Accueil du site > Santé > Prévention > Sida : premières données du Net Gay (...)
Prévention
Sida : la Suisse bien classée pour la prévention et l’accès aux (...) Conférence mondiale sur la recherche vaccinale contre le (...)
Sida : premières données du Net Gay Baromètre 2009
par  la rédaction, le vendredi 16 octobre 2009, vu 425 fois

Succédant au Net Gay Baromètre 2006, une enquête relayée en ligne fin 2008, début 2009, visait, dans une perspective préventive, à dresser un portrait des internautes gays fréquentant les sites français de rencontres. Cette enquête menée par Alain Léobon, chargé de recherches au C.N.R.S. Professeur associé à la Chaire en éducation à la Santé de l’Université du Québec à Montréal, livre ses premiers résultats.

Ainsi, les internautes de 9 sites de rencontres gays représentatifs de la diversité des âges et des cultures de sexe communautaires ont massivement répondu puisque 19.502 questionnaires ont été complétés à plus de 95% permettant leur analyse, les internautes de CitéGAY constituant sans surprise le principal groupe en volume avec 4.424 répondants.

  • Profil sociodémographique :

L’âge médian des répondants est de 36 ans, les moins de 25 ans représentent 18.8% des internautes consultés, ceux de plus de 45 ans, 19.1%. 54.7% des répondants se déclarent en couple stable (60% pour les jeunes), 63.6% ont fait des études supérieures et 53.2% ont des revenus mensuels supérieurs à 1600 euros. Concernant l’orientation sexuelle, ils sont 79.5% à se définir comme homosexuels contre 17.5% de répondants se qualifient de bisexuels, les jeunes se déclarant plus comme bi ou à refuser de se définir identirairement (19.3%/3.1%). Enfin, géographiquement, 67.1% déclarent demeurer en régions contre 32.9% de franciliens. A noter, concernant les minorités visibles, les jeunes sont mieux représentés avec 11.7% se déclarant comme tel contre 7.8% pour l’ensemble des répondants.

  • Espaces privilégiés à des fins de rencontre :

A l’instar d’autres enquêtes épidémiologiques, les données du Net Gay Baromètre 2009 montrent qu’internet est « le lieu » privilégié pour socialiser et faire des rencontres, données encore plus patentes chez les jeunes qui semblent délaisser les établissements communautaires. Ainsi et sans surprise concernant le mode d’enquêtes, 95.7% des répondants utilisent occasionnellement ou régulièrement les sites Internet de rencontres (96.3% chez les jeunes). Si 39.6% des répondant déclarent ne pas fréquenter le milieu gay, ils sont 43.5% chez les jeunes, les mêmes moins de 25 ans fréquentant deux fois moins les lieux chargés sexuellement comme les bars, cruisings, saunas, lieux extérieurs, sex-shops (6.9% à 27.2% contre 15.8% à 50.1% pour l’ensemble des répondants).

  • Dépistage du VIH et contraction d’IST :

Malgré les appels au dépistage, 12.7% des répondants affirment n’avoir jamais été dépistés ou ignorer leur statut sérologique quand 69.4% des internautes consultés se déclarent séronégatifs et 11.7% séropositifs. Si les jeunes sont moins nombreux à se déclarer séropos (3.1%) ils sont davantage à être sérointerrogatifs et ne plus être sûr d’être négatifs (7.5% contre 6.2% pour l’ensemble des répondants) alors même qu’ils sont davantage dépistés dans la dernière année que leurs ainés.

Pour les IST, 8.3% déclarent avoir contracté une telle infection dans les 12 derniers mois, 30.8% en ayant au moins eu une dans leur vie. Enfin, concernant l’année écoulée, ils sont 45% à avoir effectué un dépistage au VIH, 24.8% pour la syphilis.

  • Consommation d’alcool ou de drogues :

C’est un des mérites de cette dernière étude, d’avoir analyser les incidences et particularités entre prises de drogues et alcool et situation sociale et sérologique. Ainsi les consommations de stupéfiants et d’alcool sont dans tous les cas systématiquement supérieures concernant les répondants séropositifs. Si 51.8% de l’ensemble des répondants affirment avoir consommé au moins une fois une drogue, ils sont 74.5% pour la seule branche de séropositifs. Pour les 18*25 ans, la consommation de drogue semble suivre une logique plus récréative que sexuelles : cannabis (34.9% chez les jeunes, 25.4% pour l’ensemble, 39% S+), de l’ecstasy (34.9% jeunes, 5.5 jeunes, 14 S+) et des amphétamines, speeds (3.8% jeunes, 2.5 ensemble, 5.9 S+).

  • Configuration des rencontres :

Dans les 12 derniers mois, les répondants déclarent dans leur ensemble 17 partenaires dont les 2/3 rencontrés sur Internet. Ils sont 84.9% à avoir eu au moins un partenaires occasionnel dans l’année écoulée, 42.8% a avoir eu un partenaire occasionnel tout en étant en couple stable (27.6% pour les jeunes), et 33.6% des répondants déclarent plus de 11 partenaires sexuels dans l’année (26.1% pour les jeunes). Si 54.7% des répondants se déclarent en couple (60% pour les -25ans), ils sont 56.6% à avoir rencontré leur partenaire stable sur le web (69.9% chez les jeunes). Le nomadisme sexuel est donc beaucoup moins fréquent chez les jeunes gays qui semblent davantage en recherche de stabilité et fidélité, Internet étant leur principal lieu de recherche matrimoniale par ailleurs. Toutefois, et du fait de la précarité de cette classe de l’âge, les jeunes sont plus nombreux à négocier des rencontres contre de l’argent ou des biens (10,8% contre 4.9% pour l’ensemble).

  • Pratiques sexuelles avec des partenaires occasionnels :

Les pratiques courantes portent bien leur nom au regard des pourcentages : masturbation (94.9%), sexe oral (99.1%), anuslingus (86.7%), pénétration anale active (79.5%), pénétration anale passive (75.5%), le sexe en groupe fermant le groupe (50.5%). Les pratiques plus ou très marginales sont pour certaines significatives et loin d’être sans conséquences en terme préventif : se soumettre à plusieurs actifs (25.3%), barebacking (25.4%), urophilie (24.8%), fist-fucking (23%), sadomasochisme (23%), scatophilie (3.6%). Là où les données demeurent très fortement inquiétantes sont celles concernant le contact avec le sperme avec des partenaires occasionnels et une tendance à la banalisation des contacts oraux notamment : 64.7% des répondants déclarent une pratique de contact oral avec le sperme, 26.3% un contact anal. Chez les jeunes, ils sont moins engagés sur l’ensemble des pratiques, en retrait des plus marginales, où ils sont deux fois moins nombreux à les déclarer, à l’exception notable du barebacking (20%) et l’exposition orale au sperme est semblable.

  • Comportements sexuels à risque :

En distinguant pour la première fois les fréquences de prise de risque, l’étude a permis de faire lever les freins aux déclarations de prises de risque et montrent malheureusement des taux importants avec près de 40% de prises de risques occasionnelles et 20% d’engagement dans des prises de risques régulières. Ainsi, 37.9% des 18-25 ans et 38.9% des plus de 25 ans déclarent au moins une relation anale non protégée dans les 12 derniers mois (moyenne :38.7%).

  • Influence du statut sérologique sur la prise de risque avec des partenaires occasionnels :

Si les personnes se déclarant séronégatives déclarent moins de prises de risques en moyenne et semblent, malgré des prises de risques notables, être plus vigilantes dans le maintien de pratiques Safe, les personnes séro-interrogatives déclarent davantage de pénétrations anales non protégées et s’engagent davantage dans des prises risques régulières montrant s’il en est encore besoin l’importance du recours au dépistage pour freiner cette évolution d’un abandon progressif du safe sexe causé par l’absence de connaissance du statut sérologique. Les mêmes efforts doivent être tout autant déployés auprès des jeunes populations gays où il y a un alignement au modèle général, les jeunes séronégatifs semblant même plus engagés dans le risque. Enfin, le bénéfice en terme de santé de maintenir des pratiques safe pour les séropositifs doit être fortement encouragé, les personnes séropositives déclarant au moins une pénétration analenon protégée à 71.2%, plus fréquentes à 45.2% et régulières à 31.5%.

  • Déclaration de pratiques volontairement non-protégées. Barebacking et Séro-adaptation :

Là aussi, les données restent très importantes, indépendamment du statut sérologique. Tous partenaires confondus, 29.4% des répondants déclarent avoir pratiqué le bareback dans les 12 derniers mois, 23.9% pour les déclarants séronégatifs, 55.3% pour les séropositifs et séro-interrogatifs. Le contexte du barebacking a également son importance : 63.3% des répondants ayant un partenaire stable déclarent pratiquer le barebacking avec. Ils sont 51.2% à avoir des relations sexuelles non protégées avec un partenaire occasionnel de statut sérologique identique. Concernant des pratiques unsafe avec un partenaire occasionnel dont le statut sérologique était inconnu, 33.3% des répondants déclarent de telles pratiques dans l’année écoulée, et 20.1% opposent le même fait pour des partenaires occasionnels dont le statut n’a pas été demandé. Enfin, et là l’interrogation en terme préventif portera sur les raisons de telles prises de risque, 13.4% des répondants déclarent une pratique du barebacking avec un partenaire occasionnel dont le statut était différent du sien. Sur le sujet des prises de risques intentionnelles, les jeunes déclarent davantage pratiquer le barebacking au sein du couple (70.8%) mais déclarent moins souvent ces pratiques avec un partenaire occasionnel quelque soit son statut, de 40.6% à 5%. Le temps est bien un facteur de relâchement des pratiques safe pour les gays.

  • Facteurs prédictifs de prises de risque :

L’étude Net Gay Baromètre 2009 est porteuse d’orientations pertinentes concernant les campagnes de prévention à venir grâce aux analyses multivariées des données issues de l’enquête. Ainsi, il apparaît que les facteurs de risques avec des partenaires occasionnels pour les répondants S- sont : avoir plus de 25ans, davantage encore ne pas avoir fait d’études universitaires, vivre dans la région parisienne comme être surconsommateur d’internet ou avoir un nombre important de partenaires. Si rencontrer ses partenaires en ligne ne donne pas de résultats significatifs, contrairement à ce que l’on a pu lire ailleurs, la fréquentation par contre de sites aux cultures de sexe particulières (Bear, SM, bareback) augmente la potentialité des prises de risques, comme les lieux de dragues extérieurs, saunas et sexe-clubs, fortement connotés sexuellement. Autre facteur relié aux prises de risques avec des partenaires occasionnels pour les séronégatifs : avoir des rapports sexuels contre de l’argent ou des avantages matériels, donnée que l’on pourrait relier à une moindre estime de soi, ou avoir consommé au moins une fois de la drogue dans l’année, comme avoir contracté une IST, points qui méritent d’appréhender la lutte contre le VIH dans une perspective plus large de santé gaie.

Enfin, et ce sont là où les données sont les plus significatives concernant des prises de risques par des séronégatifs avec des partenaires occasionnels, le fait de pratiquer des rapports bareback dans sa relation de couple. Ici, on peut légitimement penser que la banalisation au sein du couple même des pratiques non protégées entraîne une moindre vigilance à l’extérieur du couple et des prises de risques plus importantes. Le même rapport de cause à effet est tout aussi significatif concernant l’exposition orale au sperme, puis de manière moins significative mais notable concernant les pratiques marginales ou fortement connotées (gangbang, fist, uro).

Pour Alain Leobon, « Ces résultats montrent la complexité des agencements favorisant les comportements à risque : sexualité bareback dans le couple, usage intensif du réseau, partenaires multiples, espaces fréquentés etc. Ils soulignent la nécessité d’organiser les modèles de prévention et de promotion de la santé, vers des sujets plus psychosociaux rattachés à la diversité des trajectoires des hommes gais et bisexuels et des territoires fréquentés ».

Le Net Gay Baromètre 2009 est extrêmement riche de données et leurs analyses complètes devraient permettent d’ajuster les stratégies de prévention en fonction des publics visés.

Source : CitéGay

Pour plus d’information vous pouvez consulter le site de présentation de l’enquête.