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Prévention
Alerte : une nouvelle IST arrive en Suisse ! Faut-il repenser les campagnes de prévention contre le sida (...)
SUISSE - SIDA :
Les homosexuels
se protègent moins
par  la rédaction, le jeudi 12 février 2009, vu 329 fois
Tags : - Suisse - SIDA - VIH - Dépression

VIH. Le nombre de tests positifs chez les gays a doublé depuis 2003. En cause, un usage plus irrégulier du préservatif.

Les slogans contre le sida ne font plus mouche. Selon une étude publiée la semaine dernière par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les gays délaissent de plus en plus le préservatif. L’an dernier, les nouvelles infections au VIH ont encore augmenté dans cette catégorie de population. En 2008, quelque 327 homosexuels ont été dépistés positifs au virus du sida. Le chiffre peut sembler minime. Mais plus de 50% des séropositifs ont contracté la maladie moins de six mois avant le test. Plus inquiétant encore : le groupe le plus touché est celui des hommes âgés de 35 à 45 ans.

Cette proportion, alarmante, interpelle les spécialistes et met en question les multiples campagnes de prévention à ce sujet. « On assiste effectivement à une nouvelle flambée épidémique chez les gays », s’inquiète Steven Derendinger, président de l’association VoGay. Bien sûr, la Suisse n’est pas la seule à connaître cette tendance. Et la probabilité d’attraper le virus est « plus importante chez les homosexuels », tient à préciser David Perrot, directeur du Groupe sida Genève. « Les pratiques à risques y sont plus fréquentes », ajoute-t-il. En Suisse, environ 10% des gays sont séropositifs, selon les chiffres de l’Aide suisse contre le SIDA (ASS). Dans ce contexte, les homosexuels ont plus de difficultés que les hétérosexuels à trouver un partenaire séronégatif...

Mais cela n’explique pas tout. Pourquoi utilisent-ils de moins en moins de préservatifs lors des rapports ? Pourquoi ces hommes de 35 à 45 ans, qui ont pourtant connu les années noires du VIH, relâchent-ils leur attention vis-à-vis du virus ?

Dépression. Diego Lindlau, directeur de SID’Action-Lausanne, évoque une certaine lassitude par rapport au discours préventif, martelé depuis vingt ans sans interruption. D’autres soulignent que, grâce à la trithérapie, le VIH n’est plus perçu comme une maladie mortelle. Julien*, 47 ans, est séropositif depuis trois ans. Il ose une autre hypothèse. « La plupart des hommes que je fréquente dans les saunas ou les backrooms n’ont pas vraiment d’objectifs à long terme, dit-il. Leur profil est toujours le même : des cadres qui travaillent pour gagner de l’argent, sortent le soir et n’ont aucun projet de vie. Pour ces personnes, qui sont seules et sans vision d’avenir, quelle importance de contracter le virus du sida ? » Vincent Jobin, responsable de la santé sexuelle à l’association Dialogai, est d’accord avec cet argument. « Dix-huit pour cent des gays en Suisse souffrent de dépression et ne sont pas forcément soignés. » Selon lui, leur mal-être serait en partie responsable de l’augmentation des pratiques à risques. « Même si la condition des homosexuels a beaucoup changé ces dernières années, ils ont quand même tendance à penser qu’ils valent moins que les hétérosexuels, analyse Pierre Cochand, psychiatre et coauteur d’un rapport sur les tentatives de suicide chez les jeunes gays en 2001. Cela peut expliquer le fait qu’ils se mettent plus en danger en refusant le préservatif. » Certains gays, se sentant victimes d’homophobie, ne parviennent pas toujours à parler librement de leur sexualité – même entre eux, le sujet est tabou.

Quoi qu’il en soit, les chiffres posent un vrai problème aux acteurs de la prévention. Pour enrayer la tendance, Dialogai prévoit de lancer une campagne d’information sur les troubles psychiques chez les gays et les lesbiennes. A Lausanne, l’OFSP souhaite construire un espace de dépistage dédié à la santé des homosexuels, sur le modèle des « check-points » qui existent déjà à Genève et à Zurich. Plusieurs associations collaboreront au projet. L’ouverture du centre est prévue pour le début de 2010.

Source : Marie Maurisse pour l’Hebdo

*Prénom fictif