La loi sur le partenariat est acceptée juste avant que son initiatrice soit priée de partir
L’année politique 2004 aura commencé lors de la dernière session des Chambres nationales, en décembre 2003. Au programme : loi sur le partenariat et (ré)élection des nouveaux conseillers fédéraux, sur fond de succès électoraux de l’UDC, qui revendique un deuxième siège au gouvernement. Si le Partenariat Enregistré entre Personnes de même Sexe (PEPS) est adopté par le Conseil national, la session est endeuillée par la non-réélection par l’Assemblée fédérale (Chambres réunies) de celle qui avait permis à cette loi de voir le jour, la conseillère fédérale Ruth Metzler. Cette dernière doit céder sa place et ses dossiers au mentor de l’UDC, Christoph Blocher, qui vient de s’opposer au PEPS de sa voix de conseiller national. Ironie du sort, il aura à défendre la loi en cas de référendum.
Dans les cantons
Au niveau cantonal, Fribourg adopte en mai sa nouvelle Constitution dans laquelle les homos se voient accorder le droit de faire reconnaître leur couple. Neuchâtel permet un partenariat cantonal et devient, après Genève et Zurich, le troisième canton à en faire autant. Dans le canton de Vaud, le conseiller d’État socialiste Pierre Chiffelle, qui s’était engagé à proposer une loi sur le partenariat, démissionne pour raisons de santé. Il est remplacé dans son dicastère par Jean-Paul Mermoud, UDC peu homophile.
Une visite du Saint-Siège
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II, chef de l’Église catholique apostolique et romaine, entreprend un voyage de quelques jours en Suisse pendant lesquels il passera en revue ses troupes et s’entretiendra avec le Conseil fédéral. Ses positions sont claires : non au préservatif et non à la reconnaissance des couples homosexuels. La LOS et Pink Cross demandent au Conseil fédéral d’aborder avec le pape la question de l’ingérence de l’Église catholique dans les affaires intérieures des États, s’agissant notamment des partenariats entre personnes de même sexe et des manœuvres du Vatican à l’ONU pour faire capoter la résolution brésilienne visant à défendre les droits des personnes homosexuelles. Les associations vont plus loin : L’Église catholique romaine est responsable de la persécution et de l’humiliation d’homosexuels pendant des siècles. [...] Aujourd’hui, alors qu’il est évident que la compréhension de l’homosexualité de l’Église est aussi fausse que la représentation du soleil tournant autour de la terre, LOS et PINK CROSS n’exigent non seulement des excuses, mais un changement de direction et une contribution active à l’intégration des lesbiennes, des bisexuels et des gays dans la société. Errare humanum (même pour le Saint-Siège), perseverare diabolicum...
Au même moment, lors de la CSD zurichoise, le traditionnel « Stonewall Award », prix remis à une personnalité ou un mouvement s’étant particulièrement distingué par son engagement en faveur de la cause gay, est revenu à la Ligue suisse des femmes catholiques. Rappelons qu’elles ont non seulement pris position en faveur du partenariat, mais également de l’adoption, et qu’elles ont organisé la venue de l’exposition « Le Bus », traitant de l’homosexualité, dans quelques localités de campagne.
La fierté passe de Genève à Lucerne
Sept ans après la première manifestation et au terme d’un tournus romand, la Pride revient à Genève. Ce sont 15 000 participants qui sont recensés le jour du défilé. La cité du jet d’eau vibre au son d’une alerte rose plusieurs jours durant. Il était question que le Tessin organise une Pride en 2005. D’autres parlaient de Lausanne dans un retour logique de tournus. C’est l’idée de la Pride nationale qui aura abouti, et Lucerne de s’imposer comme lieu du rassemblement LGBT 2005.
Le référendum contre la loi du partenariat
Le 19 juin, la loi fédérale sur le partenariat enregistré entre personnes de même sexe (loi sur le partenariat, LPart) est définitivement adoptée au Conseil national commeau Conseil des États. L’UDF et le PEV accompagné par des ténors de l’UDC, première force politique de Suisse, se lancent dans la récolte de signatures pour demander un référendum afin que la loi n’entre pas en vigueur.
Le 7 octobre, le comité référendaire dépose 67 000 signatures à la Chancellerie fédérale. C’est 17 000 de plus que nécessaire. À noter que les feuilles de signatures ont circulé au travers d’un cercle de personnes organisées : il n’y a pas eu de récolte dans la rue, les opposants craignant de devoir affronter des réactions trop fortes et de se montrer impopulaires. Le Conseil fédéral ayant décidé de supprimer la première date de votations de 2005 du calendrier, le peuple sera vraisemblablement appelé à se prononcer sur le PEPS le 5 juin, en même temps que sur les accords de Schengen et de Dublin, ce qui garantit la mobilisation de la frange la plus conservatrice de l’électorat...
Le 23 octobre, entre 4 500 et 6 000 personnes manifestent à Berne en faveur du PEPS et demandent à ce que la LPart soit acceptée. C’est le lancement de la campagne OUI/JA/SI pour le référendum.
Les opposants sont de mauvaise foi
Alors que l’UDF, de la voix de son secrétaire romand, dénonce l’hétérophobie dans les discours de certains gays, Suzette Sandoz, ancienne députée vaudoise au Conseil national et opposante déclarée à la loi sur le partenariat enregistré, dénonce ceux qui dénoncent les homophobes. Dans un article paru dans Le Temps du 29 novembre 2004, Suzette Sandoz tente de clouer au pilori le politiquement correct progressiste, lui préférant de loin une bien-pensance conservatrice qui s’essaie à la position de l’opprimé. Prenant notamment l’exemple de la non-élection de l’homophobe Rocco Buttiglione à la Commission européenne, la juriste en tire la conclusion que la liberté d’opinion n’est plus garantie. Or, Suzette Sandoz semble délibérément oublier que Rocco Buttiglione a pu exprimer et peut continuer à déclamer sur tous les toits qu’il considère l’homosexualité comme un péché. Et que la majorité du Parlement européen (un organe élu !) est libre de rejeter une commission qu’elle juge inapte à défendre les valeurs qu’elle entend promouvoir : c’est là le principe même de la démocratie.
L’Église protestante
L’Église évangélique réformée du canton de Zurich introduit définitivement les bénédictions de couples de même sexe. Ainsi en a décidé le synode le 23 octobre, sur la base des bonnes expériences faites pendant une phase d’essai de cinq ans. Depuis octobre 1999, les pasteurs zurichois avaient l’autorisation de procéder à des bénédictions de couples de même sexe. Même si peu de couples ont fait usage de cette possibilité, les expériences ont été éminemment positives : il n’y a pratiquement pas eu de protestations chez les protestants.
Le 15 octobre a pris fin la consultation lancée par l’Église réformée vaudoise sur la question de l’ordination des prêtres homosexuels. Un groupe de travail va maintenant s’atteler à analyser les résultats et transmettra ses conclusions et propositions au Conseil synodal, qui se prononcera courant 2005. Contrairement à Zurich, le débat vaudois a fait des vagues dans la presse.
Les médias gay romands
Alors que le magazine 360° venait de lancer sa nouvelle formule gratuite et mensuelle, il semble en cette fin 2004 que l’évolution n’est pas morte : une remise en question constante de la rédaction aboutira en 2005 à un magazine plus ouvert sur l’hétérosexualité. Certainement aussi un moyen de mieux faire entendre la voix lesbigay dans le public majoritaire.
L’association VoGay, pour sa part, fait également évoluer son petit Journal en lui donnant des couleurs, en augmentant son tirage et en le diffusant dans la majorité des lieux gay romands.
Du côté d’Internet, après deux ans de silence, swissgay.ch se réactive et s’auto-proclame premier site gay romand. Le site Internet des soirées Jungle fait peau neuve (et quelle belle peau !) sous le nom de gay-party.net. On note aussi l’arrivée de rainbownight.com, un nouveau portail offrant les fonctionnalités de petites annonces, photos, courrier électronique gratuit, soirées, guide... gayromandie.ch continue pour sa part d’offrir un contenu rédactionnel et d’informer sur la vie gay romande et internationale.
À l’été, le forum du site boyinstinct.ch est le théâtre d’un débat sur les soirées mousses des Jungle. Certains gays bien-pensants dénoncent en des propos calomnieux l’esprit libertin qui régnait lors de cette soirée.
Fermetures
La fin d’année est assombrie par les annonces de fermetures du bar « Au tour du monde » à Genève ainsi que de l’unique librairie gay et lesbienne de Suisse romande : Ô mots doux fermera définitivement les portes de son magasin de Genève le 26 janvier 2005. La librairie ne disparaît cependant pas complètement, puisqu’elle poursuivra ses activités sur Internet et tiendra des stands lors des grandes manifestations homosexuelles.
Du côté de Berne, les histoires se succèdent et se ressemblent : attirant un public gay bien moins nombreux qu’escompté, après trois mois d’activité, les patrons du Prinzclub se tournent vers le public hétéro et renoncent à travailler avec des DJ du milieu gay
2005
Avec la votation de la loi sur le partenariat, 2005 entrera dans l’histoire gay et lesbienne de Suisse. En cas d’acceptation, le pays rejoindra les nombreux autres pays qui ont déjà décidé d’offrir des droits aux homos (de manière plus ou moins étendue). En cas de refus...













