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Société
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Témoignage :
Mon frère est homosexuel
le samedi 22 mars 2003, vu 415 fois
Tags : - Famille - Coming-out

C’était au printemps 1991, comme à l’accoutumée je consacrais une soirée de week-end à faire une virée cinéma avec mon petit frère. Comme souvent après le cinéma, nous sommes allés boire un verre pour discuter de tout et de rien. Un moment magique plus que routinier car nos nombreuses années de différence d’âge ne nous avaient pas privé d’une complicité à toute épreuve.

Cependant, ce soir d’avril avait quelque chose d’exceptionnel, mon frère venait de m’expliquer qu’il aimait un garçon.


Ce que la logique m’imposait, mon cœur refusait de l’admettre. Mon père m’avait quelquefois fait part de son inquiétude à ce sujet. Moi-même, je m’étais parfois posé la question mais là, plus de doute, c’était officiel. C’est du moins ce que je m’efforçais de réaliser, en vain. Nous qui nous ressemblions sur tant de points, nous serions donc tout à coup si différents. Je ne pouvais me faire à l’idée (moi qui nourrit une véritable obsession pour le sexe opposé) que mon propre frère puisse éprouver de la passion pour des êtres du même sexe.

C’était décidé, la situation ne pouvait pas être réelle et encore moins durable. Je m’étais mis en tête qu’il ne s’agissait que d’un accident et que mon frère allait bientôt être "guéri". Je me suis alors mis en quête de toute la documentation possible sur le sujet, pensant qu’elle pouvait me conforter dans cette idée.

Vous l’avez deviné, elle ne m’a pas conforté du tout, et c’est pour cette raison que je me suis dit que ces âneries ne concerneraient pas mon frère. Il fallait qu’il revienne à la normale, mais qu’il y revienne de lui-même, naturellement, sachant bien que toute intervention de ma part ne serait qu’une maladresse susceptible d’être irrémédiable. Cette impuissance me rendait triste, mais il fallait que je m’y résolve. Notre amitié mutuelle n’avait pas souffert et nous avons continué à nous apprécier comme auparavant.

Les années ont passé et la situation n’a pas changé. C’est la durée qui a su avoir raison de mon refus de l’évidence. Il était homo, j’avais fini par me faire à cette idée. Il a fallu attendre encore quelque temps pour que j’en sois heureux. En effet, mon frère s’était métamorphosé. Le garçon timide et renfermé d’avant était devenu un homme sociable et épanoui, entouré d’amis dont les préférences étaient identiques aux siennes mais qui avaient fini par gagner mon amitié, au même titre que n’importe quels hétéros. C’est ainsi que, de la tolérance relative, teintée de bonnes pensées populaires, que j’éprouvais pour l’homosexualité avant le coming out de mon frère (on n’a rien contre tant que ça n’arrive qu’aux autres), j’ai fini par accepter sincèrement que des gens puissent avoir des préférences étrangères aux miennes sans pour autant les considérer comme des gens différents.