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Santé - Bien-être
"Avec nos enfants, on forme une famille" Le sport masculin, dernier bastion de l’homophobie
Sophie : "Juridiquement, je ne suis qu’une étrangère pour mon propre fils"
par  la rédaction, le mercredi 22 février 2012, vu 295 fois

En couple depuis plusieurs années, Sophie et son amie se sont débrouillées pour avoir des enfants. Ce que les deux mamans n’avaient pas prévu, ce sont les difficultés qu’elles devraient affronter en cas de séparation. Sophie nous raconte sa douloureuse histoire.

  • Un couple comme les autres

Nous étions heureuses et amoureuses. Pacsées, nous vivions ensemble comme n’importe quel couple hétérosexuel. D’ailleurs, pour tous nos proches, nous étions un couple comme les autres, même si le regard et les commentaires des passants dans la rue étaient parfois insultants.

Le désir d’enfant est venu naturellement, après plusieurs années de vie commune.

Nous voulions toutes les deux vivre une grossesse, et trouvions essentiel que nos enfants aient un père connu, sans qu’il les reconnaisse forcément vis-à-vis de l’état civil. L’idée était que chaque enfant n’ait qu’un parent "officiel" et que nous puissions entreprendre des démarches de délégation d’autorité parentale. Le but était qu’à terme, on obtienne l’autorité parentale conjointe sur les 2 enfants.

  • Un projet longuement réfléchi

Nous avons proposé à un ami homosexuel de participer à notre projet. Il avait le souhait de la transmission générationnelle, sans toutefois avoir envie de s’engager en tant que père au quotidien.

Nous en avons discuté tous ensemble pendant presque deux ans, nous nous sommes rendus à des réunions de l’APGL (Association des Parents Gays et Lesbiens). Nous avons même entrepris de rédiger une charte familiale, mais nous n’avons pas réussi à aller au bout, sans doute était-ce trop complexe à définir sans modèle légal pour nous aider. Lorsque nous nous sommes sentis "mûrs" tous les 3, nous nous sommes lancés...

Comme en France, il est interdit pour les professionnels de santé d’inséminer des femmes homosexuelles, il a fallu nous débrouiller par nous-mêmes. On a eu la chance d’avoir une gynéco très sympa, qui a même rencontré le futur papa et qui nous a conseillés, sans toutefois faire le geste. Je suis tombée enceinte du premier coup, et ma conjointe 14 mois plus tard, après 10 essais.

Quand les enfants sont nés (Manon, ma fille biologique, en 2008, et Samuel, le fils biologique de mon amie, en 2009), nous avons eu le droit toutes les deux d’être présentes en salle de naissance, d’assister à l’accouchement et de couper le cordon.

  • Des rôles clairement définis

Au quotidien, nous nous sommes finalement retrouvées, sans l’avoir prémédité, dans une situation très classique, dans laquelle ma conjointe avait un rôle que l’on attribue traditionnellement au père (bonne situation professionnelle et horaires de travail lourds, rôle d’autorité auprès des enfants et jeux "physiques"), tandis que j’avais un rôle plus maternant (un travail à temps partiel, un quotidien complètement organisé autour des enfants et des idées d’activités calmes...). Le papa rendait visite à Manon et Samuel tous les 15 jours.

Nous avons longtemps réfléchi à nos noms, c’était une question difficile, car de nombreuses personnes nous disaient qu’un enfant ne doit avoir qu’une maman... On a finalement opté pour "maman So" et "maman Sa", ce qui ne nous a jamais empêchées d’expliquer aux enfants, même bébés, que l’un d’eux venait du ventre de maman So, et l’autre du ventre de maman Sa. Le papa se fait appeler papa.

Individuellement, les gens nous ont toujours encouragées dans notre initiative de "famille nouvelle". En revanche, quand il s’agissait de signer des papiers, les institutions devenaient frileuses. Par exemple, j’ai emmené un jour Samuel à l’hôpital, et je n’ai pas pu délivrer l’autorisation d’opérer. A la banque, nous avons dû batailler pour obtenir des procurations réciproques sur les livrets A de nos enfants biologiques.

  • Quand la famille explose...

Aujourd’hui, nous sommes séparées, et ma conjointe est partie avec Samuel, son fils biologique. Nous continuons pour l’instant de nous voir et de réunir les enfants, mais "en pointillés".

C’est très difficile parce que j’ai toujours considéré Samuel comme mon fils. Par ailleurs, je ne comprends pas que notre famille puisse s’atomiser à ce point, sans que les liens forts qui existent ne puissent être reconnus.

Dans l’idéal, j’aurais aimé que les enfants ne soient pas séparés et qu’on aboutisse au même schéma que les couples hétéros qui divorcent : une maison principale pour les enfants, des alternances de garde pour les week-ends et vacances, une pension alimentaire versée à celle qui a la garde principale des enfants...

J’aurais aimé également pouvoir exercer une forme d’autorité parentale sur mon fils (et inversement, que mon ex en ait une sur ma fille), afin de continuer à prendre des décisions le concernant (côté santé, éducation...).

Bref, j’aurais voulu être reconnue en tant que parente... Aujourd’hui, juridiquement, je ne suis pour Samuel qu’une étrangère. Le pouvoir de la mère biologique a valeur de propriété sur l’enfant, et il est tortueux, pour le parent social, de se faire reconnaître une légitimité de parent. Pour le moment, nous travaillons avec une médiatrice familiale pour essayer de redonner une réalité à la famille et à la fratrie.

Source : Au Fémnin