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Pink Cross :
A quoi ça sert tout ça ?
par  Frédéric Gloor, le vendredi 16 mai 2003, vu 224 fois
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Deux secrétariats dans les deux principales régions linguistiques de Suisse, Pink Cross est une association bien organisée. Qui sont les deux secrétaires et quel est leur travail quotidien au service des gays ? Et vous, êtes-vous membres de cette association ?

QUESTIONS AU SECRETAIRE GENERAL – Moël Volken (Berne)

> Quelles sont les demandes arrivant au secrétariat de Pink Cross ? Le plupart des demandes concernent des questions de partenariat, avant tout la situation toujours déplorable des couples binationaux, c’est à dire, dont un des partenaires ne dispose pas d’un titre de séjour pour la Suisse. Des autre sujets : discrimination dans la vie professionnelle, Coming out, informations pour l`’école.

> Qui sont les membres de l’association ? Selon un sondage effectué en 2002, le membre type a 35 ans, dispose d’ une formation supérieure (60%), gagne plus que la moyenne suisse (60%) et a un partenaire fixe (70%), se situe à gauche ou plutôt à gauche (55%). Environ 90 % des membres ont entre 30 et 50 ans.

> Qui est Moël Volken dans la vie de tous les jours ? Je crois qu’il est un homme très gentil et joyeux qui des fois rigole trop fort, qui aime les fêtes, mais celles ou l’on chante. Plutôt généreux, il déteste la pédanterie. En même temps il est très sensible envers tout iniquité. De provenance valaisanne, il préfère le vin à la bière et la viande au tofu. Il aime la langue et la musique mais se trouve dans une bataille éternelle avec les chiffres. Il chante dans un groupe tzigane, danse le tango, n’aime pas trop les voyages mais les lacs et les montagnes. Et il est très amoureux de son partenaire Christophe.

> Pour quelles raisons t’es-tu engagé auprès de Pink Cross ? A partir de vingt ans je me suis toujours engagé pour nos droits et pour notre intégration dans la société. Déjà lors de la fondation de Pink Cross, il y a dix ans, j’ai compris que cette organisation allait exactement dans la direction que moi je favorise : Conséquent mais pas militant, renonçant aux compromis ainsi que à la provocation.

Et moi, que ce que moi j’apporte à Pink Cross ? A part de mon engagement bénévole au sein du mouvement gai, ma carrière professionnelle m’a rendu familier avec des travaux administratifs ainsi que avec la relation publique, le journalisme, l’administration fédérale et les mécanismes de la législation suisse. Enfin j’estime mon engagement pour Pink Cross est une bonne chose pour tous les deux, même que cette relation par des raisons statutaires reste limitée à 8 ans.


QUESTIONS AU SECRETAIRE ROMAND – Jean-Paul Guisan (Lausanne)

> Pour quelles raisons Pink Cross a-t-il crée un bureau en Suisse romande ?

Pour que Pink Cross soit représenté en Suisse romande, à travers, d’une part, un permanent francophone, et, d’autre part, à travers un bureau situé en Suisse romande. Pour que les gais romands ne croient pas que Pink Cross, c’est uniquement une affaire de Suisses allemands, qui ne les concerne pas, qui ne s’intéresse pas à eux. Pour que les médias romands aient un interlocuteur romand, par ex. lors de communiqués de presse émanant de Pink Cross ou lors d’événements concernant les gais.

> Les sensibilités sont-elles différentes des deux côtés du Röshtigraben pour ce qui concerne les droits des gays ?

Une différence est apparue dans les sondages à l’échelle nationale et dans le vote des députés bourgeois au Parlement Fédéral : les Alémaniques étaient plus favorables aux droits des gais que leurs concitoyens romands.

Les Romands (les Latins) se montrent plus conservateurs sur des thèmes comme la famille (mais aussi l’environnement). A cause de cet environnement, les gais romands sont plus enclins à la prudence quand on aborde des questions comme le mariage ou l’adoption. Ils justifieront leur position en disant que c’est une question de pragmatisme, qu’il ne faut pas braquer ou provoquer inutilement.

D’un autre côté, le premier PaCS cantonal est né à Genève ! L’idée a été aussitôt reprise à Neuchâtel (même s’il est vrai que la finalisation se fait attendre). Et c’est un Genevois – libéral qui plus est – qui a déposé l’initiative parlementaire en faveur d’un partenariat.

> Le Coming Out Day est né il y a quelques années mais peine à se faire connaître chez nous, quelles en sont les raisons ?

Il doit y avoir plusieurs facteurs qui se sont additionnés. : Au départ, ce sont des Suisses allemands qui ont été séduit par l’idée d’une telle journée. Ils l’ont organisée, sans spécialement chercher à aller convaincre des Romands d’en faire de même. Quand Pink Cross s’est mis à participer à la coordination du COD, c’était déjà une tradition bien implantée dans certaines villes alémaniques, mais ne signifiait rien pour les Romands. D’autant plus qu’entre-temps une autre tradition est née en Suisse romande, celle de la Pride itinérante qui demande suffisamment d’efforts aux associations en juillet pour rendre difficile la motivation d’un COD en octobre. Les Suisses allemands sont peut-être un peu plus motivés pour des activités comme tenir des stands au marché. Cela convient moins à l’individualisme romand. Mais rappelons quand même que d’une année à l’autre, certaines assoc’ romandes font quelque chose qui a un rapport avec le COD et les médias en sont informés.

Il y a bien des manières d’exploiter cette occasion : « stand au marché », certes, mais aussi journées portes ouvertes du local, projection d’un film ou conférence suivis d’un débat, dance party…

> Qui est Jean-Paul Guisan dans la vie de tous les jours ?

Quand on est engagé pour la cause gaie, il n’y a pas quelque chose comme « la vie de tous les jours ». Mais l’absence de routine constitue justement l’intérêt de ma fonction. J’ai en tout cas réussi à avoir au moins une soirée « hétéro » hebdomadaire en chantant dans un chœur classique et je participe un tout petit peu à la vie de la paroisse. C’est à ces gens qu’il faudrait poser la question. On me dit parfois que j’ai l’air d’un bon père de famille, dans la moyenne, sérieux, sans trait caractéristique particulier. Cela convient à ceux qui sont pour la banalisation de l’homosexualité et cela déplaît à ceux veulent être représentés par des stars, c’est-à-dire des gens à la personnalité charismatique, glamour et flamboyante. Quelle ironie : mai 68 était censé avoir mis fin à une oppression bourgeoise séculaire des minorités basée notamment sur les convenances, et trente ans après des gais continuent de miser sur le look, les apparences.

> Pour quelles raisons t’es-tu engagé auprès de Pink Cross ?

Mon premier engagement dans la militance gaie s’est fait en créant un groupe gai et chrétien en 1988. A l’époque, c’était ma première préoccupation : articuler la foi et l’homosexualité. Par la suite, j’ai pris conscience de la nécessité d’agir sur un plan politique au niveau national, plutôt que de me limiter au pré carré de mes préoccupations initiales. J’avais mis le doigt dans l’engrenage. Il y a aussi des motivations plus personnelles : l’envie de rencontrer, de côtoyer d’autres gais d’au-delà de la Versoix ou de la Sarine qui s’engagent. C’est un autre rapport, un autre contact que… disons… dans les bars ou les saunas (même si par ailleurs une chose n’exclut pas une autre). D’abord, ce fut en tant que membre du Comité de Pink Cross. Puis les circonstances ont fait que je me suis trouvé disponible pour me risquer à succéder au premier secrétaire romand à Yves de Matteis.

J’ajouterai, pour terminer, que depuis trente-deux mois, mon engagement pour la cause a pris une autre résonance, encore plus concrète, dans la mesure où il y a maintenant quelqu’un avec qui je serais susceptible de pacser.

propos recueillis par Fred