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Pédophilie :
une grosse panique morale
par MARC DONZÉ
par  la rédaction, le jeudi 15 avril 2010, vu 992 fois

Le terme de « panique morale » a été forgé par des sociologues américains dans les années 1970. Il désigne un problème réel, lié à la morale, mais dont la représentation sociale est amplifiée de façon systématique, en particulier au travers des médias. A la source, des faits réels et des dangers réels ; mais une orchestration hypertrophiée de leur dimension statistique. Cette panique morale est provoquée par ce que Philip Jenkins appelle des « entrepreneurs moraux », sorte de chevaliers blancs dont les intentions ne sont pas toujours claires ni limpides.

La médiatisation des prêtres pédophiles est un cas typique de panique morale, d’après le sociologue italien Massimo Introvigne. Le problème est réel sans aucun doute. Et il est grave. S’en prendre à un enfant est un acte affreux, la personne en reste perturbée émotionnellement sa vie durant. Quand le geste pédophile vient d’un prêtre, c’est plus grave encore, car le prêtre est considéré comme une personne de confiance.

Que le prêtre doive en répondre devant la justice des hommes, comme toute autre personne qui aurait commis des actes de même nature, rien de plus évident. La justice, si elle est bien faite, permet d’aller aussi loin qu’il est humainement possible dans la recherche de la vérité des faits et de leur interprétation. La panique morale tend à faire croire qu’un très grand nombre de prêtres ont commis des actes pédophiles. Ce qui n’est pas vrai. Encore une fois, ce sont les Américains qui ont étudié la question avec le plus de détails statistiques. Une étude provient du John Jay College de la City University de New York, institution faisant autorité dans le domaine de la criminologie. Elle montre que les prêtres accusés de pédophilie (au sens strict du terme) aux États-Unis sont en fait au nombre de 958 en 50 ans, soit 18 par an. Il y a eu 54 condamnations, un peu plus d’une par an. Or, sur la même période de 1950 à 2000, plus de 100 000 prêtres ont été actifs aux États-Unis. D’après M. Introvigne, on trouve des chiffres semblables en Allemagne ou en Autriche.

Mais les cas ont l’air beaucoup plus nombreux, car les mêmes circonstances, étalées sur un grand nombre d’années, sont évoquées à de nombreuses reprises. On obtient ainsi une sorte de gonflement statistique, car 10 affaires répétées 10 fois ont l’air d’être 100 affaires. Toujours d’après les études américaines, la présence de pédophiles n’est pas plus élevée parmi les prêtres catholiques que parmi les membres du clergé protestant dans ses diverses dénominations. Et, est-il besoin de le répéter, les deux tiers des abus sexuels sur les mineurs ont lieu dans le cercle familial. Le problème de la pédophilie n’est donc pas lié au célibat. En revanche, il semble être lié souvent aux tendances homosexuelles : plus de 90% des prêtres condamnés pour pédophilie aux États- Unis sont homosexuels. Un discernement plus strict à cet égard s’impose dans le cadre de la formation des prêtres.

Que cherchent les « entrepreneurs moraux  » qui gonflent la problématique, en revenant à de nombreuses reprises sur les mêmes affaires ? Quel but poursuivent- ils, quand ils mettent le plus d’emphase et d’acide possible dans le traitement de cette question, comme l’ont fait l’Hebdo et l’Illustré, comme par hasard le Jeudi-Saint ? Discréditer l’Église et les prêtres, sans doute, alors que la toute grande majorité d’entre eux font honneur à leur vocation. Mais, finalement, que cherche-t-on en jetant ce discrédit ?

Je pense souvent à l’attitude de Jésus, quand on lui amène la femme adultère avec l’intention de la lapider. « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ! » Et ils s’en allèrent tous en commençant par les plus vieux. Est-il envisageable que les « entrepreneurs moraux  » qui jettent des pierres (imprimées ou électroniques) se posent la même question ?


Marc Donzé
vicaire épiscopal

Source : La Liberté