Accueil du site > Infos > Suisse > Société > Un gay se fait refuser son sang
Société
Independance Gay - 4 juillet 1998 - Les extraterrestres (...) Neuchâtel Présentation de la Pride 02
Un gay se fait refuser son sang
par  Frédéric Gloor, le vendredi 8 janvier 1999, vu 233 fois
Tags : - Suisse - IST - Discrimination

Mercredi passé, en fin d’après-midi, Jo m’appelle tout catastrophé. Que lui est-il arrivé ? -J’ai voulu aller donner mon sang et on me l’a refusé. Je lui demande pourquoi, et me répond -Because I am gay !

Dans quel pays vivons-nous ? Je croyais qu’ils avaient besoin de sang ? Ils ne peuvent pas accepter du sang contaminé par un virus tel que le HIV, mais pourquoi un gay serait forcemment porteur de ce virus ? Avant de se faire piquer (aie) on doit remplir un formulaire avec des questions toutes banales. On doit aussi attester qu’on n’a pas un "comportement à risque". Au verso de la feuille est expliqué qu’un toxicomane et un nymphomane sont des catégories à risques, tout comme un homosexuel ! Parce que le simple fait d’Être homosexuel veut dire qu’on A UN COMPORTEMENT A RISQUE.

Ayant posé la question à un ami médecin, il est vrai que cette discrimination fait partie d’un texte. (on ne dit pas de quand date ce texte) Parce que même si on "teste" le sang et qu’on y décèle aucun virus, rien ne prouve qu’il n’a pas été contaminé dans les dernières semaines, et le virus est donc indécelable. Mais je pose la question : pourquoi un hétéro n’aurait-il pas un pareil comportement à risque ? De plus, d’après unerécente statistique sur les contaminés HIV en Suisse, les hétérosexuels deviennent majoritaires, ce qui veut dire qu’ils font moins attention que les homosexuels.

Pour ma part je suis scandalisé. Et vous ? Qu’en est-il dans les autres pays ? Pouvons-nous faire quelque chose ?


Témoignage de Julien / Lausanne

En octobre 98, je n’ai pas pu me rendre au don de sang régulier, qui se fait sur convocation, à peu près tout les trois mois. En effet, j’étais pour un mois à l’étranger. Puis, début décembre, j’ai eu une relation sexuelle protégée avec un autre homme. Un peu plus tard, j’ai reçu une autre convocation du centre de transfusion. J’ai alors téléphoné au centre pour leur demander ce que je devais faire, car j’avais eu une relation sexuelle avec un partenaire que je connaissais depuis peu. On m’a alors dit de faire un test de dépistage auprès de mon médecin de famille ou de la polyclinique à César-Roux, où le test de dépistage peu aussi se faire de manière anonyme. Je me suis donc rendu à César-Roux, en attendant les trois mois requis par la procédure. Ainsi, début février, j’ai reçu le résultat du test, qui indiquait mon statut de séronégatif. J’ai alors demandé une attestation certifiant ma séronégativité. En mars, je reçois à nouveau une convocation du centre de transfusion, à laquelle je ne peux me rendre. Début mai, à nouveau une convocation, à laquelle je me rend, accompagné de l’attestation, que l’on m’avait demandé quelques mois auparavant.

Je n’avait eu aucune autre relation sexuelle depuis la première en décembre. Je me suis donc retrouvé au centre de transfusion, où à l’accueil, on m’a dit qu’un médecin allait me recevoir. En effet, en ayant signalé cette relation sexuelle, je devais m’entretenir avec un médecin, avant de pouvoir à nouveau donner mon sang. Durant cet entretien, je précise qu’il s’agissait non d’"une" partenaire, mais d’"un" partenaire... Voilà l’objet de la discrimination. Le médecin n’a pas voulu voir le certificat de séronégativité, il a par contre tenté de m’expliquer très maladroitement qu’il ne s’agissait pas d’une discrimination, mais que c’était dans la loi, que les homosexuelles n’avaient pas le droit de donner leur sang. Sur quoi j’ai bien ri, et je suis parti, an ayant bien compris que loi ou pas, discrimination ou pas, ils n’allaient pas prendre mon sang. Au cours de la brève discussion que j’ai pu avoir avec ce médecin, il a en outre essayé de me convaincre qu’il y avait, selon les statistiques, 15% d’homosexuels dont le test se révélait positif, alors qu’il n’y avait que 5% d’hétérosexuels dont le test se révélait positif. Ce à quoi j’ai demandé s’il n’y avait proportionnellement pas plus d’homosexuels qui passaient le test. Demande à laquelle le médecin à répondu que les chiffres étaient les chiffres, et qu’ils ne pouvaient en aucun cas être contestés... Bref, j’ai encore demandé s’il devait choisir entre un homosexuel sain, ou un hétérosexuel potentiellement contaminé, lequel serait préféré... Il m’a répondu ni l’un, ni l’autre. Sans commentaires... En définitive, donner son sang n’est pas vraiment une partie de plaisir. Personnellement, j’étais toujours très fatigué le jour suivant le don. J’ai vraiment l’impression qu’ils n’ont pas tenu compte de l’effort de transparence dont je voulais bien faire preuve, chose qui n’ai pas aisée. Se déclarer ouvertement homosexuel devant un inconnu, n’est pas chose facile, pour moi en tout cas.

Je me pose cependant encore une question, ont-ils gardés mes précédents dons de sang, les ont-ils détruits ? Ont-ils avisé les personnes transfusées ?


Don de sang : Le questionnaire vaudois

JPEG - 35.6 ko

Il est écrit sur le questionnaire :

Ne donnez pas votre sang, si vous êtes exposé(e) aux situations à risques suivantes : Rapports sexuels avec multiples partenaires ou un(e) partenaire que vous connaissez depuis peu. Rapports sexuels entre hommes. Rapports sexuels rémunérés. Injection actuelle ou ancienne de drogues. Rapports sexuels avec des personnes présentant une situation à risque telle que décrite sous 1-4 ou des personnes présentant un test positif pour les marqueurs du virus SIDA (HIV), de la jaunisse (hépatites B et C) ou de l’agent de la syphilis.

Ce questionnaire est un produit purement vaudois. De par sa signature, on confirme avoir répondu honnêtement ("J’affirme en toute conscience ne m’être exposé(e) aucune situation à risque de contagion." Les dites situations à risques étant énumérées dans le rectangle rose.

Sur le site du centre de transfusion sanguine du canton de Vaud (transfusion.ch), il n’est pas fait mention de cette vision des situations à risques.

Genève plus censée interroge dans le sens "Avez-vous eu une relation sexeulle avec un partenaire que vous connaissez depuis moins de 6 mois ?"Car il est clair que le risque d’être "personne à risque" n’est pas plus élevé chez les homosexuels que chez les hétérosexuels, la question du choix de sexualité posée chez les Vaudois est un non-sens, la question est de savoir si il y a eu un risque de contamination.