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Société
Karine, lesbienne de l’année Lesbiennes, gays et beauté Faut-il craindre 2005 ?
Point de vue
Se battre pour le mariage
pour mourir de solitude ?
par  Frédéric Gloor, le lundi 13 décembre 2004, vu 183 fois
Tags : - Mariage

Pour ou contre le mariage gay, si le débat dérive inlassablement, n’est-ce pas qu’au fond l’institution est malade d’un mal nommé solitude ? Le débat ne devrait-il pas s’ouvrir à ces questions de société : Que représente le fait de s’engager envers une autre personne ?

Solitude autour du monde

Dans le nord de l’Inde homophobe, j’ai rencontré un homme qui m’a parlé de son envie de trouver une jeune fille et de se marier – comme tout le monde. Cet homme a essayé par tous les moyens indirects de faire comprendre à un touriste qu’il le trouvait attirant et qu’il avait très envie d’entamer une relation avec lui. Il était homo et ne pouvait pas l’exprimer. Il ne sera jamais gay parce qu’il ne pourra vivre que des relations homosexuelles cachées clandestines. Il se mariera certainement dans son grand village afin de faire plaisir à sa famille et sa communauté. En Inde, l’homosexualité est un tabou qui contraint les gens à l’isolement.

Dans un lieu animé du Costa Rica, un gay me l’a confirmé : il est très difficile d’entamer une relation sérieuse avec quelqu’un. Les gens sont individualistes et craignent de perdre leur liberté. Quelle stupide idée que de penser qu’aimer une personne est synonyme d’esclavage !

En Californie, où les lesbiennes et les gays ont une reconnaissance sociale élevée, des gays se sont retournés sur le couple que nous formions ouvertement mon ami et moi. Car ce qui choque à Castro (quartier gay de San Francisco), ce n’est pas d’être gay, mais d’être en couple.

Fallait-il aller au bout du monde pour se rendre compte de l’isolement ? Combien de gays en Suisse se plaignent de ne pas rencontrer un personne qui désire s’engager ? Combien d’heures sont perdues sur les « chats » sans que les discussions n’aboutissent ne serait-ce qu’à une simple rencontre ?

Pour ou contre le mariage gay : ce débat n’a pas de sens

Si l’on peut comprendre (sans l’accepter) la solitude des homos en Inde, en Jamaïque ou ailleurs, on peut se demander si la bataille actuelle, pour faire accepter les unions homosexuelles, a véritablement un sens.

Dans un camp, les gays et les lesbiennes demandent des droits pour leurs couples. La majorité n’est pas en couple et n’en profitera pas.

Dans l’autre camp, les fondamentalistes craignant une éventuelle destruction du concept du mariage en l’ouvrant aux homos. Comment et pourquoi quelques couples de gays et de lesbiennes, en officialisant leur union, vont-ils tuer la famille ? Cette dernière n’est-elle pas déjà autrement malade ? Actuellement, les douleurs familiales sont dans les familles décomposées, recomposées, divorcées, pères séparés de leurs enfants, nouveaux concepts généralisés de demi-frères ou de « fille de la nouvelle femme de mon père »…

Les homos veulent-ils vraiment des droits s’ils ne seront pas capable de les utiliser ? Et pourquoi les hétéros fondamentalistes veulent-ils sanctionner les homos pour leurs mariages qui tournent mal ? Dans les deux camps, le problème est le même : la maudite solitude frappe tous les êtres humains, la peur de s’engager pour l’autre, de perdre sa liberté est un phénomène touchant toutes les sexualités.

La reconnaissance légale d’un couple gay ou lesbien au même titre qu’un couple hétéro est un premier pas. La loi ne pourra pas offrir plus. Implicitement, en admettant cette égalité au sujet des unions, il reconnaît la personne homo au même titre que la personne hétéro. Le second pas devra être fait conjointement toutes sexualités confondues, pour que l’on ne meure plus de solitude, et là, une loi ne sera pas possible : nous devrons tous réfléchir au sens d’une union : pourquoi s’engager pour un/une autre ? quel est le sens d’une union ?

Une campagne d’affichage présentait ce printemps en Californie une publicité mettant en scène une gay pride. Les slogans portés par les gays et les lesbiennes étaient « Non à la cigarette » ou « le Tabac Tue ». En bas de l’affiche on pouvait lire : « Je ne me suis pas battu pour les droits des gays pour mourir ensuite du cancer ». S’il est en effet idiot de mourir d’une maladie après avoir gagné des droits, il est encore plus idiot de mourir seul après avoir obtenu l’autorisation de se marier.


Note : je définis le terme « sexualité » comme une relation entre personnes consentantes, ayant atteint la majorité sexuelle.

Vous avez peut-être déjà lu ce texte dans une forme plus courte : il a en effet déjà été publié dans le programme janvier-février du 43&10 club de Lausanne.