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Culture LGBT
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Chronique - 2
Ma vie, mon rêve*
par  la rédaction, le mardi 10 janvier 2012, vu 225 fois

Ce soir-là, c’est décidé. Je sors et je ne rentrerai pas seul.

T-shirt Converse bleu, cardigan H&M taupe, jeans Hugo Boss gris, baskets montante Tommy Hilfiger, écharpe en laine Zara. Je ne peux que plaire, enfin je peux plaire…

Il est encore un peu tôt. La salle est presque vide, la musique est trop forte. Deux homos pré-pubères entament une pool dance qui ne met même pas le septuagénaire accoudé au bar en émoi. Je prends une bière, 2 clopes, une bière, une clope, une bière, une bière, on m’offre une bière, trop moche, 1 clope. La salle se remplit et je me laisse rêver à mes amours imaginaires ; pour l’instant, je ne perçois que sa silhouette imposante. Nouveau Pygmalion, je lui attribue de larges épaules, lui dessine minutieusement, un à un, les muscles dorsaux. Il me donne l’impression de déjà-vu : ma création tient visiblement du héros grec. Lorsque je le scrute, il me semble reconnaître le David de Michelange, il tourne le visage, non plutôt un dessin de Cocteau. Sa peau délicate, presque satinée, dégage un parfum envoûtant, légèrement sucré, un parfum fruité, un parfum de poire… Une effluve putride dissipe mon être chimérique pour faire place à la sordide réalité au moment précis où une haleine fêtarde vient me souffler : « c’est Dior ton écharpe (j’adore) ». Sans me donner la peine de répondre, je me retourne et commande une bière…

J’attends. Mon regard croise celui d’un garçon qui pourrait peut-être me plaire. Je l’expertise pour conclure que bof, c’est loin d’être du Cocteau. J’ai arrêté de boire de la bière, je me suis mis à la vodka. Lady Gaga en boucle, trop de monde, plus d’argent : je décide de déserter les lieux.

Arrivé dans ma chambre, je me connecte à internet. J’active mon profil et je chat avec des mecs « cho », « A/P » : actif ou passif, « TBM » pour très bien membré, « tu vis seul » afin d’anticiper le lieu de la baise (de préférence toujours chez l’autre), « tu recherches » + photo… J’en reçois une panoplie qui, malgré quelques exceptions notables (ne tombons pas dans les clichés), ciblent toujours plus ou moins une zone précise, rarement le visage. J’examine attentivement les diverses compositions artistiques qui peuplent mon écran pour finalement découvrir un chef-d’œuvre. Je lui donne mon adresse, « OK, arrive dans 20 min. », me répond-il.

J’entends frapper à la porte, et lorsque j’ouvre, je découvre l’adonis sélectionné pour la nuit. Son visage est plutôt rond et ses yeux caves font penser à des billes de taxidermiste. Il a de grosses lèvres cachant un sourire un peu accidenté, qui pourrait toutefois lui donner un peu de charme. Sa peau est plutôt brillante. Petit et rondelet, il possède un style vestimentaire qui suggère des tendances néo-fascistes. Et quand je m’approche de lui, je découvre un parfum de fruits trop murs, un parfum de fruits macérés.

Cette nuit-là, j’ai regretté de ne pas dormir seul.

R.V.