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OFSP - Section Sida
STOP SIDA - Une nouvelle hausse des contaminations incite (...)
-* STOP SIDA -
Petite histoire de la panique à la santé gaie
par  Frédéric Gloor, le mercredi 20 août 2003, vu 832 fois
Tags : - Dialogai - OFSP - Santé - SIDA - Prévention

De la peur panique des années 80 - lorsque le sida est apparu, il n’existait ni moyen de depistage ni traitements - à la conception de la Santé globale : petit historique de cette partie de l’histoire suisse vue au-travers d’un entretien avec Michaël Hausermann, ancien directeur de l’ASS et actuel responsable du projet “Santé Gaie” mené par l’association genevoise Dialogai.

Les premières années

Le sida est apparu en 1983 et devient très vite un thème traité par les médias. A cette époque, on ne savait pas vraiment si il s’agissait d’une invention américaine. Certains craignaient que la maladie permette une nouvelle discrimination et que cela empêche de poursuivre la libération sexuelle. Dialogai, association des gays de Genève, nouvellement constituée (elle a été crée en 1985), après quelques réticences, ouvre une permanence téléphonique pour répondre aux questions sur la pandémie. A ce moment là, on connaissait une série de symptômes, mais aucun test sérieux n’était disponible. Un groupe de médecin offrait ses services à la permanence. Tous les soirs, ce sont des dizaines d’appels paniqués qui arrivent des quatre coins de la Suisse romande, de la part d’homos, mais aussi d’hétéros.

Les premiers tests de dépistages apparaissent. Les médecins demandent aux personnes infectées de fournir la liste de leurs partnaires sexuels. Gêne chez les gays qui préfèrent ne pas se faire tester. Il faut attendre que l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) intervienne pour que les médecins assurent un anonymat.

En 1985, les associations homosexuelles de Suisse se réunissent pour la création de l’ASS (Aide Suisse contre le Sida) et chose unique au monde, l’Office Fédéral devient membre de cet organisme. Le travail se réparti entre eux deux. L’OFSP mène les campagnes et informe la population. En 1986, un tout ménage est envoyé et l’année suivante, la première campagne d’affichage montre pour la première fois le logo STOP SIDA . Alors que la France montre une barre cassée pour illustrer “le sida ne passera pas par moi”, la Suisse est alors le seul pays à oser montrer un préservatif sur son logo. De son côté, l’ASS travaille avec les groupes cibles comme les homos, les séropos, les prostitués et leurs clients et crée le préservatif attractif en lançant la marque “Hot Rubber”.

Des années noires aux premiers espoirs

Les campagnes se suivent. Le travail associatif s’exécute. Les amis meurent malgré tout, les uns après les autres. Les volontaires finissent par s’épuiser. En 1997, l’arrivée des premières tri-thérapies provoque un changement radical : en quelques mois, les gens arrêtent de mourir. De 300 décès par an en Suisse, on passe à 6 à 7. Act-up vulgarise la recherche pour une plus grande compréhension, on parle des traitements.

En 2000, Dialogai lance la campagne “Gère tes risques” incitant les gays à prendre leur responsabilité et pas celle des autres. Il faut savoir que la Suisse condamne la transmission du virus et que l’époque est aux grands procès. Dialogai provoque un petit scandale en utilisant un langage vrai : Les préservatifs ne sont pas agréables à porter, mais ne pas en mettre équivaut à se mettre en danger. Gère tes risques veut dire que si tu en prends, tu dois savoir à quoi t’attendre.

D’une conception à l’autre

Partant du constat qu’il y a de plus en plus de séropos mais de moins en moins de malades, que la population est lasse du “toujours capote”, que les backrooms se multiplient dans les bars et discothèques, que beaucoup prévoient une nouvelle hausse des contaminations, la question se pose : que faire maintenant ?

Pierre Cochand publie à Lausanne l’étude sur la santé psychique des jeunes gays. Il en ressort qu’un jeune gay sur quatre a tenté de se suicider, que les problèmes de solitude affectent plus que la peur de la maladie.

Dialogai veut concevoir la santé de manière globale et se lance dans une grande enquête afin de se rendre compte de l’état de santé des gays de Genève. C’est la naissance de “Santé Gaie” qui va chercher à démontrer qu’il y a un équilibre entre la santé mentale et la santé physique. Afin de garantir l’aspect scientifique de l’enquête, un partenariat est conclut avec l’université de Zurich. Le travail sera financé par le fond national de la recherche.

Au terme d’une récolte de près de 600 questionnaires comportant quelques 550 questions, les résultats publiés sont alarmants. “On aura beau faire la promotion de la capote, un gay suicidaire ne cherchera pas à se protéger des maladies” explique Michael Hausermann. Fort de ce constat, faire la promotion de la capote n’est plus suffisant, il faut s’intéresser à la santé globale des gays. “Une organisation gay doit être capable d’offrir un système d’écoute psychosociale et savoir qui sont les bons psy vers qui envoyer certaines personnes. Constatant que les lieux de dépistage HIV n’offrent que de déplorables conseils, il serait bien d’y remédier en proposant des centres réservés aux gays. La dépression peut se soigner, nous devons offrir de l’information à ce sujet au même titre que nous avons informé sur les maladies sexuellement transmissibles.” Ces pistes seront prochainement discutées dans un cadre plus large.


Après avoir montré des légumes l’année dernière, l’OFSP nous présente une campagne choc. Choc dans la forme puisqu’il s’agit de slogans noires sur fond jaune. Dans le fond, on nous présente des phrases bien gentilles, rappelant l’utilité du préservatif. Jeux de mots un peu idiots dans trois des quatre langues nationales ainsi que dans celles des migrants.

La campagne d’affichage s’est déclinée en une version spéciale pour le “milieu gay”. C’est une plongée dans la vulgarité que l’Office Fédéral nous offre, à croire qu’ils conçoivent que nous sommes des gens grossiers. L’objectif reste le même, rappeler que l’utilisation de la capote est vitale. On provoque croyant innover dans un pays bien gentil, toutefois, on ose toujours pas montrer des malades et les souffrances qu’ils endurent. La Suisse ose le choquant, tombe dans le vulgaire mais reste propre en ordre.