concernent les personnes ayant séjournées entre 1980 et 1996 durant six mois ou plus en Grande-Bretagne (raison : éviter une éventuelle épidémie de « vache folle ») ainsi que les personnes qui ont reçu des transfusions depuis 1980 (raison : éviter l’effet « boule de neige » de transmission, par le sang, de maladies encore inconnues).

M. Tissot insiste : "ces critères ont été mis en place il y a une dizaine d’années et mériteraient qu’on les examine à nouveau en fonction des progrès techniques, au niveau épidémiologique, afin de relativiser certains risques." Un autre exemple intéressant est qu’un donneur potentiel se doit d’être dans une relation monogame depuis au moins six mois. Alors qu’à l’heure actuelle, il est possible de déceler une infection VIH beaucoup plus rapidement (quelques semaines après un rapport). M. Benzoni développe : "il y a certainement une sécurité à outrance qui a été mise en place mais c’est difficile de trouver un juste milieu. De plus, ce sont des questions qui dépassent la Suisse car les décisions sont prises au niveau de l’Union Européenne."

  • Discrimination homosexuelle

M. Tissot ainsi que M. Benzoni sont donc ouverts à la discussion. Ils sont d’avis "qu’il serait bien de revoir les critères pour permettre notamment à des hommes homosexuels se trouvant dans une situation stable depuis au moins 6 mois, au même titre que n’importe quel hétérosexuel, de pouvoir faire don de leur sang." Sur cette question M. Derendinger, président de l’association « Vogay » à Lausanne, reste sceptique : "je ne pense pas qu’il y ait discrimination, cette mesure se justifie lorsque l’on sait que 10 à 15% d’homosexuels sont touchés par le VIH contre seulement 0,3% d’hétéros. De plus, l’activité sexuelle des gays est très importante, surtout en ce qui concerne le nombre de partenaires."

Loïc Strumans et Filippo Rivola, tous deux actifs dans l’association Plan Queer regroupant LesGayBiTrans de l’Université et des Grandes Ecoles de Lausanne, ne sont pas autant catégoriques et estiment que le problème concerne surtout la forme employée : "il est vrai qu’il faut prendre en compte les chiffres, mais ce n’est pas correct de mettre tous les homos dans le même paquet, et surtout de faire une différence de traitement entre hétéros et homos comme si ces derniers étaient les seuls à ne pas savoir se prendre en main."

On voit que la question divise même au sein de la communauté homosexuelle. Et M. Rivola, également actif pour le groupe homosexuel de la Jeunesse socialiste, est convaincu que : " le problème est d’ordre politique. Au travers de cette interdiction, c’est l’amour homosexuel qui n’est pas reconnu au même titre que l’amour hétérosexuel et cela est inadmissible."

  • Lutter contre le VIH

Comme l’explique M. Strumans : "en Suisse entre 5’000 et 10’000 personnes de toutes orientations sexuelles confondues ne savent pas qu’elles sont atteintes par le VIH. De manière générale, il faut donc inciter tout le monde à se responsabiliser à titre individuel." Et M. Derendinger estime que : "la population homosexuelle masculine devrait prendre cette interdiction comme une motivation pour lutter contre la propagation du VIH chez les gays. Il faudrait que le nombre de nouvelles infections, qui est principalement dû à une chaine de primo-infections au sein de cette population (premières semaines de l’infection où le potentiel de transmission est extrêmement élevé et difficilement identifiable), baisse considérablement pour reconsidérer cette prescription."

Reste maintenant à prouver si une interdiction de type communautaire aide à la prise en charge individuelle ou si elle ne fait que stigmatiser une population déjà vulnérable. Source : Camille Chardon pour le Lausanne-BondyBlog