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Trois ados « cassent du pédé » dans l’indifférence
par  la rédaction, le mercredi 1er décembre 2010, vu 232 fois

Deux étudiants gay ont été agressés en pleine rue. Dialogai s’inquiète d’une recrudescence des actes homophobes.

« Les agressions à caractère homophobe sont en augmentation. » Responsable du secteur médical de Dialogai, l’association homosexuelle de Genève, Michaël Hausermann est catégorique et s’inquiète après une nouvelle attaque contre deux jeunes homos. Le 20 novembre à l’aube, enlacés à un arrêt de bus, Matt et Esteban, 23 ans, ont été insultés avant d’essuyer les coups donnés par trois ados, devant des témoins impassibles. « Ils se sont approchés en nous traitant de « maricon » (insulte homophobe en espagnol) , avant de commencer à frapper, raconte Matt encore sous le choc.

Esteban a tenté de les calmer, mais ils étaient très agressifs. » Pendant que deux des agresseurs se battent avec le jeune étudiant mexicain, le troisième urine sur Matt. Lorsque le bus arrive, la bagarre bat son plein. Les ados montent en frappant encore. « Mais le chauffeur s’est levé et a mis tout le monde dehors, poursuit Matt. J’ai crié pour qu’il appelle la police mais il a fermé les portes et a démarré. »

Source : Isabel Jan-Hess pour La Tribune de Genève

Photo : © OLIVIER VOGELSANG |

Le 20 novembre, Matt, étudiant à la HEI de 23 ans, a été agressé avec son ami par trois ados à un arrêt de bus.  Matt tente d’appeler des secours avec son portable mais se voit asséner une claque. « Mon téléphone a giclé, ils l’ont pris et sont partis. » Secouées, les deux victimes se rendent au poste de police des Pâquis pour déposer une plainte. « Esteban était en sang », précise Matt qui explique avoir été très mal reçu. « La policière nous a dit : « Si on vit à Genève on parle français », avant de poursuivre par : « Ce n’est pas grave, venez déposer une plainte un autre jour . » Quand j’ai tenté de lui expliquer qu’il ne s’agissait pas d’un simple vol de teléphone portable mais d’une agression homophobe, elle nous a répondu : « L’homosexualité n’est pas une maladie. » Choqués par les réactions du chauffeur de bus et de la police, ainsi que de la non-réaction des passants, les deux étudiants à la HEI se sont adressés à Dialogai.

« J’ai accompagné ces deux garçons mercredi pour déposer la plainte qu’on n’avait pas voulu leur prendre samedi, explique Michaël Hausermann. Plusieurs homosexuels ont été l’objet d’attaques clairement homophobes ces derniers mois. Tous n’osent pas malheureusement dénoncer. »

« Les agressions en pleine rue sont un phénomène nouveau, poursuit Michaël Hausermann. Un homme s’est fait molester récemment, en plein jour, au parc Geisendorf. Un autre, très jeune, a été battu à la sortie de nos locaux aux Pâquis alors qu’il fumait une cigarette. » Pour Dialogai, le phénomène est connu et relève souvent d’une population très jeune. « Ces agresseurs sont souvent issus de classes défavorisées. Et dans certaines cultures, l’homosexuel est celui qui est tout en bas de l’échelle sociale. » Le manque de législation suisse en matière d’homophobie et l’image d’une « victime plus facile » sont autant d’encouragements pour certains agresseurs. « J’ai demandé un rapport sur cette affaire », assure Monica Bonfanti. La cheffe de la police genevoise se dit très sensible à la prise en charge de ce type d’agressions. « Je pense qu’il y a eu une mauvaise évaluation de la part de la gendarme qui a reçu ces personnes, reconnaît Monica Bonfanti. Ici, contrairement au Canada, les agressions à caractère homophobe ne sont pas répertoriées. Mais je travaille dans mes services sur toutes les formes de discrimination. »

Du côté des TPG, l’agression n’a pas été rapportée par le chauffeur. « C’est notre regret, termine Michaël Hausermann, car si la police et les TPG avaient fait leur travail, les bandes vidéo installées dans les bus n’auraient pas été détruites après 24 h. »