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Société
Enquête PARSHIP.ch : Recherche de partenaire(s) et de relation(s) (...) Une liste d’homos dans les calepins des gendarmes
Post Ténébras LOVE
Pride Romande Genève 2011
par  la rédaction, le lundi 20 juin 2011, vu 822 fois

Nous avons les mêmes devoirs, nous voulons les mêmes droits !

En sommeil depuis 2008 et l’édition biennoise, la Pride romande se réveille le 2 juillet à Genève. Au slogan de « Post Tenebras LOVE », clin d’oeil subversif à la devise de la Cité de Calvin « Post Tenebras Lux », les manifestant·e·s réclameront l’inscription du délit d’homophobie dans la loi, la levée de l’interdiction d’adopter et la fin de la stérilisation forcée pour les personnes trans. Avec un défilé d’une rive à l’autre, un village au coeur de la ville, une grande soirée au stade, c’est à Genève que seront celles et ceux qui ne veulent plus se contenter des mêmes devoirs, mais obtenir (enfin !) les mêmes droits.

Le mot du comité
Pourquoi une Pride en 2011 ?

Pourquoi une Pride à Genève en 2011 ? Six ans après la loi sur le Partenariat, la vie des lesbiennes, des gays, des bi, des trans, des intersexes et des queer (LGBTIQ) n’est-elle pas formidable  ? Certes, elle s’est améliorée, mais il reste beaucoup à faire.

En 2011, 76 nations condamnent encore l’homosexualité et 7 la punissent de mort. Même dans les pays où l’homosexualité ne tombe plus sous le coup de la loi, les discriminations et les agressions physiques ou verbales sont fréquentes envers la communauté homosexuelle. Elles frappent davantage encore les personnes trans, toujours aux prises avec un monde psycho-médical trop souvent dégradant.

Dans certaines régions, y compris dans une Europe soumise à la pression croissante des courants nationalistes et conservateurs, les autorités, au prétexte de la sécurité publique, mènent la vie dure aux militant·e·s LGBTIQ, comme l’ont encore montré très récemment l’annulation de la Pride du Monténégro et la violente répression de la Pride de Moscou.

En Suisse, aucune loi ne protège les communautés homosexuelle et transgenre contre les insultes et le dénigrement. Mobbing et harcèlement sont fréquents à l’école, dans les milieux sportifs, sur le lieu de travail. Une discrimination administrative touche les homosexuel·le·s et, plus encore, les personnes transgenres qui, qu’elles soient homo- ou hétérosexuelles, doivent mener un combat douloureux contre l’ignorance et les préjugés. Nous avons des obligations militaires, nous payons nos impôts, nous devons assistance aux enfants que nous élevons, comme n’importe quel·le citoyen·ne. Mais, contrairement aux autres citoyen·ne·s, nous ne pouvons ni nous marier, ni adopter ou avoir recours à la procréation médicalement assistée. Nous avons les mêmes devoirs, nous voulons les mêmes droits !

Nous menons un combat quotidien contre l’obscurantisme, un combat que certain·e·s ont payé de leur vie, et c’est au slogan de « Post Tenebras LOVE » que nous manifesterons ce 2 juillet pour réclamer, entre autres, l’inscription du délit d’homophobie dans la loi, la levée de l’interdiction d’adopter pour les couples partenariés et la fin de la stérilisation forcée pour les personnes transidentitaires. Après les ténèbres, l’amour. Car il s’agit bien de cela : l’amour de nos conjoint·e·s, l’amour de nos enfants, l’amour de nos ami·e·s et de nos proches et, avant tout, l’amour de nous-mêmes  !

Avec un défilé d’une rive à l’autre, un village au cœur de la ville, une grande soirée au stade, c’est à Genève que seront celles et ceux qui ne veulent plus se contenter des mêmes devoirs, mais obtenir (enfin !) les mêmes droits. Alors, que vous soyez homo, bi, trans, queer, hétéro, si vous partagez nos revendications, joignez-vous à cette journée des fiertés le 2 juillet à Genève !

Justice, adoption, transidentités
3 revendications principales

La Pride romande 2011 fera entendre une triple revendication : pour inscrire la protection contre les discriminations dans la Constitution, pour les droits des parents homos et de leurs enfants et pour la dignité des personnes trans.

Parce que rien n’éclaire mieux qu’un exemple, nous avons demandé à trois acteurs majeurs de la cause LGBTIQ de nous parler des discriminations qui les concernent particulièrement et qui motivent leur combat, celles qui en font des citoyen·ne·s suisses de seconde zone.

Retrouvez les interviews d’Yves de Matteis, Chatty Ecoffey et Niels Rebetez.

Post Tenebras JUSTICE

Ancien membre du comité de Dialogai, co-fondateur de 360, membre d’honneur de Lestime, ancien secrétaire romand, puis co-président de Pink Cross, Conseiller municipal vert pour la Ville de Genève, un des premiers pacsés genevois, Yves de Matteis dédie une partie de sa vie au combat pour les droits des personnes LGBT . Né dans un milieu plutôt aisé, il aurait pu suivre une voie toute tracée, se consacrer à sa carrière d’enseignant et adhérer au Parti Libéral, comme son père, mais c’est méconnaître Yves. Aujourd’hui encore, il défend ardemment ses convictions sociales, à commencer par les droits des personnes handicapées. Il travaille pour le Bureau de l’intégration des étrangers où il s’occupe notamment de la lutte contre le racisme.

Depuis quel âge vous battez-vous pour les droits des homosexuel·les ?

J’avais 14 ans, quand j’ai été confronté à un premier cas d’homophobie, au Cycle d’orientation. J’étais gay, mais cela ne se voyait pas, contrairement à un de mes camarade de classe. Ce dernier était constamment pris à parti, y compris par les filles qui avaient détourné une chanson d’Annie Cordy pour le traiter de « pédale ». J’étais révolté même si, a priori, cela n’avait pas l’air de trop le traumatiser. Mais je me suis dis que si un jour, je pouvais d’une manière ou d’une autre faire quelque chose pour que cela n’ait plus lieu, j’agirais. Bien sûr, les enfants ne sont pas tendres entre eux, moi on me traitait d’intello ou de « fils de bourge », mais jamais de pédé. J’ai revu ce camarade de classe des années plus tard et appris qu’il était passé par la drogue, l’alcoolisme et la prostitution, avant de rejoindre une église évangélique.

Un autre événement vous a également profondément marqué…

Oui, à 17 ans, dans le cadre d’un échange scolaire d’une année aux Etats-Unis, un de mes camarades de classe, un Noir, était visiblement gay et personne ne lui adressait la parole. Evidemment, de mon côté, je n’avais pas de problèmes et je lui parlais régulièrement, de même qu’une fille d’origine gitane, donc minoritaire elle aussi. Mais les autres m’ont menacé en disant que si je continuais à lui adresser la parole, je courais le risque d’être mis au ban de l’école. J’ai tout de même continué à le voir, plus discrètement. Finalement, il n’y pas eu trop de conséquences, on m’excusait parce que j’étais un étranger. J’ai appris plusieurs années plus tard que Dany – c’était son nom – avait fait, depuis, de nombreuses tentatives de suicide. Cela a confirmé ma volonté d’agir.

La Constitution genevoise est en pleine refonte, une occasion à saisir pour la communauté homo. Quelles sont ses revendications ?

Il faut inscrire l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans l’article concernant l’égalité et l’interdiction de la discrimination. Il faudrait aussi impérativement que l’éducation aux droits humains devienne systématique, surtout à l’école, et qu’elle inclue le respect des personnes quelque soit leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Il faut également faire en sorte que les familles homoparentales soient considérées comme des familles comme les autres, notamment dans tous les actes administratifs cantonaux et municipaux.

Genève a organisé en septembre 2009 les premières Assises contre l’homophobie, une journée de suivi aura lieu le 5 octobre prochain. Militez-vous dans ce groupe ?

Oui, j’avais rédigé, à l’époque, la motion signée par des membres du Conseil municipal de gauche comme de droite, qui avait, par la suite, été reprise au Grand Conseil. Ces deux motions avaient permis de lancer l’idée et de financer ces premières assises. C’était un premier pas au niveau de l’éducation, une action essentielle. Premièrement, parce que les jeunes sont les plus touchés par l’homophobie ou la transphobie, ils en souffrent et on doit remédier à cet état de choses. Deuxièmement, c’est à ces âges-là qu’on forme ses opinions et qu’on développe ses préjugés, il est donc important de lutter dès ce moment-là contre les préjugés homo- et transphobes. Les assises genevoises étaient une première. Aujourd’hui, je suis impliqué dans la même démarche au niveau romand, avec l’organisation de deux journées sur la Prévention du rejet basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre qui auront lieu les 11 et 12 novembre 2011 à Lausanne.

En 2009, le président des jeunes UDC valaisans a traité les homosexuels de « déviants ». Déboutées par le Tribunal fédéral, quarante personnes ont déposé plainte contre la Suisse devant la Cour de Strasbourg. Votre commentaire ?

Le but in fine est que la Cour de Strasbourg puisse émettre un jugement en défaveur de la Suisse et en faveur des 40 personnes qui ont fait recours. Cela ferait jurisprudence pour notre pays, mais également pour tous les pays du Conseil de l’Europe. Ce ne serait donc pas seulement un progrès pour la Suisse. Toutefois, la Cour pourrait estimer que les pays doivent garder une certaine souveraineté en la matière, ce qui serait assez scandaleux, puisqu’une telle position serait intenable, par exemple, concernant des propos racistes ou antisémites.

La Pride est devenue l’occasion de faire la fête, mais à l’origine c’était bien un mouvement d’opposition qui l’a créée ?

Oui, le 28 juin 1969, c’est la date qu’a retenu l’Histoire pour la première lutte des homos défendant leurs droits. Suite à une descente de police dans le bar Stonewall Inn dans la Christopher Street à New York, des gays, lesbiennes et trans ont résisté, alors qu’en règle générale, les clients selaissaient plutôt faire. Ce moment symbolique a été commémoré sous la forme des Gay Prides pour marquer la résistance au pouvoir et pour protester contre l’Etat qui ne donne pas les mêmes droits aux personnes homo, bi et trans qu’au reste de la population. C’est une démarche éminemment citoyenne qui vise à promouvoir l’égalité et les droits humains.

Etiez-vous déjà dans le groupe qui a lancé la première Pride à Genève en 1997 ?

Oui, l’idée était partie du milieu alternatif, notamment du squat « Chez Brigitte ». Nous voulions faire avancer les droits des personnes homosexuelles. Cette démarche visait à réunir, pour l’occasion, les associations gaies et lesbiennes comme Dialogai et Lestime, le milieu alternatif et des personnes hors associations. Le but n’était pas de faire une Pride genevo-genevoise, mais de lancer l’idée d’une manifestation solidaire, destinée à migrer chaque année dans un canton différent de Suisse romande. L’association 360 allait justement naître de cette première Pride, avec pour objectif d’ouvrir l’association aussi bien aux gays, lesbiennes, qu’aux bi et aux trans qui n’avaient jusqu’alors pas vraiment voix aux chapitre, avec une volonté d’inclure aussi les personnes hétéros, pour les sensibiliser à ces causes.

Vous avez été responsable politique pour les trois premières Prides…

En effet, du fait de cette volonté de solidarité entre les cantons, l’équipe de Genève est venue à Lausanne pour les aider à préparer la Pride de 1998, puis certains Genevois·es et Lausannois·es ont participé à celle de Fribourg, ce qui a permis d’augmenter à chaque fois d’un cran le niveau de la représentation politique. Par exemple, la première Pride à Genève avait réuni des membres des parlement locaux, la suivante à Lausanne des Conseillers d’Etat et à Fribourg, on a eu droit, pour la première fois en Suisse, à un message d’un membre du Conseil fédéral, Ruth Dreifuss, à l’époque Présidente de la Confédération. A chaque fois, on se reposait sur l’expérience précédente pour gagner en crédibilité politique.

Enfin, votre action ne se limite pas à la Suisse…

Non, j’ai également été membre de l’ILGA, fédération mondiale lgbt dont le comité compte deux représentants par continent. En tant que représentant pour l’Europe, j’ai pu participer aux comités de l’ILGA-Europe, qui, aujourd’hui, emploie douze collaborateur·trice·s et a un statut consultatif auprès de l’Union européenne et de l’ONU. Aujourd’hui, les droits des personnes lgbt sont défendus par la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU où des déclarations dans ce sens sont signées par des pays de plus en plus nombreux. Bref, des progrès énormes ont été accomplis en l’espace, finalement, de très peu de temps, ce qui est très encourageant.


Post Tenebras ADOPTION

C’est la figure de proue des familles arc-en-ciel en Suisse romande. Chatty Ecoffey, 41 ans a fait du combat pour le droit à l’adoption sa profession de foi. Il faut dire que, en dépit de son orientation sexuelle, elle n’aurait jamais pu imaginer sa vie sans enfants. Co-présidente de l’association faîtière Familles arc-en ciel et de l’association 360, elle est partenariée avec sa compagne qui a porté les deux enfants dont elles ont rêvé et qu’elles élèvent ensemble.

Vous avez toujours voulu des enfants ?

Toujours, même si je me suis posé beaucoup de questions au début, notamment s’il était légitime pour moi d’en avoir. J’étais convaincue que ce n’est pas notre orientation sexuelle qui fait de nous de bons ou de mauvais parents, mais j’étais habitée, comme tout le monde, par un modèle hétérosexuel de la famille, avec un papa et une maman. Puis, au fil du temps, ma vision a évolué. J’ai réalisé que la force de mon couple nous donnait les capacités pour élever des enfants, ma compagne et moi, sans avoir forcément besoin d’un père investi dans leur vie, car cela aurait été, non plus un projet de couple, mais de groupe. Ce qui ne veut naturellement pas dire que nous avons exclu tout modèle masculin de la vie de nos enfants.

Vous êtes donc la mère non-statutaire de vos enfants. Que se passerait-il si votre compagne venait à décéder ?

On a pris des dispositions. Ma compagne a rédigé un testament dans lequel elle demande que je sois désignée comme tutrice en cas de décès. Mais ce document n’a pas de force contraignante pour le juge, qui peut décider de ne pas le suivre. Donc, malgré ces précautions, nous n’avons aucune garantie. Le seul moyen d’avoir une véritable protection pour les enfants dans un schéma familial tel que le nôtre, serait que j’aie le droit de les adopter en interne, afin que notre réalité quotidienne soit aussi une réalité juridique. Mais cela reste pour l’instant impossible en Suisse.

C’est la raison de votre combat ?

Oui. L’article 28 de la loi sur le Partenariat enregistré interdit l’adoption par le couple et l’accès la procréation médicalement assistée sur sol Suisse. Dans les faits, cette interdiction veut dire qu’un seul des deux parents est reconnu légalement et que l’autorité parentale partagée est impossible. La relation entre l’enfant et sa mère sociale n’est donc pas protégée juridiquement. Les enfants élevés par deux personnes liées par un partenariat enregistré sont donc soumis à traitement inégal comparé à ce qui se passe pour un couple marié. Et c’est injuste. Un jour, alors que je faisais signer la pétition « Mêmes chances pour toutes les familles », mon fils de 8 ans m’a dit : « Mais pourquoi tu devrais m’adopter, puisque tu es déjà ma maman ? » A son âge, il ne peut pas comprendre cette réalité absurde mais les parents sociaux comme moi, c’est-à-dire les partenaires des parents biologiques, n’ont aucun droit, même pas celui de pouvoir inscrire leur enfant dans une crèche !

Pourquoi dites-vous que vous avez les mêmes devoirs ?

Le texte de la loi sur le partenariat indique que l’on doit aux enfants « assistance financière et éducation ». Ma compagne et moi sommes ainsi taxées pour la crèche sur nos deux salaires. Par contre, si je venais à décéder, mes enfants ne pourraient pas toucher une rente d’orphelins ou bénéficier des droits successoraux sur mon héritage. De même en cas de séparation, je « pourrais me voir accorder par le juge le droit d’entretenir des relations personnelles » avec mes enfants, mais pas un droit de garde et je n’aurais pas l’obligation de verser une pension. On ne peut pas d’un côté nous reconnaître de fait une capacité à élever des enfants en nous imposant un certain nombre de devoirs, et de l’autre, ne pas nous donner des droits équivalents. C’est une injustice !

In fine, ce sont donc les enfants qui pâtissent de cet illogisme ?

Oui. Dans d’autres pays, les enfants élevés par des couples de même sexe sont mieux protégés. En France, si votre union est stable et que la mesure respecte l’enfant, vous pouvez partager l’autorité parentale. En Espagne, depuis 2008, le mariage civil est ouvert à tous les couples. C’est désormais une union non-discriminatoire, qui ne fait aucune différence biologique entre les conjoints. La conséquence est que, quand ces couples ont des enfants, on ne fait pas de différence entre les parents. Il y a automatiquement le parent 1 et le parent 2, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

En somme l’ouverture du mariage aux homosexuel·le·s simplifierait tout ?

Oui, nous aurions exactement les mêmes droits que les parents hétérosexuels et nous ne serions plus traités comme citoyen·ne·s de seconde zone. Le partenariat fédéral reste une loi d’exception, réservée uniquement au couples de mêmes sexe. Pourquoi ne pas ouvrir le mariage aux homosexuel·le·s et le partenariat fédéral aux couples hétérosexuels ? Ainsi il n’y aurait plus de différence et de discrimination.

Que réclamez-vous donc ?

Nous demandons la levée de l’interdiction d’adopter inscrite dans la loi sur le partenariat fédéral. Il n’y a malheureusement aucune statistique, mais, en se basant sur des chiffres de l’Allemagne et de la France, on estime entre 6000 et 30 000 le nombre d’enfants qui sont élevés dans des familles arc-en-ciel. On pense à leur bien-être, à leur protection. L’Etat doit prendre en compte cette nouvelle réalité sociale et cesser de maintenir nos familles dans la précarité.

Prônez-vous l’adoption des enfants déjà existants ou des autres également ?

Nous demandons le droit à l’adoption interne, c’est-à-dire au sein du couple, mais également externe, y compris celle d’un enfant adoptable dans un pays étranger. Une personne homosexuelle seule peut adopter, sans restriction, mais on lui refuse ce droit lorsqu’elle est en couple partenarié et décide de fonder une famille. C’est une situation absurde !

Le combat pour le droit à l’adoption est de niveau national, qu’aimeriez-vous voir inscrit dans la Constitution genevoise actuellement en révision ?

Nous souhaiterions que la nouvelle constitution garantisse le principe de non-discrimination des personnes en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre. Elle devrait également garantir la reconnaissance et la protection, dans l’intérêt des enfants, des différentes familles au sein desquelles ils naissent, qu’elles soient monoparentales, recomposées, ou, bien sûr, homoparentales. Cela permettrait, entre autres, d’exiger une formation des professionnels du public et du privé à l’accueil des familles non-conventionnelles comme la nôtre, à commencer par le personnel des crèches et des écoles.


Post Tenebras TRANSIDENTITES

Niels Rebetez est bien dans sa peau. Il se livre en toute franchise à l’exercice difficile de l’interview, en répondant sans détours aux questions posées, même à celles qui peuvent sembler indiscrètes. Son discours est clair, décidé et cohérent. A 21 ans seulement, cet étudiant en Histoire contemporaine de l’Université de Fribourg a déjà eu deux vies, car ce Jurassien des Franches-Montagnes est né sous une identité de fille, qui ne lui correspondait pas du tout ; un malaise qui devient évident vers l’âge de 14 ans. Niels attend trois ans avant de prendre contact avec la Fondation Agnodice, à Lausanne, qui soutient les personnes manifestant une identité de genre atypique. Commence alors pour lui le long parcours de la transition.

Avez-vous rapidement mis votre entourage au courant dès que vous avez réussi à expliquer l’origine de votre malaise ?

Pas à 14 ans, je n’en parlais pas ou de façon très vague à des copains. De toute façon au départ, ce n’était pas très clair pour moi. C’est pourquoi j’ai traîné avant de m’adresser à Agnodice, qui m’a aidé à me lancer dans les démarches, notamment pour me trouver un psychiatre.

Est-ce un passage obligé ?

Oui, c’est obligatoire si on veut passer par le système officiel. Les délais sont en train de raccourcir, on peut parfois obtenir des hormones après trois mois de thérapie, mais moi, quand j’ai commencé, il fallait la suivre pendant un an. J’y allais en moyenne tous les deux mois. Certains praticiens exigent deux séances par semaine, mais la fréquence est parfois liée aussi à des questions d’argent. Le problème est que c’est le psychiatre qui décide ensuite si on peut ou pas accéder aux hormones et/ou à la chirurgie. La décision est entre les mains des « thérapeutes ».

Vous dépendez donc de leur décision ?

Oui, mais c’est biaisé, car certains sont extrêmement binaires dans leur façon de penser et fonctionnent selon des clichés sexistes et normatifs. On ne peut pas se permettre par exemple de dire qu’on n’est pas hétérosexuel, alors que cela n’a rien à voir. L’identité de genre est distincte de l’orientation sexuelle. Les psychiatres sont les plénipotentiaires pour décider si, en fin de compte, vous avez besoin d’une transition ou pas, et parfois ils vous font attendre longtemps. C’est difficile d’être obligé de laisser sa vie entre les mains de quelqu’un d’autre.

S’ils refusent la transition, quelles sont les autres possibilités  ?

Suivre un circuit alternatif, avec des risques différents, en achetant des hormones sur Internet et en se faisant opérer à l’étranger. Ces personnes-là sortent du système officiel. C’est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas avoir de statistiques exactes sur le nombre de personnes trans en Suisse. On sait, par exemple, que le centre hospitalier de Zurich procède à une centaine d’opérations de ce genre par année, mais on n’a pas de détails. Il faudrait pouvoir ajouterles autres hôpitaux de Suisse, notamment celui du CHUV à Lausanne, ainsi que les cabinets de médecins indépendants. Mais une des questions de fond à se poser pour ce type de calcul est la suivante : qu’entend-on par « trans » ?

Et pendant votre parcours, quelle a été la réaction des autres, par exemple de vos parents ?

J’ai la chance d’avoir des parents exceptionnels, qui ont très bien réagi, car ils ne s’occupent pas du « qu’en dira-t-on ». Ils ont compris qu’ils avaient perdu une fille, mais pas leur enfant, et que c’était ça l’essentiel. En plus, ils voient maintenant que je vais bien. Cela se passe bien aussi avec mon frère et ma soeur, ainsi qu’avec mes copains et copines. Beaucoup ont compris que j’allais mieux de l’avoir dit et d’avoir fait mon parcours.

Comment voyez-vous votre avenir ?

J’aimerais, après mes études d’Histoire contemporaine à l’université de Fribourg, réaliser un master en Affaires internationales, pouvoir travailler dans des ONG comme Amnesty International.

Tombez-vous plus facilement amoureux d’une femme ou d’un homme ?

La question ne se pose pas de cette manière, car cela n’a pas de sens pour moi. Ce sont les personnes qui comptent. Je tombe amoureux de quelqu’un, pas d’un sexe. Ce qu’il y a entre les jambes ne rentre pas en ligne de compte dans mon attirance pour une personne, ni son genre. C’est son identité globale en tant qu’être humain qui compte.

Comment qualifie-t-on une personne qui fait une transition ?

« Trans », « transidentitaire », « transgenre », ou autre, cela dépend des personnes. Le mieux est de demander à chacun·e. Mais ne nous appelez plus « transsexuel·le », car c’est un terme que nous rejetons. Cette appellation a été extrêmement mal choisie, au départ par les psychiatres. C’est un terme totalement inapproprié, notamment parce qu’il s’est retrouvé lié à l’orientation sexuelle. Du coup, il y a tous ces clichés, surtout sur les femmes qui passent du masculin au féminin : on dit que ce sont des homos qui n’assument pas et font un changement de sexe pour « devenir hétéros  », mais ce n’est pas qu’une question d’un truc entre les jambes. Désormais, on ne se laisse plus nommer par les autres, parce que les expert·e·s, c’est nous !

Les trans ont donc décidé de réagir ?

Oui, nous ne voulons plus être des victimes et nous sommes décidé·e·s à mettre en avant nos revendications politiques, parce qu’il y a des choses qui ne vont pas ! A commencer par la difficulté à pouvoir changer d’état civil. En Suisse, il faut prouver qu’on est stérile, qu’on n’a pas, ou plus, la possibilité d’avoir des enfants. Il s’agit clairement pour moi d’une forme d’eugénisme héritée du XIXe siècle et dont la Suisse n’est toujours pas sortie. Concernant un autre groupe de population, il est utile de rappeler que la stérilisation forcée des personnes considérées comme handicapées mentales était légale, dans le canton de Vaud, jusqu’en 1985 ! Aujourd’hui, il y a encore les personnes trans qui y sont soumises. C’est une règle qui contredit les principes fondamentaux de la Constitution fédérale, mais aussi toutes les Conventions des droits humains paraphées par la Suisse. Notre pays signe des recommandations sur la façon de traiter au mieux les personnes trans, mais sans jamais les appliquer. Les systèmes psycho-médical et administratif de la Suisse ont vingt ans de retard dans leurs pratiques.

Pourquoi les trans doivent-ils subir cette stérilisation forcée ?

C’est une exigence qui viole le droit à l’intégrité physique. Pour moi, il y a une part idéologique majeure, car cela paraît complètement inconcevable qu’un mec comme moi puisse porter un enfant, alors que, techniquement, c’est possible. Mais les autorités mettent d’abord en avant les problèmes administratifs, parce que, par exemple, si j’obtiens mon changement d’état civil sans stérilisation, biologiquement, je pourrais faire un enfant avec un homme, donc c’est un enfant qui se retrouverait, administrativement parlant, avec deux papas. Mais, à l’heure actuelle, aucune autorité, qu’elle soit administrative ou médicale, ne trouve scandaleux de stériliser une personne trans de 21 ans !

Vous allez donc rester Mlle Niels Rebetez ?

Oui, pour le moment. Mais avec Transgender Network Switzerland (TGNS), notre association nationale, nous travaillons à une charte de bonne conduite pour l’administration, afin de permettre de découpler le titre de politesse du « sexe » inscrit à l’état civil. Il deviendrait donc possible d’être un « Monsieur » de sexe féminin ou une « Madame » de sexe masculin, ce qui faciliterait grandement la vie quotidienne. J’ajoute que le fait d’écrire un courrier avec « Mlle Niels Rebetez » sur l’adresse est passible de poursuites pénales, puisqu’il s’agit d’une atteinte à la sphère privée, d’un coming-out forcé de la part des autorités à chaque fois que vous devez présenter un document officiel. A côté de cela, à part pour ma carte d’identité, je n’ai jamais eu de problèmes, toutes mes autres cartes ont changé : assurance maladie, université, etc. Si je fais un abonnement de train, les CFF ne refusent pas de mettre « M » et se fichent bien de savoir si j’ai un « F » ou un « M » sur ma carte d’identité. Il n’y a que l’état civil qui s’obstine, mais, même quand je vais à leur bureau, personne n’ose me dire « Madame ».

Mais l’abandon de la stérilisation forcée pour un changement d’état civil reste une revendications des trans ?

Bien sûr ! Cette obligation est contraire à la Constitution fédérale et contraire aux droits humains. Nous voulons également que l’Etat renonce à la dissolution forcée des mariages. C’est un autre problème qui nous préoccupe et qui concerne les trans qui étaient marié·e·s avant leur transition. L’Etat exige la dissolution de leur mariage, parce que sinon cela donnerait des couples mariés de même sexe. Mais se marier n’est pas un acte anodin qu’on peut briser comme ça, d’un coup, sur décision administrative. Pour certain·e·s d’entre nous, ce divorce imposé est insupportable. Des politiciens ont proposé de convertir automatiquement le mariage en partenariat enregistré, mais cela n’est pas admissible non plus, car le mariage n’a ni la même valeur juridique ni la même valeur morale que le partenariat. En outre, certaines personnes ne veulent pas être assimilées à des couples homos en étant liées par un partenariat enregistré.

Une Pride, c’est quoi pour vous ?

L’occasion de se mobiliser, de faire connaître notre mouvement qui est en plein essor, d’affirmer qu’on en a marre d’être cantonné·e·s aux questions de médecine et de psy, d’obtenir un changement d’attitude de la part du corps médical et de ne plus être présenté·e·s comme les victimes qu’on voit à la télé. Les trans sont là, ils et elles existent, ils et elles sont capables de se mobiliser et ils et elles ont décidé de prendre la parole qu’on leur a trop longtemps refusée !



L’affiche

Le ton de cette nouvelle édition 2011 est clairement donné par son affiche qui détourne la devise de la cité de Calvin, « Post Tenebras Lux », en un « Post Tenebras LOVE » graffé au spray rose sur un mur de béton.

Un clin d’oeil subversif sans doute, un message politique avant tout. Le canton et la ville de Genève ont beaucoup oeuvré pour les droits des personnes LGBTIQ, avec, notamment, l’adoption du PACS en 2001 ou le lancement d’une coalition internationale des villes contre l’homophobie en 2010. Il faut aller plus loin. Il est en effet urgent que soient inscrits dans notre Constitution le respect des populations LGBTIQ et le principe de non discrimination en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Cette mention, adoptée par l’Assemblée constituante en commission, a été supprimée, comme d’autres droits humains, en séance plénière. Nous demandons son rétablissement dans l’optique d’une nouvelle Constitution genevoise véritablement moderne et progressiste, garantissant le respect et la protection pour l’ensemble des citoyen·ne·s.

L’affiche « Post Tenebras LOVE » est déclinée en trois autres versions rappelant les trois revendications principales de cette Pride 2011 défendues au niveau local, romand et national : Justice, Adoption et Transidentités. (cf. les interviews supra)


Programme de la journée

  • 14h : une parade d’une rive à l’autre

Comme en 2004, date de la dernière escale de la Pride à Genève, le coup d’envoi du défilé sera donné rive droite, à l’entrée du quai Wilson (place Chateaubriand) à 14h. C’est là qu’auront lieu les discours des représentants associatifs et des personnalités politiques :

  • Pour le comité Pride 2011, Mme Catherine Gaillard et M. Didier Bonny ;
  • Pour l’Etat de Genève, M. Charles Beer, conseiller d’Etat en charge du Département de l’instruction publique ;
  • Pour la Ville de Genève, Mme Sandrine Salerno, conseillère administrative en charge du Département des finances et du logement ;
  • Pour l’Assemblée constituante, Mme Marguerite Contat Hickel, co-présidente ;
  • Pour les trois revendications principales de la Pride 2011, Justice, Adoption et Transidentités, M. Yves de Matteis, Mme Chatty Ecoffey et M. Niels Rebetez.
  • 12h-23h00 : un village associatif au Parc des Bastions

Le défilé traversera les lieux symboliques de la cité, des quais de la rive droite à la Vieille-Ville en passant par le pont du Mont-Blanc, pour rejoindre le Village, installé au Parc des Bastions, aux alentours de 17h. Quel lieu plus symbolique que ce parc si cher aux Genevois et placé sous la garde impassible de nos quatre Réformateurs ? Les stands des associations romandes et nationales offriront une belle image de la vie LGBTIQ suisse dans toute sa diversité. Des restaurants et des buvettes permettront de se restaurer jusqu’à 23h.

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  • 22h30 : une grande soirée festive au Stade

Pour terminer cette journée comme il se doit, la fête se transportera au Stade de Genève pour vibrer jusqu’à l’aube aux meilleurs sons du moment. « Cuni & Schübli sur Urbi en Orbite », la soirée officielle Pride 2011 organisée en collaboration avec 360 Fever, fera trembler les coursives du stade avec In Flangranti, Lulùxpo, DJ Gaëtan aka Kreakydisko et Monoplage.


Le concours de slogan

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Dans un esprit participatif et fédérateur, les organisateurs appellent le public à choisir ses propres revendications en proposant un slogan (un mot, une petite phrase) en s’inspirant, ou non, des thèmes phares de la Pride 2011, « JUSTICE », « ADOPTION », « TRANSIDENTITES », et de toutes les déclinaisons du thème « LOVE ».

Les 50 meilleurs slogans seront immortalisés sur des affiches devant le mur des Réformateurs et soumis au vote du public. Les 4 slogans « coup de coeur » qui auront remporté le plus de suffrages du public se verront récompensés. Les participants sont invités à envoyer, avant le 20 juin 2011, leur(s) proposition(s), accompagnée(s) de leurs prénom, ville et n° de téléphone portable, à concours pride2011.ch

Il n’y a aucune limite d’envoi par personne, mais les organisateurs se réservent la possibilité d’écarter les slogans qui leurs paraitraient inappropriés.


Source : pride2011.ch