Accueil du site > Infos > International > Pologne Le plombier est-il (...)
International
Iran Un crime nommé homosexualité Rammstein commet un titre ambigu sur l’homosexualité « Mann (...)
Pologne
Le plombier est-il homophobe ?
par  Frédéric Gloor, le lundi 31 octobre 2005, vu 389 fois
Tags : - Homophobie - Pologne

Si le beau plombier polonais de l’affiche dit rester dans son pays, la situation politique risque de se déteriorer encore pour les gays polonais après l’élection d’un président de la droite ultra-conservatrice.

Le plombier polonais

Je reste en Pologne, venez nombreux”. C’est un fabuleux coup médiatique que l’Office du Tourisme polonais a lancé en publiant une affiche présentant un plombier au grand charme sur fond d’images vantant les beautés naturelles de la Pologne.

Ce fameux plombier polonais est né de la campagne référendaire française sur la Constitution Européenne. Il représentait la main d’œuvre bon marché, prête à déferler dans les régions riches de l’Union, menaçant ainsi l’emploi des Français. L’image du plombier polonais a été utilisée aussi bien dans le camp du “oui” que celui du “non”.

Reprenant cette image insultante, l’Office du Tourisme polonais a créé une affiche publicitaire présentant un superbe mannequin sous les traits du fameux plombier, à mi-chemin entre “Les dieux du Stade” et “Village People”. C’est ainsi que l’on nous propose de délocaliser nos vacances chez le plombier polonais. Selon l’Institut de Tourisme polonais à Paris, ce sont près de 100 000 touristes français qui auraient visité la Pologne durant le premier semestre 2005, soit une augmentation de 14,9 % par rapport à la même période, une année plus tôt.

Homophobe, le plombier ?

Sur le site internet de l’Office du Tourisme polonais, un Belge a écrit dans le forum : “Votre dernière campagne de publicité (...) arrivera-t-elle à faire oublier aux voyageurs homosexuels, clairement visés par cette publicité, les violations des droits des homosexuels en Pologne et l’homophobie qui stigmatise votre pays ? Personnellement, j’en doute...”

Le 23 octobre, Lech Kaczynski, candidat conservateur au poste de président de la Pologne, obtient plus de 55 % des voix. Maire de Varsovie, il s’était fait remarquer aux yeux de la communauté lesbigay pour son opposition à la Pride, qu’il avait fait interdire pour la seconde fois. En contrepartie, il avait permis une manifestation d’intégristes religieux. Selon les observateurs, Lech Kaczynski fait partie de la droite catholique la plus réactionnaire d’Europe. Opposé dans l’élection au libéral Donald Tusk, il se distinguait de son adversaire par la volonté de réformer moralement le pays plutôt qu’économiquement. Opposé à l’euthanasie, il est toutefois partisan de la peine de mort.

Dans la semaine qui a précédé son élection, une rumeur de fausses bombes déposées dans le centre de Varsovie par un commando appelé «  Les brigades de la force gay » avait été propagée. Mais rien ne nous dit que ces brigades existent réellement. Il y a une probabilité qu’il s’agisse d’une mise en scène des conservateurs dans le but de diaboliser les homosexuels et de justifier ainsi le besoin d’un renouveau moral pour retrouver la sécurité.

À peine en place, la nouvelle majorité annonce le remplacement du Bureau de Porte-parole du gouvernement pour l’Egalité entre les hommes et les femmes par un Bureau de l’Aide à la famille. Cette nouvelle institution est appelée à propager l’idéologie de la famille catholique traditionnelle, remplaçant ainsi l’ancien bureau qui, depuis 2001, soutenait les féministes et le milieu LGBT polonais et était devenu "symbole de liberté et d’égalité" des sexes et des personnes (selon Le Quotidien de Têtu 28/10/05). Cette première action gouvernementale est tout un symbole du renouveau moral qui va restreindre les droits des gays et des lesbiennes en Pologne.

De son côté, l’Union Européenne promet de surveiller la situation. Selon l’article 7 du Traité de Nice, les membres qui enfreignent les conditions d’adhésion sur la protection des minorités et la peine de mort peuvent se voir retirer leurs droits de vote pendant les rendez-vous inter-ministériels.