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VIH : faut-il proposer le dépistage automatique ?
par  la rédaction, le mardi 16 novembre 2010, vu 213 fois
Tags : - Suisse - VIH - Dépistage

Les médecins généralistes français sont priés de suggérer à tous leurs patients d’effectuer un test. En Suisse, cette idée ne fait pas l’unanimité.

L’enjeu est de taille. Selon les estimations, quelque 30% des porteurs du VIH ignorent qu’ils sont infectés. Le point cardinal du plan national de lutte contre le VIH présenté la semaine dernière par la ministre française de la santé, Roselyne Bachelot, vise précisément à faire diminuer ce chiffre. A l’aide d’un moyen choc. Elle appelle tous les médecins généralistes à proposer systématiquement un test de dépistage gratuit à tous leurs patients. Qu’ils fassent ou non partie d’un des groupes dits à risques. Cette méthode serait-elle souhaitable en Suisse, où la proportion de porteurs du virus qui l’ignorent est la même que chez nos voisins français ?

  • Allergiques au dépistage systématique

L’idée d’un dépistage systématique a souvent été évoquée dans notre pays aux cours des dernières décennies, sans jamais obtenir les faveurs des autorités sanitaires. Il s’agit avant tout d’une question culturelle, selon Alexandra Calmy, médecin adjointe à la consultation VIH des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). « En Suisse, le mot « systématique » associé au dépistage ne passe tout simplement pas. Mais il faut prendre un peu de distance pour analyser la situation. D’abord, les gens ne savent pas toujours qu’une catégorie de la population est déjà dépistée systématiquement : les femmes enceintes. »

La doctoresse Calmy estime que davantage de tests devraient être effectués. « 50% des tests positifs sont faits tardivement, soit à un seuil auquel la trithérapie est d’emblée recommandée. » D’où l’enjeu d’un diagnostic anticipé. « Cela permet à la fois de réduire les risques pour la santé du malade ainsi que les probabilités qu’il transmette le virus. » De ce point de vue-là, Alexandra Calmy considère que la proposition de Roselyne Bachelot porterait ses fruits. « Les diagnostics tardifs concernent très souvent des personnes de plus de 50 ans qui pensent ne pas être concernées par cette maladie. » Proposer le dépistage à tous
les patients permettrait dès lors de débusquer certains de ces cas. « Pour moi, il ne faut pas opposer un système de prévention à un autre. Ils peuvent être complémentaires. Et si la France propose cette option, c’est qu’elle vaut la peine également en matière de coûts. »

  • "Enorme gaspillage"

Roger Staub, chef de la section prévention à l’Office fédéral de la santé publique, estime au contraire que ce ne serait qu’un « énorme gaspillage d’argent. Nous avons étudié cette option il y a des années déjà. Il s’avère que si l’on dépiste cinq cents personnes parmi un public non ciblé, seul un test sera positif. Nous en avons conclu qu’il est plus efficace d’encourager les groupes à risques à se faire dépister. D’ailleurs certains d’entre eux ne vont presque jamais chez le médecin. » Les généralistes sont également encouragés à proposer le test de dépistage aux personnes présentant des symptômes d’une infection virale. « Dans ces conditions, un test sur cent se révèle positif. » Bettina Maeschli, chargée de communication pour l’Aide suisse contre le sida, abonde. « Les 300 000 tests de dépistage effectués chaque année en Suisse sont déjà un succès. »

  • "Aberrant"

Du côté des médecins généralistes, on ne voit pas la proposition de Roselyne Bachelot d’un bon œil. « Il serait aberrant de devoir aborder la question du VIH avec tous les patients, sans distinction », estime Brigitte Zirbs, présidente du Groupement des médecins de famille genevois. « Les gens sont en général conscients d’avoir eu un comportement à risque ou pas », commente Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses. Inutile dès lors de proposer le test à tout le monde. Même SantéSuisse, l’organe faîtier des assureurs maladie, y est opposé. « Les caisses d’assurances encouragent la responsabilité de chaque patient et des médecins », indique Françoise Tschanz, cheffe du service de la communication. Jean-François Steiert, président de la Fédération suisse de service aux patients, juge la mesure française exagérément intrusive. « C’est bien d’avoir facilement accès au test de dépistage, mais le proposer à tout le monde me semble disproportionné. D’ailleurs ceux qui ne veulent pas savoir s’ils sont malades le refuseront. »

Source : Sandra Weber pour Les Quotidiennes