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Quand l’homosexualité est traitée comme une maladie
par  la rédaction, le jeudi 24 juin 2010, vu 249 fois

Une clinique espagnole fait l’objet d’une enquête des autorités catalanes depuis le 17 juin pour avoir proposé un traitement médical censé lutter contre l’homosexualité. Lobotomie, électrochocs ou vomitifs… Ces méthodes barbares ont aujourd’hui (presque) disparu, mais certains persistent à considérer l’homosexualité comme une pathologie.

Une clinique privée de Barcelone, la Policlinica Tibidabo, proposerait aux homosexuels une « thérapie réparatrice » censée les convertir à l’hétérosexualité à coups de médicaments diminuant la libido et de suivi psychologique, révélait dimanche 13 juin le journal catalan El Periodico. La clinique a démenti ces accusations.

Cette cure anti-homosexualité serait le fruit d’une alliance entre le prêtre recteur de la paroisse barcelonaise Virgen de Rosario, qui rabattait ses ouailles déviantes, et d’un psychiatre de la clinique, le docteur Joaquin Munoz. La clientèle serait essentiellement composée de jeunes pratiquants qui jugent leur orientation sexuelle incompatible avec leur religion, a précisé El Pais.

"Personne ne veut être homosexuel, cela vous tombe dessus. S’ils pouvaient changer leur orientation sexuelle grâce à une pilule, 99% d’entre eux le feraient", avait assuré dans le passé Joaquin Muñoz à El Periodico.

L’Espagne reste pourtant relativement en avance en matière de droits des homosexuels : après avoir dépénalisé l’homosexualité en 1979, elle devient en juillet 2005 l’un des rares pays à autoriser le mariage entre homosexuels et l’adoption.

Une enquête a été ouverte mardi par les autorités régionales de Catalogne, pour déterminer, dans un délai d’un mois, si de tels traitements sont effectivement proposés dans l’établissement, qui risque une lourde amende. L’équivalent catalan de l’Ordre des médecins enquête également sur le professeur Munoz.

Electrochocs, vomitifs et lobotomie

L’homosexualité n’est plus considérée comme un trouble psychiatrique depuis 1990, où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la retire officiellement de la liste des maladies mentales. Plusieurs pays, comme la France en 1982, avaient déjà franchi le pas. Pourtant, certains s’obstinent à la traiter comme une pathologie.

« Les débuts de la médicalisation de l’homosexualité remontent au XIXe », explique Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie (IDAHO) et auteur du Dictionnaire de l’homophobie. Les traitements sont alors radicaux. En psychiatrie, la « thérapie d’aversion » reste le plus courant :

«  On présente un objet désirable, comme par exemple une image de femme nue à une lesbienne, et on l’associe à des stimulus indésirables, comme l’électrochoc ou des vomitifs », raconte Louis-Georges Tin.

Le pire reste à venir. Dans les années 30, le Portugais Edgas Moniz théorise la pratique de la lobotomie, notamment pour « guérir » les homosexuels. Il devient par la suite prix Nobel de médecine. Les injections d’hormones, pour « masculiniser » ou « féminiser » les homosexuels, font également leur apparition.

Après la seconde guerre mondiale, ces pratiques barbares se raréfient en Europe et aux Etats-Unis. Mais les pays du sud, Afrique, Amérique Latine et Moyen-Orient en tête, prennent le relais.

« Plusieurs témoignages récents, de Palestiniens notamment, font état de traitements par électrochocs. Mais ces récits sont isolés : honteux, ils sont peu enclins à contacter les médias », assure par exemple Louis-Georges Tin.

Stages de mécanique ou de maquillage

Dans les pays du Nord, les tentatives de conversion des homosexuels n’ont pas disparu pour autant. De très nombreuses associations religieuses continuent de proposer des « thérapies réparatrices », mélange de psychologie et de prières. Leurs leaders affirment tous être d’anciens homosexuels, qui s’affichent désormais en famille (voir la vidéo).

Narth, People can change, ou Gaytostraight... elles constituent le « mouvement des ex-gays », fédéré depuis 1976 au sein de l’organisation chrétienne Exodus, basée aux Etats-Unis. Selon Louis-George Tin, elle regrouperait plus de 4 000 associations à travers le monde. Seules trois d’entre elles sévissent en France, dont Torrents de vie.

Les méthodes ? Suivi psychologique, mais aussi séminaires, livres et DVD...pour des sommes souvent non négligeables.

« Elles vont jusqu’à proposer des stages de mécanique pour les gais, ou de maquillage pour les lesbiennes. Cocasses mais dramatiques pour ceux qui les subissent », explique Louis-Georges Tin.

Ces associations font l’objet de scandales sexuels réguliers. Un membre de Narth a notamment été condamné à dix ans de prison pour avoir agressé sexuellement un autre homme en 2007. Deux des membres d’Exodus sont également à l’origine du projet de loi actuellement débattu en Ouganda, qui vise à instaurer la peine de mort dans certains cas d’« homosexualité aggravée » (récidive ou si la personne est atteinte du sida).

Outre ces affaires, les thérapies peuvent causer de graves dégâts physiques et psychologiques, bien loin des effets escomptés.

« Ces associations développent une culpabilité déjà présente chez ces personnes qui n’assument pas leur sexualité. Elles leur imposent soit une abstinence totale, soit un mariage. Dans tous les cas, le processus s’avère dévastateur : ils en viennent à haïr ce qu’ils sont », dénonce Louis-Georges Tin.

El Periodico raconte l’histoire de l’Espagnol Marc Orozko, qui, en 1995, alors âgé de 20 ans, suit un traitement de quelques mois dans la clinique Dexeus, toujours à Barcelone, car sa famille rejette son homosexualité. En plus de le bourrer d’antidépresseurs, on lui conseille de « se masturber en pensant à des filles ». L’homme explique que ce « traitement » l’a « marqué pour la vie » en accentuant son introversion.

Aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui ont testé la thérapie, pour mieux en constater l’inanité. Internet regorge d’exemples (ici ou , en anglais) de victimes de ces traitements, qui constituent un nouveau mouvement au sein des militants gays : les « Ex-ex-gays ». Ironie suprême, on trouve parmi eux deux des fondateurs de l’Exodus, qui sont tombés amoureux et vivent aujourd’hui en couple.

Source : Les Inrocks