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Société
Dépénalisation de l’homosexualité Festival du film et forum (...) Pénalement, l’homosexualité peut être taxée de déviance
Une mère de famille
préside les gays vaudois.
24Heures du 27.03.2010.
par  la rédaction, le dimanche 28 mars 2010, vu 251 fois

STRATÉGIE L’association VoGay choisit la maman d’un homosexuel comme représentante. Une première suisse.

Objectif avoué : entrer dans les écoles pour y lutter contre les préjugés homophobes.

A l’unanimité des treize membres présents, Josiane Chavaillaz a été élue, pour une année, présidente de l’association homosexuelle VoGay. Une femme, hétéro et maman. Un tel événement n’avait jamais eu lieu dans le milieu homosexuel suisse.

Choix surprenant : l’association, dans son écrasante majorité, réunit des hommes gay. Il a même fallu, pendant le débat sur cette élection, qu’un membre de l’association rappelle la définition de VoGay : « Nous ne sommes pas une association de gays, mais bien l’Association vaudoise de personnes concernées par l’homosexualité. » Quelques membres sont en effet hétérosexuels et parents de gays. Tel est le cas de Josiane Chavaillaz. Cette mère de deux enfants adultes, mariée, approchant la cinquantaine, vit à Epalinges. Si elle est inconnue du public, son nom n’est pas sans résonner dans les milieux homos. Elle est marraine de Plan-Queer, l’association qui réunit des homosexuels, hommes et femmes, sur le campus de Dorigny.

  • Entrer dans les classes

Sa nomination répond sans nul doute aux vœux du président sortant, Steven Derendinger. Cet homme, qui a dirigé l’association pendant près de sept ans, a su tour à tour convaincre la principale intéressée, son comité, et puis, jeudi, l’assemblée.

Sa thèse principale : « VoGay a un mal de chien à entrer dans les écoles pour lutter contre l’homophobie. » Selon lui, les directeurs ont peur que « des homosexuels viennent faire du militantisme, voire du prosélytisme dans les classes ». On imagine qu’une mère de famille qui a été confrontée au coming out de son fils est un interlocuteur plus aisément recevable. VoGay travaille déjà avec Profa pour faire de la prévention contre l’homophobie dans les classes, mais aimerait intensifier cette sensibilisation. Autre but mis en avant : assurer une meilleure visibilité. Cette élection vise à proclamer que tout le monde est concerné par l’homophobie, y compris les hétérosexuels. VoGay veut aussi surfer sur la mode de l’engagement d’hétérosexuels dans la cause de l’homosexualité. Le récent retentissement du livre de l’enseignante vaudoise Elisabeth Thorens-Gaud sur l’homosexualité chez les adolescents a apporté de l’eau à ce moulin.

Si l’élection a eu lieu à l’unanimité, la discussion a été plutôt nourrie. Les gays peuvent-ils se sentir représentés par une maman ? Le comité avait songé à une coprésidence réunissant Josiane Chevaillaz et un gay. Mais, en fin de compte, aucune voix n’est venue soutenir cette demi-mesure.


  • Interview Express  : Josiane Chavaillaz - Présidente de VoGay

« On ne devient pas homo »

–* Cela ne va pas être facile de représenter les hommes gay quand on est une femme hétérosexuelle…

– Je m’appuierai sur le comité, qui est très professionnel. Je veux qu’il soit très proche de sa présidente. Je n’ai pas d’expérience comme membre d’un comité d’association. Je conçois ma tâche comme un travail d’équipe. Les gays et les lesbiennes, qui représentent 10% de la population, constituent une minorité, et ma présidence est clairement tournée vers la majorité de la population : j’aimerais donner une visibilité différente, montrer que la population gay n’est pas forcément enfermée dans un ghetto.

–* Votre engagement contre l’homophobie est né de l’homosexualité de votre fils ?

– J’ai toujours eu des amis homosexuels et j’ai été frappée par la difficulté de vivre ouvertement son homosexualité. Un collègue de mon père, qui travaillait à La Poste, avait cette orientation, et plusieurs de ses collègues l’accueillaient le matin d’un « bonjour, la grande ! » Les gays sont confrontés sans cesse à des paroles, voire à des actes, homophobes et ils sont attaqués dans leur être. Car on naît homo, on ne le devient pas, et on doit encore aujourd’hui vivre trop souvent dans une certaine clandestinité quand on est dans l’espace public.

–* Comment votre fils accueille-t-il le fait que vous deveniez présidente de l’association ?

– Il y a tant de ses amis qui se sont fait renvoyer de chez eux lorsqu’ils ont annoncé leur homosexualité. Il trouve donc que je vais un peu trop dans l’excès contraire ! Mais ce n’est pas un excès : on ne peut jamais « trop » accepter l’homosexualité de son fils.

–* Vous avez bien vécu son coming out ?

– Je n’ai pas été surprise, je m’en doutais, mais cela a été quand même un choc, car j’ai tout de suite pensé à ce qu’il allait devoir affronter. Je suis sortie, j’ai marché vite, fumé un demi-paquet de cigarettes, j’ai marché moins vite, puis je suis rentrée et j’ai dit à mon fils que je l’aimais toujours autant et de la même manière. Mon mari a été le premier au courant. Il a bien réagi, en lui demandant : « Tu te sens mieux maintenant que tu l’as dit ? »


  • Déclin ou redémarrage ? L’avenir de VoGay est incertain

Statistiquement, les homosexuels devraient être quelques dizaines de milliers dans le canton. Si elle peut s’appuyer sur un noyau de militants actifs qui a résisté à une crise interne en 2007, l’association VoGay ne compte qu’une cinquantaine d’adhérents et quelques dizaines de sympathisants. Une démobilisation qui se rencontre dans bien des milieux associatifs, mais qui est, là, flagrante. « L’entrée en vigueur du partenariat enregistré a donné le sentiment que les gays étaient acceptés et que le combat contre l’homophobie était gagné », explique le président sortant, Steven Derendinger.

Âgée de 16 ans, l’association VoGay est à un tournant de son histoire. Une de ses importantes missions, la prévention du VIH, sera transférée dans quelques mois dans un futur centre de traitement communautaire à Lausanne. VoGay doit donc insister sur ses autres missions, comme lutter pour les droits des homosexuels et offrir des services ciblés pour la population gay. Il s’agit, enfin, de recruter.

L’élection d’une présidente atypique devrait donner une visibilité différente à l’association et l’ouvrir à d’autres milieux, en particulier aux parents de gays. Les liens de la présidente avec l’association des étudiants homosexuels peuvent également encourager les diplômés à passer de l’une à l’autre.

Et puis l’assemblée a décidé jeudi de créer deux nouveaux groupes, l’un réunissant des gays anglophones du canton, et l’autre, des chrétiens.


Source : Justin Favrod pour 24Heures

Photo - Vanessa Cardoso : Photo : Vanessa Cardoso : Josiane Chavaillaz, nouvelle présidente de l’association, entourée de Florent Jouinot, membre du Comité de VoGay (à gauche), et de Loïc Strumans, ORW de prévention VIH/IST.