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Pénalement, l’homosexualité peut être taxée de déviance Mister Gay Suisse : « J’ai fait mon coming out à mes parents par (...)
Pascal Pellegrino s’est trouvé sur le gay chemin du père
par  la rédaction, le jeudi 8 avril 2010, vu 2249 fois

Portrait d’un Papa Gay.

De sa mère, il a hérité une sensibilité d’artiste. Elle peint, il dessine, écrit et met en scène. Il a même dansé pour Philippe Saire, après avoir joué un méchant poisson poursuivant une étoile de mer devant les écoles maternelles de la banlieue parisienne. « Je devais enfiler un chapeau triangulaire qui me donnait une tête de gland. » Non, Pascal Pellegrino ne sera jamais comédien professionnel, malgré le Cours Florent à Paris et son désir des planches. Le fils de l’ancien syndic de Morges est journaliste. Il piste les people de la planète. Après TVGuide, Télétop et Le Matin, il brasse glamour et paillettes pour 20 minutes. « C’est futile, mais ça fait du bien de perdre son sérieux. » Avouant aussi sans détour que la peur de la vache enragée l’a préservé du destin des saltimbanques. Il y revient pourtant un peu, car, dès le 1er juin prochain, il pilotera la Saison culturelle de Montreux.

L’an dernier, Pascal Pellegrino a écrit très publiquement une lettre à son « enfant interdit ». Il a clamé au monde, dans une jovialité toute ronde et sans chichis, qu’il se trouvait à la fois gay et papa. « L’homoparentalité reste un des derniers tabous du siècle. »

Il vous le dit sur un ton badin, qui n’enlève rien à la réalité des faits, vous épargnant le discours militant. Chez lui, les mots tournent le dos aux concepts. Ils épousent le réel, trahissent l’expérience et touchent l’âme. Oui, notre homme accepte Dieu. « Ça doit être fatigant de ne pas croire. »

Il explique très naturellement que, pour créer l’enfant, lui et la future mère lesbienne ont procédé « artisanalement ». Des questions ? Ils s’en sont posé bien davantage que les autres parents. Et la vie leur offre un conte de fées. Pascal présente son livre sur une radio locale. Une auditrice témoigne de la même expérience. Les deux mères, les deux pères et les deux fillettes décident de se rencontrer. Coup de foudre des premières : elles vivront ensemble. Et les deux petites de recevoir une sœur en cadeau. C’est justement ce que les parents pas comme les autres espéraient pour leur bonheur. Un ou une alliée, qu’ils n’avaient pas réussi à concevoir.

La petite Roxane vit deux jours et demi chez son papa, qui partage son existence avec son ami. Aux partenaires enregistrés, la loi suisse dénie le droit d’adopter ou de recourir à la procréation assistée. Pour Pascal Pellegrino, les choses étaient claires depuis longtemps : « Je voulais que mon enfant grandisse auprès d’une maman et d’un papa. » Les voici, sur le plan pratique, comme s’ils étaient divorcés. Sauf, et la nuance compte, qu’ils ne se sont jamais quittés.

Ce Vaudois aux cheveux si courts, au profil de gendre presque parfait, doté d’une voix qui porte, qu’il laisse théâtralement s’emporter, fait preuve d’un optimisme à toute épreuve. C’est peu dire qu’il parle avec les mains, mimant sans cesse ses propos et, lorsqu’il réfléchit, il adopte et exagère la pose du penseur. Capable de ne fumer que deux cigarettes par jour, il revient sur le terme homosexuel. « Je suis un homme. La sexualité ne représente que 10% de ma vie et elle ne concerne que moi et mon compagnon. »

Fidèle ? Affirmatif. Le journaliste déteste les endroits de drague. Le charnel sans la romance, très peu pour lui. Il ose : « Je trouve l’exclusivité très érotique. » Et, devant la perle qu’il vient de lâcher, se met à rire avec emphase. Aujourd’hui, comblé par sa paternité, il s’aime. Mais la route de l’acceptation a été longue. Il se savait gay, mais désirait si fort un enfant… Confusion, mal-être, le coming out n’est venu qu’à 26 ans, à Paris.

Celui qui adore écrire ne peut se passer de chanter. « C’est ma douche intérieure. Je suis capable de m’accompagner au piano sans savoir lire les notes et j’anime parfois le karaoké du samedi soir au Saxo à Lausanne. » Si vous voulez le mettre en joie, demandez-lui d’interpréter New York, New York.

Pascal Pellegrino joue franc jeu : « Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait avec sincérité, car je suis amoureux des relations entre les gens. Mais je ne suis pas naïf. L’exubérance est une forme de protection, jamais un calcul. » Si l’humour lui tient à cœur, la peinture lui résiste. Fou d’abstraction, il refuse de toucher aux toiles, espérant un jour être suffisamment « décérébré » pour goûter enfin à la pure liberté.


  • 1965 : Naît à Morges, le 8 juillet, d’un père d’origine italienne, naturalisé suisse, et d’une mère originaire de Lauenen (BE).

Son frère, Laurent, naît en 1967.

  • 1987 : Participe à la pièce Alchimies, la première création du Théâtre de Beausobre.
  • 1991 : Monte à Paris suivre le Cours Florent pour devenir comédien.
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  • 1994 : Revient de Paris, joue chez Philippe Saire et entre à TVGuide.
  • 2001 : Le Matin lui demande de créer sa rubrique people.
  • 2007 : Naissance de sa fille Roxane.
  • 2009 : Parution de Papa gay, chez Favre.

Source : Michel Rime pour 24Heures

Photo : FLORIAN CELLA