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Société
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« Un élève par classe s’interroge sur son orientation sexuelle »
par  la rédaction, le vendredi 3 décembre 2010, vu 124 fois

Elisabeth Thorens-Gaud est chargée par Vaud et Genève de lutter contre l’homophobie

Enseignante depuis vingt ans, Elisabeth Thorens-Gaud est active dans la lutte contre l’homophobie depuis plusieurs années. Après avoir écrit un livre [1] et créé un site Internet d’information [2] , la spécialiste s’apprête à endosser la fonction d’attachée aux questions d’homophobie et de diversité. Le poste vient d’être créé conjointement par le Département de l’instruction publique (DIP) à Genève et son équivalent vaudois [3] pour développer une sensibilisation ciblée sur l’homosexualité.

  • En quoi consiste ce poste unique en Suisse romande ?

Il représente un 25% et je suis secondée par des partenaires étatiques de Genève et de Vaud. Mon mandat se répartit sur trois axes : la sensibilisation et la formation des intervenants en milieu scolaire, le développement du site Internet mosaïc-info.ch pour qu’il devienne une référence auprès des jeunes, des parents et des enseignants, et l’organisation d’événements pour donner de la visibilité à la lutte contre l’homophobie. Je peux également être sollicitée pour intervenir dans les écoles en proposant des modules de prévention.

  • Qu’est-ce qui justifie la création d’un poste ciblé sur la lutte contre l’homophobie ?

Cette lutte est une question de santé publique. Les adolescents manquent d’informations et ne savent pas à qui poser leurs questions. En Suisse, selon une enquête menée par le psychiatre lausannois Pierre Cochand en 2000,un jeune homosexuel (garçon) sur quatre aurait tenté de se suicider. La plupart de ces tentatives sont liées à des questionnements sur l’orientation sexuelle, mais ce n’est pas l’homosexualité en tant que telle qui leur pose problème. C’est le regard négatif que la société pose sur eux, et l’impossible identification aux schémas véhiculés par la société, comme par exemple l’image de la famille qui repose sur le modèle du couple hétérosexuel. Pour détruire ces schémas, il faut accroître la sensibilisation de la population. Bien souvent, les personnes sont ouvertes mais elles ont des préjugés, et l’homosexualité les met encore mal à l’aise. C’est en les informant et en les sensibilisant qu’on pourra changer le regard des gens sur l’homosexualité.

  • Vous n’avez pas attendu cette nomination pour pallier le manque d’information.

En 2009, j’ai été confrontée au coming out d’une élève, et au moment de lui fournir des informations, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de support pédagogique dans l’établissement scolaire. J’ai également remarqué que les enseignants étaient mal à l’aise avec cette thématique. Suite à cet événement, j’ai écrit « Adolescents homosexuels, des préjugés à l’acceptation  ». L’ouvrage a eu un succès certain et sera distribué dans les établissements scolaires genevois et vaudois. Parallèlement, j’ai lancé un site Internet, mosaïc-info.ch,aujourd’hui financé par Vaud et Genève, pour aider les jeunes et lutter contre les préjugés.

  • Votre action cible surtout le milieu scolaire. La question de l’homosexualité doit-elle être abordée aussi en dehors des cours d’éducation sexuelle ?

Il faut être conscient que dans chaque classe, un élève au moins est concerné par des questions sur son identité sexuelle. L’homosexualité n’est pas abordée de façon systématique pendant le cours d’éducation sexuelle, cela dépend des questions des élèves. Le canton de Vaud va proposer un nouveau catalogue de prestations en la matière pour définir quand aborder le sujet et comment. Il faut montrer aux enfants un modèle positif et ouvrir leurs perspectives.

  • C’est donc aux enseignants d’en parler davantage.

L’école transmet les valeurs citoyennes et la prévention du suicide chez les jeunes homosexuels passe aussi par la formation et la sensibilisation des intervenants en milieu scolaire. S’ils sont à l’aise avec le sujet, ils en parleront naturellement. Mais s’ils se sentent gênés d’en parler, ils pourraient être involontairement maladroits. J’évoque parfois la thématique pendant mes cours. Si le contexte s’y prête, il m’arrive de mentionner que Rimbaud était homosexuel. Cela peut aider à comprendre le sens de ses poèmes.

  • Et le rôle des parents ?

Ils inculquent des valeurs et c’est pour cela qu’il faut aussi les sensibiliser, notamment par le biais de conférences, de rencontres et de débats. Le site mosaïc-info.ch a, entre autres, pour vocation de s’adresser directement aux parents qui éprouvent une vive inquiétude lorsqu’ils apprennent que leur fille ou leur fils est homosexuel. Ce processus de sensibilisation est un travail de longue haleine. Et pour pouvoir lutter efficacement contre l’homophobie, il faut atteindre tous les publics : les jeunes, les parents et les enseignants.

Source : La Tribune de Gernève

Photo : P. MARTIN

Notes

[1] Élisabeth Thorens-Gaud, Adolescent Homosexuel : des préjugés à l’acceptation. Ed. Favre

[2] mosaïc-info.ch

[3] Département de la Formation de la Jeunesse et de la Culture - DFJC