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Où en sont les droits des homosexuels dans le monde ?
Policiers homophobes à Paris
par  Christophe, le mercredi 27 juillet 2016, vu 502 fois

"Tu le suces ton copain ?"

Des propos homophobes par des policiers à Paris à deux jeunes gays d’ une vingtaine d’années, il y a une semaine...Incroyable....

Mercredi soir, le 20 juillet 2016, nous rentrons d’une soirée en scooter, place de la République. Deux cyclistes se font emmerder par une voiture. Vitres baissées, le conducteur hurle. L’un de nous lui demande de la fermer. En se retournant, on se rend très vite compte que l’un des occupants a une arme et qu’il s’agit de policiers en civil dans une voiture banalisée.

Façon cow-boys, ils allument leur gyrophare et nous obligent à nous arrêter. Trois hommes sortent de la voiture, agitant un brassard de police. Ils semblent surexcités. Nous ne faisons pas les malins : nous sommes en plein état d’urgence. Nous savons qu’ils peuvent faire de nous ce qu’ils veulent.

"Tu le suces ton copain ?"

Ils nous séparent et nous font vider nos poches. L’un de nous deux, les mains derrière la tête, subit une palpation brutale, avec notamment une pression sur le plexus qui lui coupe la respiration.

"Tu habites où le bobo ? C’est qui le mec avec toi, c’est ton frère ?"

Quand ils comprennent que ce n’est pas le cas mais que nous sommes en couple, les insultes fusent :

  • "Tu le suces ton copain ?"
  • "Il te défonce hein, pédé !"

Tétanisé il ne répond pas, il baisse la tête.

Pendant ce temps, l’autre subit quant à lui un étrange interrogatoire par un flic qui n’est visiblement pas dans son état normal :

"Vous faites les malins mais si vous étiez des loulous des cités ça se serait pas passé comme ça, on vous aurait défoncé, vous seriez morts !"

"Vous avez de la chance d’être tombés sur nous !"

L’orsqu’ils nous demandent ce que nous faisons dans la vie, le ton change : l’un de nous est étudiant et l’autre est… collaborateur de Ian Brossat, maire adjoint de Paris en charge du logement.

Subitement les brutalités et les insultes s’arrêtent, le ton se fait plus rond :

"Vous avez de la chance d’être tombés sur nous !"

Mieux, les trois hommes rentrent dans leur voiture et partent vers d’autres aventures. On est effarés par leur comportement ouvertement homophobe, mais décidés à ne pas en rester là. On prend la décision de raconter l’histoire sur les réseaux sociaux. Nous recevons alors beaucoup de messages d’indignation et de soutien, mais aussi… de nouvelles insultes homophobes.

On croit souvent qu’être homosexuel à Paris est plus facile. Parce que Paris est une des villes comptant la plus forte population homosexuelle, parce qu’elle a été l’une des premières capitales à avoir un maire ouvertement gay. Mais ce n’est pas forcément vrai.

"Sales pédés, c’est mal ce que vous faites !"

Rien que ces derniers mois, on s’est pris une baffe en s’embrassant Gare du Nord, on s’est fait demander qui "enculait l’autre" à St-Michel parce qu’on se tenait la main, on s’est fait menacer dans un square en plein troisième arrondissement sous prétexte que "des enfants pouvaient nous voir". Il y a dix jours, l’un de nous, en compagnie d’un ami, s’est même fait poursuivre dans notre quartier du Sentier par un homme criant "Sales pédés, c’est mal ce que vous faites !".

Ceux qui croient que Paris est un paradis pour les personnes LGBT se trompent lourdement.

C’est comme si certains voulaient nous punir d’être un couple normal, qui se tient parfois la main dans la rue, qui s’embrasse en public, comme n’importe quels autres amoureux. D’où l’intérêt d’espaces communautaires, du Marais et de la Gay Pride par exemple, qui nous permettent d’être "normaux parmi les marginaux".

Les dépositaires de l’autorité exacerbent le discours de haine

Bref, l’homophobie est une réalité quotidienne. Et le comportement des policiers montre que les choses ne sont pas prêtes de changer : ce sont les dépositaires de l’autorité qui valident et exacerbent le discours de haine.

Si l’agression subie nous a choqué, nous ne sommes pas surpris par le comportement de certains policiers. On sait que le contrôle au faciès est une réalité pour ceux qui ne sont ni vieux ni blancs. Ayant fait (presque) toutes les manifestations contre la Loi Travail, nous avions d’ailleurs déjà vu de quoi les policiers étaient capables. Une de nos camarades s’est par exemple fait casser le poignet à coup de pied par les CRS…

Une chose est sûre : homophobie quotidienne, contrôle au faciès, violences policières, nous ne devons pas nous résigner à cet état de fait. Les choses doivent changer.