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Pride de Lucerne
[1983 - 2005]
La société a évolué,
les gays aussi.
par  Frédéric Gloor, le samedi 11 juin 2005, vu 219 fois
Tags : - GayPride - Lucerne

Le 18 juin prochain, Lucerne accueillera la Pride nationale. C’est la seconde fois qu’une manifestation lesbigay s’y déroule : il y a 22 ans, la manifestation était révolutionnaire et avait attaqué les traditions. Cette année, elle se déroule en partenariat avec les Églises. – En 2006, la Pride reviendra à Lausanne.

Premières manifestations

La première véritable Pride de Suisse a eu lieu à Berne en 1979, sous le nom de Christopher Street Day (CSD). En 1981, ils étaient un petit millier à défiler à Lausanne sous l’étiquette de Pride nationale. En 1983, c’est à Lucerne que la Pride défilait. Dès l’année suivante (1994), Zurich l’a organisée chaque année sous le nom de CSD.

Le tournus romand

Les Pride romandes ont été itinérantes. Organisée à Genève en 1997, elle s’est tenue successivement les années suivantes à Lausanne, Fribourg, Berne, Sion, Neuchâtel, Delémont, avant de revenir à Genève en 2004. C’est dans le canton de Vaud que, selon ce tournus officieux, elle aurait dû être organisée cette année. Or, les Vaudois (de la voix des deux associations régionales VoGay et Lilith) avaient accepté qu’elle se tienne en Suisse alémanique si elle avait une ambition de rassemblement national.

Ras le bol ! En 1983, on n’avait peur de rien

Le poing levé, un jeune homme scande « Ras le bol » sur l’affiche de la Pride Lucernoise de 1983. Cette année-là, il semble qu’on n’avait peur de rien et que les manifestations homosexuelles avaient des parfums révolutionnaires. C’est devant l’Église jésuite de la ville que les participants s’étaient donnés rendez-vous. C’est très clairement contre la tradition et la famille que la manifestation s’est acharnée. Dans la foule qui a traversé la ville, on pouvait lire «  Contre la contrainte à la vie de famille », «  Contre la contrainte à l’hétérosexualité ». Des participants scandaient : « L’institution de la famille est morte », alors qu’un cercueil symbolique représentant la famille a été inhumé près du lieu de rassemblement du pique-nique. Le second degré très sombre s’est aussi attaqué aux préjugés avec une bannière disant « Nous sommes les pédés et bouffons vos enfants ». Des vœux sarcastiques ont été adressés par des artistes aux « entraveurs de loi, aux apôtres de la morale, aux militaires et au pape ». «  Action irrespectueuse des homosexuels » a titré le Luzerner Tagblatt le lundi suivant, reprenant le communiqué de l’agence de presse. Les autres media ont presque unanimement passé le sujet sous silence, provoquant des frustrations chez les organisateurs. Le groupe gay HAB (Berne) a proposé la suppression de ce style de Pride pour les remplacer par des « Journées Gaies » avec discussions et groupes de travail. Dans une lettre publiée dans le journal de l’association bernoise, un lecteur critique la priorité choisie par les organisateurs, souhaitant que l’accent soit mis sur les discriminations. Il était lui-même très concerné puisque le père de son partenaire l’accusait de « soupçon de débauche contre-nature », selon les termes de l’article 194 du Code civil qui interdisait les rapports homosexuels aux jeunes âgés entre 16 et 20 ans. Il est aussi apparu que tous les gays n’étaient pas opposés à l’institution de la famille.

Lucerne 2005

Vingt-deux ans plus tard, la société a mûri, les gays aussi, et les lesbiennes ont rejoint la manifestation (avaient-elles été oubliées, écartées ou s’étaient-elles distancées ? Difficile de le savoir a posteriori). Organisée l’année où le partenariat pour couples de même sexe a été accepté par un très large 58 % de oui, la Pride nationale de Lucerne sera l’occasion de se retrouver pour fêter cette avancée législative importante. La paix a été signée avec la religion (enfin presque), puisqu’une célébration œcuménique aura lieu en l’Église des Franciscains sous le nom de « Je m’en remets à ton amour », n’en déplaise à la Secte d’Écône qui tentera de contre-manifester le 18 juin, jugeant cette célébration religio-gay comme « une provocation sans précédent et un blasphème ». On se souvient qu’à Sion, en 2001, une dizaine de catholiques avaient manifesté en prière devant la cathédrale pendant la durée du cortège lesbigay.

Lausanne en 2006

Les Vaudois semblent prêts à se lancer une nouvelle fois dans l’aventure. Si quelques voix s’étaient levées pour qu’elle se tienne dans une ville moyenne du canton (Échallens, Moudon, ...) il semble que les forces vives sont au chef-lieu et y resteront. C’est donc Lausanne qui a été désignée par un petit groupe de volontaires rassemblés autour de VoGay et Lilith la semaine dernière en réunion préparatoire. Le lieu de cette Pride 2006 sera officiellement annoncé à Lucerne la semaine prochaine.